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Une super-héroïne Marvel lutte contre des affiches islamophobes

Publié le

par Anaïs Chatellier

Depuis une semaine, des affiches islamophobes sont placardées sur les bus de San Francisco. Certaines ont été relookées par un collectif d'artistes avec la super-héroïne Ms Marvel.

Si les récents attentats contre Charlie Hebdo ont soulevé une vague de solidarité à travers le monde en invoquant la liberté de la presse, ils ont également déclenché de nouvelles actions islamophobes. Rappelons qu'en France plus de cinquante actes anti-musulmans étaient recensés dans la semaine qui a suivi ce tragique événement. Entre dégradations des mosquées, messages d'insultes, menaces et amalgames, l'islamophobie est bien présente en France. Outre-Atlantique, la tendance ne fait pas défaut.

La semaine dernière, des affiches étaient placardées sur plusieurs bus de San Francisco. Illustrées par une photo d'Adolphe Hitler et Haj Amin-al-Husseini, leader musulman palestinien durant la Seconde guerre mondiale, le message compare clairement l'islam et le nazisme.

Sur ces affiches, on pouvait lire :

La haine islamique contre les Juifs : c'est dans le Coran. Deux tiers de toute l'aide américaine revient aux pays islamiques. Arrêtez la haine. Stoppez les aides à tous les pays islamiques.

Les affiches placardées sur les bus de San Francisco par l'association American Freedom Defense Initiative

L'initiative revient à la blogueuse Pamela Geller, de l'association AFDI (Initiative pour la Défense de la Liberté Américaine), qui dirige également un groupe baptisé "Halte à l'islamisation de l'Amérique", connue pour son activisme contre les musulmans.

La super-héroïne Ms Marvel réagit

En réponse à cet amalgame, les collectifs de street-artist Street Cred et Bay Area Art Queers Unleashing Power ont décidé de répondre avec humour à ces attaques, en placardant la première super-héroïne musulmane Ms Marvel, aka Kamala Khan, sur la photo des deux dirigeants. "Nous apprécions ce que Marvel a fait en introduisant Kamala Khan, qui donne aux jeunes musulmans une image positive d'eux-mêmes et de leur pouvoir", ont-ils expliquués à NBC.

Le choix d'un personnage issu d'un comics n'est donc pas anodin, rapporte Bold Italic. Selon une personne interviewée, il s'agit d'un écho à Charlie Hebdo et sa caricature du prophète, "des images qui ont été décriées comme haineuses par certains, un symbole de la liberté d'expression pour d'autres et un mélange des deux pour beaucoup".

Les messages qui accompagnent alors la super-héroïne appellent un message de respect envers les Musulmans. "Appel à tous les détracteurs de l'intolérance", "La liberté d'expression n'est pas une license pour diffuser la haine", "Eradiquons le racisme", sont les slogans qui apparaîssent.

D'après eux, ils étaient important de réagir "car les campagnes de propagande haineuse répétées de Pamela Geller ont normalisé l'islamophobie et la violence verbale envers la communauté que nous aimons". 

Pamela Geller, figure antimusulmane américaine

En effet, Pamela Geller n'en est pas à sa première opération de "sensibilisation". Entre manifestations anti-mosquée à New York et plusieurs campagnes d'affichages, l'activiste pro-israélienne, inconnue avant 2010, est devenue une des figures les plus visibles de la nébuleuse antimusulmane américaine. Elle applique ce qu'elle appelle fièrement "l'islamoréalisme".

En 2011, c'est sous le titre Why there ? ("Pourquoi là ?") qu'elle lançait une campagne contre la création d'un centre culturel islamique à deux rues du Ground Zero avec les slogans "11 septembre 2001 : l'attaque du djihad contre le World Trade Center" et "11 septembre 2011 : mégamosquée du WTC".

L'année d'après, des affiches comparant les musulmans à des "sauvages" étaient placardées dans le métro new-yorkais. Protégés par le premier amendement de la constitution qui prône, entre autres, la liberté d'expression, Pamela Geller et ses acolytes s'en sortent indemnes à chaque fois.

À l'époque, l'éditorialiste americano-egyptienne, Mona Eltahawy, avait même été arrêtée pour avoir tenté de badigeonner de rose ces affiches jugées racistes, invoquant à son tour la liberté d'expression. Si cette fois-ci, les artistes du collectif n'ont pas connus de représailles pour avoir recouvert plusieurs affiches de l'AFDI, il se pourrait que l'association ait le droit d'en afficher de nouvelles gratuitement, puisqu'elle avait payé la municipalité, rapporte Slate.

Sur son blog personnel, Pamela Geller s'est d'ailleurs empressée d'écrire : "C'est remarquable de voir à quelle rapidité la communauté musulmane et la gauche ont réagi pour détruire/défigurer nos publicités véridiques. Les annonces haineuses anti-juifs que les musulmans et/ou la gauche propagent à travers le pays, restent toujours intactes", en n'oubliant pas de les qualifier de "suprémacistes criminels".

En parallèle, de nombreuses personnes et médias ont pris la défense des street-artists, notamment G. Willow Willow, la créatrice de Ms. Marvel, qui se réjouit que son héroïne soit exploitée pour dénoncer le racisme.

Quelques personnes extraordinaires ont peint sur les affiches anti-musulmans à San Francisco avec Ms Marvel. Propagez l'amour.

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