Starship Troopers, de Paul Verhoeven

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Space Corps : quand les États-Unis veulent former leurs troufions de l’espace

Des députés américains ont présenté un projet de loi visant à créer une branche de l’armée dédiée aux menaces spatiales. L’Air Force désapprouve.

Starship Troopers, de Paul Verhoeven

Starship Troopers, de Paul Verhoeven. (© Buena Vista International)

L’armée américaine prend réellement les conflits spatiaux au sérieux. Après avoir lancé, en 2016, deux escadrons "d’agresseurs spatiaux" au sein de l’Air Force, chargés de simuler des attaques spatiales afin de former les pilotes de l’armée de l’air à ce type d’éventualité, qu’elles viennent de peuplades extraterrestres ou de nations terrestres ennemies possédant des armes spatiales – au pif, la Russie ou la Chine, par exemple –, l’armée américaine veut désormais se doter d’un contingent pour défendre la liberté des peuples terriens et, pourquoi pas, exporter le modèle américain dans toute la galaxie.

Après tout, ce ne sont pas les exoplanètes habitables qui manquent dans le voisinage, et il n’est pas sot de penser que d’autres civilisations toutes proches rêvent elles aussi sans le savoir de rallier la bannière étoilée. Qui a dit que le modèle interventionniste américain devait se limiter à notre planète, après tout ?

Concrètement, des élus républicains et démocrates de la Chambre des représentants, réunis dans le comité des forcées armées, ont travaillé main dans la main pour concevoir un projet de loi pour la création d’un "Space Corps", une nouvelle branche de l’armée entièrement dédiée à la défense du territoire national face aux menaces venues de l’espace. Le projet de loi vise à s’intégrer dans les négociations du National defense authorization act (NDAA), qui se tiendront dans les jours qui viennent et définiront le budget de l’armée américaine.

L’Air Force n’en veut pas

Si l’Air Force possède déjà un "Space Command" intégré, les rapporteurs du projet de loi, Jim Cooper (démocrate) et Mike Rogers (républicain) veulent donc aller plus loin, en offrant aux opérations spatiales leur propre branche indépendante :

"[…] Notre projet requiert la création, sous la responsabilité du Secrétaire de l’armée de l’air, d’un nouveau Space Corps, un service militaire séparé responsable des programmes spatiaux de sécurité nationale, actuellement dirigés par l’armée de l’air. Nous voyons cela comme un premier pas essentiel pour réparer le projet de sécurité nationale spatiale."

Selon les deux rapporteurs, les États-Unis ont donc besoin, en urgence, de se doter d’une force de dissuasion spatiale indépendante. Un avis que ne partage pourtant pas l’armée de l’air, qui gère les opérations spéciales liées à l’espace (dont le mystérieux programme X-37B, une navette spatiale qui s’en va régulièrement battre des records de sortie dans l’espace sans qu’on sache pourquoi) et l’a bien fait savoir : l’un des hauts gradés de la division, David Goldfein, a ainsi déclaré qu’il ne "soutenait pas cette proposition pour le moment. À l’heure actuelle, un tel changement d’organisation nous ralentirait… Si quelque part dans le futur nous souhaitons revenir sur cette idée, je suis ouvert au dialogue, mais pour le moment je pense que ça nous ferait reculer."

Ces dernières années, consciente de l’enjeu stratégique de l’orbite terrestre, l’Air Force a intensifié ses dépenses en matière de manœuvres spatiales et demandé au gouvernement d’augmenter son financement de 20 %, afin de couvrir les nouveaux programmes. Une telle réorganisation lui ferait donc non seulement perdre beaucoup d’argent, mais également le contrôle d’un pan stratégique des opérations militaires de demain. En attendant, la proposition de loi doit encore traverser le comité et les deux chambres du Congrès, puis être signée par le président pour être mise en application. Si jamais cela venait à se produire, le Space Corps entrerait en fonction le 1er janvier 2019. Et les États-Unis auront peut-être alors leurs vrais "starship troopers".

Par Thibault Prévost, publié le 23/06/2017

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