Veli et Amos au parc du Luxembourg. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Style Wars II, plongée loufoque dans le monde du graffiti

Projeté le 19 juin dans le cadre du Club Docu Konbini, le film Style Wars II est une variation libre sur le thème du graffiti. Rencontre et discussion avec les deux réalisateurs : Veli & Amos. 

Veli et Amos au parc du Luxembourg. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Veli et Amos au parc du Luxembourg. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Trente ans après la sortie du mythique film d'Henri Chalfant et Tony Silver, Style Wars, deux mystérieuses vidéos publiées en novembre 2013 ont attiré l'attention de la planète graffiti sur un projet qui se présentait comme la suite officielle de ce documentaire pionnier.  

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Et alors que ce Style Wars II s'annonçait tranquillement sur le net, plusieurs questions semblaient de mise. Quel sens pouvait-il avoir ? Comment pouvait-il être autre chose qu'un film de pote et/ou de fans ?

Projeté dans le cadre du Club Docu de Konbini à la Gaïté Lyrique, Style Wars II répond pleinement aux questions que l'on se pose en préambule. Mieux, avec son amas d'images foutraques mélangeant bonnes idées de mise en scène et instants de vie, il est convaincant sur sa nécessité.

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De Berlin à New York, de la Slovénie jusqu'en Israël, c'est une réflexion personnelle que les deux réalisateurs Veli & Amos se sont efforcés de livrer. C'est l'énergie créatrice du mouvement qu'ils mettent en scène, sa puissance punk. En fait, le figurer en entier, ça ne les intéresse pas. Et tant mieux.

Après être sortis tout ébahi d'une de ces projections beaucoup trop courtes, on a eu la chance de rencontrer Veli & Amos, un matin, avant qu'ils ne prennent le large, pour une interview-petit déjeuner non loin du Luxembourg. Le soleil dans les yeux, les cheveux ébouriffés.

Système D

Pour ce Style Wars II, c'est en Slovénie que tout a commencé. Le pays de Veli, où malheureusement "il n'y a presque plus de graffiti " en raison d'une tolérance zéro, nous raconte-t-il, une pointe de nostalgie dans la voix.

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Réunis par le désir de rencontrer leurs héros de Style Wars, de prolonger le travail d'Henri Chalfant, Veli & Amos, soutenus par leurs potes, partent de Maribor pour un long voyage de cinq ans rythmé par plusieurs allers-retours.

Car si le documentaire donne l'impression d'avoir été filmé en seulement quelques semaines, le manque de script et le trop-plein de spontanéité (on l'imagine), les ont obligés à retourner à plusieurs reprises dans des endroits déjà explorés.

Amos au pars du Luxembourg. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Amos au Jardin du Luxembourg (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

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Amos | Parfois, on rentrait, on commençait à monter et là on se disait : "Oh merde, il faut qu'on y retourne, il nous faut cette histoire". Et en même temps les choses un peu folles qui nous sont arrivées ne pouvaient pas se passer sur une semaine.

Un exemple : fraîchement arrivés à New York, alors qu'ils réussissent à dégoter le numéro de téléphone de Blade (graffeur pionnier de la scène new-yorkaise présent dans le premier Style Wars), celui-ci les invite à venir le rencontrer le jour où Henry Chalfant serait de passage pour prendre des photos.  Tels des gosses, ils se retrouvent devant le photographe devenu l'archiviste officiel du graffiti new-yorkais.

Et celui-ci a plutôt vu d'un bon œil cette suite non officielle :

Amos | Quand on lui a dit qu'on voulait faire un Style Wars II, il a commencé à se marrer. On l'a revu trois jours après, on lui a montré ce qu'on avait déjà fait et il nous a dit que c'était une super idée que de faire de Style Wars II, surtout comparé à ce qu'on lui avait proposé avant.

Soutenu par la clique du premier Style Wars, le délire entre potes se transforme vite en un projet de long métrage, ambitieux sans pourtant perdre de son amateurisme. Et de son charme.

Dans Style Wars II c'est autant leur vision du graffiti que la débrouille que Veli & Amos saisissent. C'est en effet à la dure loi du système D qu'ils ont eu recours pour mener à bien le projet.

Veli au par du Luxembourg. (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Veli au parc du Luxembourg (Crédit Image : Anaïs Chatellier)

Veli | On n'avait pas de fonds, on a tout fait avec nos propres moyens. On vendait des oeuvres et on investissait tout ce qu'on avait dans le film. Parfois, on n'avait pas d'argent donc on volait dans les bars, dans des églises et même de la bouffe au Mcdo. En fait, si on avait filmé toutes les fois où on a volé, on aurait vu que ça dans le film !

