Capture d’écran de YouTube.

Tchétchénie : le chanteur homosexuel Zelimkhan Bakaev aurait été torturé à mort

Le chanteur Zelimkhan Bakaev aurait été arrêté dans les heures suivant son arrivée sur le sol tchétchène le 8 août dernier, et torturé à mort.

Capture d’écran de YouTube.

Il y a six mois, en avril dernier, le journal russe Novaïa Gazeta dénonçait la purge menée contre la communauté homosexuelle par les autorités tchétchènes. Le directeur de l’ONG Russian LGBT Network, Igor Kochetkov, a depuis rapporté que 300 à 400 homosexuels tchétchènes auraient été emprisonnés et torturés dans des "prisons secrètes". Novaïa Gazeta a de son côté publié une liste de 27 personnes qui auraient été exécutées sans aucune autre forme de procès.

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Cet été, un rapport publié par Russian LGBT Network, en coopération avec une journaliste de Novaïa Gazeta, Elena Milashina, dénonçait un crime contre l’humanité. On y apprenait qu’en quatre mois, plus de 130 personnes auraient appelé l’organisation à l’aide pour fuir le pays. Dans cette publication, 33 anciens détenus détaillaient les horreurs qu’ils avaient endurées, et faisaient état de trois vagues de violence successives depuis la fin 2016.

Russian LGBT Network expliquait vouloir utiliser ces témoignages durant le procès que les organisations internationales de défense des droits humains devraient intenter contre Ramzan Kadyrov auprès de la Cour pénale internationale. Le gouvernement tchétchène a toujours nié toute persécution, expliquant qu’elle ne pouvait avoir lieu puisque les personnes homosexuelles "n’existent pas" dans le pays.

Les témoignages continuent pourtant de dénoncer une véritable "purge", et une nouvelle vague de détentions visant les homosexuels de l’industrie du spectacle aurait amené à l’assassinat du chanteur Zelimkhan Bakaev.

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Il aurait été torturé à mort peu après son arrivée en Tchétchénie

D’après le site NewNowNext, qui a été informé par une source proche des militants pour les droits LGBTQ+ de la région, le chanteur homosexuel aurait été torturé à mort par les autorités tchétchènes. Le jeune homme de 26 ans, qui vivait en Russie, s’était rendu à Grozny, capitale de la Tchétchénie, le 8 août pour le mariage de sa sœur.

Il aurait été arrêté par les autorités dans les trois heures suivant son arrivée sur le sol tchétchène, et assassiné dans les dix heures. Le site rapporte que les autorités ont déclaré ne pas savoir où Zelimkhan Bakaev se trouvait et suggéré qu’il avait tout simplement quitté le pays.

Ses amis ont témoigné anonymement auprès de la chaîne Dozhd TV5, rapportant que de fausses traces de vie auraient été données pour dissimuler le meurtre du chanteur. Il y a environ une semaine, Zelimkhan Bakaev aurait ainsi écrit à sa mère et sa tante sur WhatsApp pour leur dire qu’il était vivant et allait bien, et avait l’intention de voyager. Avant d’immédiatement quitter l’application et d’éteindre son téléphone.

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Ses amis doutent donc que le chanteur ait écrit ces messages, d’autant que, selon eux, il comptait construire sa carrière musicale à Moscou et n’avait pas les moyens financiers de voyager. D’après eux, Zelimkhan Bakaev était notamment parti vivre en Russie parce qu’il n’avait pas le droit de se produire en Tchétchénie à cause de "sa musique trop différente de celle qui est comprise dans la République". Le jeune homme était par ailleurs sujet à des crises de panique, quand il s’y trouvait.

Son compte Instagram a également été fermé immédiatement après sa disparition, mais un faux compte aurait publié une photo le 15 août, destinée à faire croire que le chanteur se trouvait dans un restaurant de Grozny – sauf que la photo avait manifestement été prise un an auparavant.

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Enfin, le média tchétchène contrôlé par le gouvernement a mis en avant une vidéo YouTube d’un homme ressemblant au chanteur et affirmant être lui le mois dernier. L’homme y disait être en Allemagne, mais les meubles et la boisson énergétique russe non vendue dans ce pays qui se trouvaient près de lui démentent ses affirmations, et l’authenticité de la vidéo est largement contestée.

Une nouvelle vague de détention, et une première plainte

Le 16 octobre, lors d’une conférence de presse dans les locaux de Novaïa Gazeta, Igor Kochetkov a expliqué que le sort du chanteur ne faisait aucun doute : "Nous avons eu la confirmation de notre supposition que Bakayev était détenu par les autorités tchétchènes à cause d’une suspicion d’homosexualité." Selon le fondateur de Russian LGBT Network, le chanteur a été capturé dans le cadre d’une nouvelle vague d’emprisonnement visant spécifiquement les homosexuels de l’industrie du spectacle.

Maxime Lapounov a été la première victime de la purge à parler à visage découvert lors de cette conférence, et a annoncé être le premier à déposer une plainte. Comme L’Obs le rapporte, la déléguée russe pour les droits de l’Homme, Tatiana Moskalkova, a annoncé ce vendredi 20 octobre avoir reçu cette plainte et l’avoir remise au Comité d’enquête russe.

Par Mélissa Perraudeau, publié le 23/10/2017

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