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Témoignage : jeune homosexuel, l’homophobie a longtemps été mon quotidien

Publié le

par Konbini

@https://mic.com/articles/166917/with-kevin-keller-riverdale-pokes-fun-at-tv-s-gay-best-friend-archetype#.92zypDCJf

Cédric a 19 ans, et il est homosexuel. À l’aube de la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, qui aura lieu le 17 mai, il a souhaité relater les insultes et la violence qu’il a subies, ainsi que la discrimination qu’il endure silencieusement, jusque dans sa famille.

Casey Cott interprétant Kevin Keller dans <em>Riverdale</em>. (© Netflix)

10 ans. Je suis comme toutes mes copines : je joue aux Totally Spies, je fais de la danse, je regarde les garçons jouer au foot. Parmi ces garçons, il y en a un qui capte mon attention. Je le trouve très beau, j’ai envie de capter son attention aussi. Quand nous sommes en rang, toutes les filles chuchotent son nom, disent qu’elles veulent qu’il soit leur petit amoureux. Il ne peut évidemment pas être le mien, et pour cause : je suis un garçon.

14 ans. Pourquoi ça ne marche pas ? Pourquoi je n’arrive plus à faire semblant de vouloir sortir avec une fille ? Et si je correspondais à l’étiquette que tout le monde semble vouloir m’accoler ? Et si j’étais un "pédé", une "tarlouze", une "tapette", une "pédale" ? Et si j’étais gay ?

La question tourne, tourne dans ma tête. Je la refuse dans un premier temps, puis un jour, la réponse explose comme un cri muet, elle soulève le pan opaque qui déformait jusqu’alors ma perception de moi-même, mon identité. L’annonce que je me fais est un double choc.

Le poids insupportable du regard des autres

Premièrement, pouvoir mettre un nom sur ce que je ressens est un soulagement. Ensuite, je me rends compte de la situation dans laquelle je me retrouve. En effet, j’ai vu la façon dont les homosexuels sont perçus dans la société, ils sont moqués en permanence et, selon mes parents, ce sont des gens perdus, malsains. Est-ce que je suis prêt à vivre une vie de paria, de marginal, d'"excentrique" ? Ai-je la force d’affronter mes parents, qui vont me voir comme un détraqué obscène et dégoûtant ? Le poids insupportable du regard des autres me plonge dans un état de déprime et d’anxiété constant, les crises d’angoisse discrètes et silencieuses s’enchaînent.

17 ans. Internet et sa plus grande représentation de l’homosexualité m’ont permis d’avoir la force de parler avec mes amis, je commence à respirer un peu. Mes premières expériences amoureuses et sexuelles voient le jour. Je m’affirme, je mène une vie qui me correspond. Cependant, ce gain de confiance en moi s’accompagne de moqueries plus fortes. En plus de devoir assumer le fait d’être homosexuel, je dois assumer de vivre en tant que tel. Je dois endurer les insultes, les regards, les rires quand je suis vu avec un garçon. La vie dans une petite ville de province catalyse les rumeurs et rend plus difficile l’anonymat. Des gens inconnus menacent de me frapper parce que je suis gay, d’autres passent à l’acte. Ainsi, un jour, je deviens la cible de pierres et de projectiles. C’est comme ça avec l’acceptation et l’affirmation de soi : plus notre carapace se raffermit, plus les épines qui l’agressent sont pointues, parce que malgré toute notre volonté, nous restons différents aux yeux des gens. Nous provoquons la curiosité, la peur, la haine.

Solitude et homophobie

19 ans. Le 17 mai se tiendra la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. C’est l’occasion pour moi d’essayer de transmettre mon ressenti en tant qu’homosexuel. Je veux parler de ce que ça fait d’être adolescent dans un environnement qui ne supporte pas ce que l’on est, alors qu'on ne l’a pas choisi. Je veux parler de ce que ça fait d’avoir des parents comme les miens qui affichent ouvertement leur homophobie à coups de "c’est dégoûtant", "les homosexuels, c’est comme les zoophiles, certains font leurs affaires avec des chèvres, d’autres avec des hommes" ou "ils devraient rester chez eux, personne ne veut voir ça".

Je veux dire que la solitude est trop forte quand le secret est trop lourd. Je veux dire enfin que j’ai eu la force et la chance d’accepter cette homosexualité. En effet, même si la virilité des gays est souvent remise en cause, je peux vous assurer qu’il faut avoir de sacrées couilles pour assumer son homosexualité. J’ai quitté ma petite ville et je ne me cache plus du tout dans mon quotidien, mais j’attends d’avoir une situation professionnelle stable pour le dire à mes parents. Comme pour leur prouver que nous sommes tout ce qu’il y a de plus normal.

Propos recueillis par Mélissa Perraudeau.

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