StopFake.org, le site d'étudiants qui démonte la propagande russe

Sept étudiants ukrainiens tiennent le site StopFake, un démonteur de rumeurs et intox de la propagande russe sur le web.

(Crédits image : Captude d'écran du site StopFake.org)

(Crédits image : Captude d'écran du site StopFake.org)

Si les fusils font des victimes dans la rue, c'est à la télé, dans les journaux et sur Internet que se joue la bataille de la communication. Le cas ukrainien ne fait pas exception. Yevhen Fedchenko, directeur de l’école de journalisme Mohyla de Kiev, a décidé de participer à la lutte pour conserver l'intégrité du pays. Scandalisé par le détournement d'informations orchestré par la Russie, déçu par la piètre qualité de l'information offerte par la presse ukrainienne, il a réfléchi avec ses étudiants à une alternative pour contrer les manœuvres russes.

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L'une de ses élèves a eu l'idée d'alimenter un site web chargé de montrer et de démonter les intoxs. Le 2 mars 2014, StopFake est en ligne. Initialement alimentée par les étudiants pour repérer et démolir les rumeurs et fakes lancés par les opposants à une Ukraine unie – et pro-européenne, la plateforme a vite besoin d'autres paires d'yeux.

Désormais, StopFake fait appel à la vigilance de tous : la feature la plus visible sur la home du site, c'est probablement le gros bouton rouge "Report a fake" ("Signalez un faux/une intox") sur le côté droit de l'écran. Yevhen Fedchenko explique la démarche à Libération :

Au début nous n’avions que nos propres sources pour trouver les informations et les éléments qui prouveraient le mensonge. Avec l’élargissement de notre audience, nous avons reçu de plus en plus de suggestions venues de tous les pays. Nous avons mis en place un véritable processus éditorial. Nous retenons les infos vérifiables, gardons les plus pertinentes et publions les plus intéressantes.

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Eh oui : la démarche participative a ceci de contraignant qu'elle exige un factchecking systématique pour contrôler les infos qui sont publiables de celles qui ne le sont pas. Pourtant, à la visite du site, on assiste à un démontage pièce par pièce des fausses infos que Vladimir Poutine a encore refusé hier d'admettre que son pays diffusait en Ukraine. Un exemple ?

Des pistolets à billes à l'assaut de l'Est ukrainien

Le 30 mai, Roman Bochkala, journaliste de la chaîne ukrainienne Inter TV, publie sur son compte Facebook personnel des photos de militants de ce qu'il nomme "Novorossia", c'est-à-dire de la Nouvelle Russie (avec la Crimée et l'Est de l'Ukraine incluses), s'entraînant en Crimée. Selon lui, l'assaut sur Donetsk, cette ville toute proche de l'Est de l'Ukraine, est imminent.

Selon StopFake, qui traduit ses propos, il témoigne que ces photos lui ont été transmises par un "patriote ukrainien" introduit en Crimée. "Maintenant, ces braves hommes sont dans l'Est de la Russie. Ils combattent pour la Novorossia contre leur ancienne mère patrie".

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Ces déclarations exaltées – et reprises par des médias russophones – sont malheureusement fausses : comme StopFake le démontre relativement aisément, il s'agit de joueurs d'airsoft, ce jeu de simulation d'opérations militaires à base de répliques d'armes (en fait des pistolets à billes) et d'uniformes.

Les journalistes se basent sur des faits précis, tels que les chargeurs à billes ou la date d'un rendez-vous d'airsofteurs de Crimée au même moment. Plus amusant, la plateforme a aussi découvert des commentaires des airsofteurs incriminés qui assurent Roma Bochkala de l'attaquer en justice pour les assimiler à des terroristes. Conclusion : après vérification sur le compte Facebook du journaliste décidément très partisan, cette publication a disparu.

Sept étudiants

Composée de sept étudiants travaillant à mi-temps, l'équipe de StopFake se répartit les tâches entre vérification de l'authenticité des vidéos, des photos et des textes. Recherche de métadonnées, géolocalisation des images et croisement de chacun des faits est le lot quotidien de ces sentinelles bénévoles, dédiées au droit à une information juste et non-orientée. De quoi mettre en perspective nos années fac.

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Par Théo Chapuis, publié le 05/06/2014

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