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Submergée par la vague migratoire, l’Italie menace de fermer ses ports

Publié le

par Théo Mercadier

Une solution de dernier recours pour alerter l’Union européenne sur l’urgence de la situation.

17 000 : c’est le nombre de migrants qui ont été débarqués sur les côtes de la péninsule italienne ces trois derniers jours. Les zones de rétention où sont "triées" les personnes pouvant ou non bénéficier de l’asile sont pleines à craquer. Face à l’urgence, “l’Italie pose le pistolet sur la table", d’après les mots du quotidien La Repubblica, et menace l’Europe de fermer ses ports aux bateaux internationaux. Ils sont près de 70 navires d’ONG issues de différents États à patrouiller en Méditerranée pour venir au secours des migrants à la dérive. Une fois tirés des eaux, ces bateaux les emmènent systématiquement sur les côtes les plus proches : les côtes italiennes.

"Il s’agit bien d’un ultimatum, basé sur une situation véritablement dramatique", explique le journaliste François Beaudonnet au micro de France 2. Comme le rappelle Courrier International, 181 000 migrants sont arrivés dans le pays en 2016, alors que plus de 5 000 sont morts cette année en tentant la périlleuse traversée de la Méditerranée. En 2017, le nombre d’arrivées devrait encore s’accroître. Annoncer la fermeture de ses ports est donc le seul moyen pour l’Italie d’alerter l’Union européenne, qui semble se foutre éperdument du fait qu’un de ses membres doive faire face, seul, à une crise mondiale.

"L’Italie mérite le prix Nobel de la paix"

"D’une part, l’Italie dénonce l’insoutenabilité logistique de la situation ; de l’autre, elle demande à l’Union de prendre le taureau par les cornes", défend La Stampa. L’UE sera-t-elle prête à faire le pas ? Rien n’est moins sûr. Adopté en 2013, le règlement de Dublin III stipule que lorsqu’un pays trouve sur son sol un réfugié en situation irrégulière, il peut le renvoyer vers le pays d’Europe où ledit migrant a déposé sa première demande d’asile - et c’est bien souvent l’Italie. Une manière pour les pays européens de fuir leurs responsabilités et de les reporter sur leurs voisins aux frontières du continent. "L’Italie mérite le prix Nobel de la paix", déclarait pourtant en avril le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker tout en affirmant que l’UE était aux côtés de la péninsule. Mais malgré ces annonces presque rassurantes, l’Italie craque.

Certaines voix s’élèvent assez logiquement contre ce projet de fermeture des ports. Un membre de l’ONG Médecins sans Frontières, qui fait partie des organisations qui sillonnent la Méditerranée, déplore cette initiative radicale du gouvernement italien : "Nous parlons de personnes avec un nom et une histoire, pas de marchandises." Qu’il se rassure, le droit international interdit à l’Italie de mener à terme cette fermeture. Cette démarche n’est donc que symbolique. Elle n’en est pas moins forte.

Il semblerait en tout cas que l’appel à l’aide ait été entendu. D’après le journal Le Monde, la Commission européenne a décidé de mettre le sujet en avant lors de la prochaine réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE, le 6 juillet. L’institution s’est dite prête à débloquer une “assistance financière supplémentaire substantielle”, qui devrait permettre à l’Italie de construire de nouvelles structures d’accueil et de traiter les réfugiés avec la dignité qui leur est due.

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