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À Istanbul, la Gay Pride n’a pas eu lieu

Publié le

par Théo Mercadier

Les quelques milliers de personnes qui s’étaient réunies à Istanbul pour la Marche des fiertés ont été dispersées, gazées ou arrêtées par un important dispositif policier.

Des tirs de Flash-Ball et du gaz lacrymogène, une armée de policiers et des arrestations à la pelle : cette année, la Gay Pride d’Istanbul est morte avant même d’avoir commencé. Cela fait trois ans que le gouvernement turc interdit systématiquement la tenue de la Marche des fiertés dans la ville. S’il dit vouloir défendre la sécurité des citoyens (la Turquie est régulièrement frappée par des attentats meurtriers) les militants LGBTQ+ y voient une atteinte aux droits fondamentaux et à la liberté d’expression.

Alors qu’ils se rendaient sur la mythique place Taksim, épicentre des mouvements contestataires stambouliotes, les manifestants se sont vu bloquer l’accès au site. Ceux qui ont pu passer entre les mailles du filet ont été violemment pris à partie par un contingent de policiers envoyé sur place avec une mission claire : disperser la manifestation avant même qu’elle n’ait pu commencer. Immédiatement, les témoignages ont afflué sur les réseaux sociaux pour rendre compte de la situation. Les personnes présentes sur place listent ainsi les mesures répressives mises en place par les forces de police. Ici, c’est un militant qui doit enlever son T-shirt car il porte l’inscription "fierté". Là, des journalistes se voient intimer l’ordre de s’éloigner. L’un d’entre eux se plaint ainsi de ne pas pouvoir couvrir l’événement normalement, chassé par les cris des forces de l’ordre et la menace de leurs chiens. La police a également tiré des balles de caoutchouc pour disperser la foule. Une chaîne d’info a publié une vidéo montrant l’utilisation de gaz lacrymogène :

"Mille militants LGBT font-ils peur à Erdogan ?", s’interroge l’un d’eux sur Twitter. Il semblerait que oui. Car alors que la Gay Pride d’Istanbul était considérée comme le plus grand rassemblement LGBTQ+ du monde arabo-musulman, le gouvernement interdit son organisation depuis trois ans. Comme le rappelle l’AFP, en 2015, l’État avait décrété que sa tenue ne pouvait coïncider avec le mois du ramadan. En 2016, les attentats perpétrés par Daech et les séparatistes kurdes lui permettaient d’utiliser l’argument sécuritaire. Samedi, les autorités locales ont défendu que la Marche des fiertés pouvait mettre en péril "l’ordre public" et la "sécurité des touristes". Le gouvernement explique par ailleurs ne pas avoir reçu la demande d’autorisation nécessaire à tout rassemblement de cette ampleur, ce que les organisateurs de la marche démentent en bloc.

"Le bureau du gouverneur était au courant de notre projet depuis longtemps car nous lui avions fourni une requête il y a des semaines", explique à l’AFP Lara Ozlen, membre du comité d’organisation, qui déplore l’attitude autoritaire de l’État turc. "Nous dire 'ne défilez pas' au lieu de nous protéger parce que ça en gêne quelques-uns est antidémocratique." La démocratie a pris un sérieux coup hier, avec de nombreux manifestants arrêtés arbitrairement.

Traduction : "La police arrête des gens dans la foule, apparemment au hasard."

Traduction : "Entre 500 et 1 000 policiers s’assurent que la Marche n’aura pas lieu."

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