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Surpopulation carcérale : un préfet attaqué en justice par des familles de détenus

Publié le

par Clothilde Bru

L’avocate de quatre détenus de la maison d’arrêt de Nîmes a cité à comparaître le préfet du Gard pour "mise en danger d’autrui", une première en France.

"Inhumain, votre chien vous ne le mettez pas à l’intérieur !", s’exclamait maître Khadija Aoudia au micro de France Bleu Gard Lozère. Cette avocate représente quatre détenus de la maison d’arrêt de Nîmes, connue pour être une des plus surpeuplées de France : 400 détenus pour 190 places, un chiffre ahurissant. L’avocate est à l’initiative d’une procédure inédite en France. Elle a cité à comparaître le préfet du Gard Didier Lauga en tant que représentant de l’État, pour "mise en danger d’autrui", rapporte France Info. Le tribunal correctionnel de Nîmes examinait ce mardi 26 septembre la plainte déposée par maître Khadija Aoudia contre le représentant de l’État sur les conditions de vie dans la prison de Nîmes.

"Vous avez des jeunes particulièrement vulnérables qui ont été victimes de viols. Vous avez des personnes qui sont atteintes de pathologies mentales et qui représentent un danger pour elles-mêmes et pour autrui, que j’ai dû visiter au sein de ce qu’on appelle les cachots. Inhumain ! Votre chien, vous ne le mettez pas à l’intérieur."

"J’en suis à souhaiter que la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France"

Pour l’avocate, la responsabilité n’est pas à chercher auprès de la maison d’arrêt mais bien auprès de l’État, qui est défaillant sur le sujet. "L’administration pénitentiaire […] subit et […] est victime aussi de ce risque qui concerne à la fois les personnes détenues et à la fois le personnel pénitentiaire."

Le plus inquiétant, c’est certainement de constater que cette analyse est partagée par Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Interrogée par France Info mardi matin, elle dénonçait le "fléau de la surpopulation carcérale" : "J’en suis à souhaiter que la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France."

En réalité la procédure initiée par maître Aoudia a peu de chances d’aboutir. Selon la loi, l’État n’est pas responsable pénalement. Théoriquement, il ne devrait donc pas être jugé. En revanche le recours aura permis d’alerter l’opinion publique et d’ouvrir le débat sur les conditions de vie des prisonniers en France.

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