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Voilà pourquoi vous dormez mal dans un endroit qui vous est inconnu

Publié le

par Thibault Prévost

Une nouvelle étude explique les mécanismes neurologiques derrière "l'effet de la première nuit", qui nous empêche de bien dormir dans un endroit que nous ne connaissons pas.

Jim Carrey dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry

Maintenant, vous saurez. La nuit pourrave que vous avez passée la nuit dernière chez cet(te) inconnu(e) rencontré(e) la veille au soir dans un quelconque lieu de perdition n'a rien à voir avec l'épaisseur de son matelas, la température de son appartement, la rugosité de sa couette en coton Ikea voire même la demi-douzaine de mojitos que vous vous êtes enfilés avant de passer à l'action.

Même une fois profondément enveloppé dans le sommeil du juste, votre cerveau est resté en état d'alerte. Certes, vous aviez bien les deux yeux fermés, mais tous vos autres sens étaient mobilisés, juste au cas où. Ce plan Vigipirate neurologique est tellement commun que la science a même un nom pour ça : le "first night effect", ou FNE. Et on sait désormais ce qui se passe  dans votre cerveau quand il s'active.

Une nouvelle étude, publiée dans la revue Current Biology et repérée par Quartz, s'est amusée à mesurer l'activité cérébrale de différents sujets en phase de sommeil profond. Résultat : lorsqu'un sujet dort pour la première fois dans un environnement inconnu, seule la moitié de son cerveau s'assoupit réellement (la droite, cette fainéante), tandis que l'autre (la gauche), scanne nerveusement les alentours comme un militaire à gare du Nord. Dès la seconde nuit, cependant, la parano de son hémisphère gauche s'efface et le sommeil redevient aussi profond qu'à l'accoutumée.

Instinct de survie

Si le FNE est commun chez l'homo sapiens, il est carrément normal chez certaines espèces d'oiseaux et mammifères marins, qui dorment toute leur vie de cette façon. Le darwinisme ne laissant aucune place à l'erreur dans la chaîne alimentaire, dormir d'un œil (ou d'une hémisphère) est un mécanisme instinctif totalement valable pour qui risque de se faire bouffer à tout moment. Les être humains n'ayant à peu près aucune raison de s'inquiéter au jour le jour de leur survie, les chercheurs ont voulu savoir si le FNE permettait effectivement de réagir plus rapidement en cas d'événement imprévu.

Ils ont donc déclenché des bruits en plein milieu de la nuit et demandé à leurs sujets endormis de claquer des doigts lorsque le bruit les réveillait. Bingo : les sujets ont réagi bien plus vite la première nuit que la seconde. Le choix des hémisphères actives et passives s'explique quant à lui, selon l'étude, par des connexions plus fortes entre l'hémisphère gauche et le mécanisme du sommeil profond.

Enfin, les chercheurs ont pensé à vérifier si la qualité du matelas faisait varier les résultats : selon Yuka Yasaki, l'une des responsables de l'étude, "personne n'a évoqué de gêne lors de la première nuit, mais tous ont montré les signes du FNE". La prochaine fois que vous dormirez dans une pièce étrangère, ne soyez pas étonné si vous vous réveillez la gueule en vrac : c'est pour votre sécurité.

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