Déceler le vrai du faux

Oscillant perpétuellement entre burlesque, immersion et situations abracadabrantesques, le documentaire n'a de cesse d'instiguer le doute dans l'esprit du spectateur. Après avoir vu Style Wars II on se demande inlassablement : où se situe la limite entre le réel et la mise en scène ? Ont-il véritablement fait tout ce qu'on voit à l'écran ? 

Des vols aux excès, jusqu'à leur rencontre improbable – Veli dit avoir rencontré Amos un beau jour alors qu'il était allongé caméra en main sur des rails avec pour idée farfelue de filmer le dessous d'un train – les deux réalisateurs entendent cultiver ce trouble qui sert indéniablement le documentaire. Jusqu'à corroborer lors de l'interview cette (étrange) version des faits  :

Amos | En fait, à la sortie de l'école je m'ennuyais, j'essayais de filmer des trucs et je voulais vraiment filmer ça [le dessous d'un train, ndlr], mais Veli est arrivé et il m'a emmené.

Pas vraiment convaincus, et ayant une légère impression d'être en train de se faire balader, on insiste un peu, mais ils ne disent rien de plus. Et c'est peut-être mieux comme ça.

"Capter le moment"

Partis de la passion de leurs potes et des références constantes qu'ils faisaient à Style Wars, on se rend rapidement compte que la démarche de Veli & Amos ne se cantonne pas au graffiti. Même si leurs œuvres semblent hantées par le mouvement.

Veli | On ne s'intéresse pas au graffiti "normal", si tu veux. C'est plutôt l'énergie du graffiti qui nous intéresse. On essaie véritablement de la transformer pour la mettre en galerie. On joue avec le graffiti.

De "Action Painting", où les artistes s'essaient à la peinture automatique ; à "Follow The Outline", série d'installations référencées (l'outline est en graff' le trait extérieur – souvent noir – d'une pièce) ; en passant par "Billboard", projet qui mêle peinture murale, graffiti classique et "Ignorant Style", Veli & Amos se nourrissent de chaque facette du graffiti pour développer leur œuvre.

"Action Paintings" présenté à la galerie P74 de Ljubjana - Crédit Image Veli & Amos

"Action Paintings" présenté à la galerie P74 de Ljubljana (Crédit image : Veli & Amos)

Le graffiti insuffle la spontanéité là où l'art contemporain pèche parfois par trop d'intellectualisme, mais il reste un médium comme un autre. Il est ici un outil, pas une fin :

Veli | On est allé tous les deux à l'école d'art. Et donc, en général, on choisit notre médium après avoir défini l'idée que l'on voulait suivre. Parfois c'est une performance, d'autres fois une vidéo, une installation ou une peinture.

Dès lors, et au vu de l'éclectisme de leur travail, comment trouver un sens ? Comment tracer un fil entre ces différents travaux ?

On joue avec le graffiti

Sans offrir une réponse définitive, Veli et Amos ont rappelé à de nombreuses reprises leur volonté de capter l'instant, de saisir le moment. C'est finalement de là qu'ils sont partis pour réaliser Style Wars II, c'est également la raison qu'ils invoquent pour présenter les nombreux clips qu'ils réalisent, un autre fil de leur créativité.

Veli | Ces vidéos, c'est un peu notre journal intime. C'est le miroir de ce que l'on fait, des gens que l'on rencontre, de ce qui nous est arrivé, un peu comme pour la chanson qu'on a faite avec Henry Chalfant. On l'a rencontré, et il nous a dit qu'il prenait des cours de chant. On lui a proposé et il était partant.

Amos | On bosse en ce moment sur une mixtape. On aimerait sortir une sorte d'album mais sur un format différent. On veut expérimenter.

En attendant une sortie "officielle", les deux artistes enchaînent les projections pour faire découvrir ce Style Wars II au plus grand nombre. À chaque fois présents, ils aspirent à cette relation directe avec les spectateurs pour expliquer leur démarche et recueillir les impressions. 

Alors qu'ils préparent une exposition à la galerie L74 de Ljubljana en Slovénie, et une autre à Zürich en Suisse, Veli et Amos affirment travailler sur le script d'un nouveau film. Toujours proche du graffiti, toujours sous la forme d'un carnet de voyage pour mieux capturer la réalité. Quoi de plus normal pour des mecs dont le principal carburant semble être l'imprévisible, l'humain, la rencontre ?

Article co-écrit avec Anaïs Chatellier

Par Tomas Statius, publié le 24/07/2014

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