Gaspillage alimentaire : les solutions radicales du rapport Garot

Un mot : "responsabilité". Mardi 14 avril, Guillaume Garot rendait son rapport pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Konbini vous livre les grandes lignes des propositions faites par le parlementaire.

Le gaspillage alimentaire, enjeu économique, humain, mais également écologique : au niveau mondial, la FAO estime que le gaspillage alimentaire est le 3ème émetteur de gaz à effet de serre, après la Chine et les USA (Crédits image : Kristina D.C. Hoeppner/Flickr)

Le gaspillage alimentaire, enjeu économique, humain, mais également écologique : au niveau mondial, la FAO estime que le gaspillage alimentaire est le 3ème émetteur de gaz à effet de serre, après la Chine et les USA (Crédits image : Kristina D.C. Hoeppner/Flickr)

Ce n'est pas encore une loi, mais c'est déjà un rapport. Le parlementaire Guillaume Garot remettait hier au Ministère de l'Écologie son rapport sur la question du gaspillage alimentaire, voulu par Manuel Valls et reçu par Ségolène Royal et Stéphane Le Foll. Konbini était à la conférence de presse, dans laquelle le parlementaire de la Mayenne a détaillé son plan de lutte contre le gaspillage alimentaire, arguant tout au long du texte de la "responsabilité" de chacun, puisque le gaspillage, vous voyez, "on a l'impression que c'est toujours la faute des autres et pas de soi-même".

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Des propositions avaient déjà été annoncées le 14 avril dans la journée, comme "l'interdiction de jeter" pour la grande distribution ou la promotion du doggy bag. Mais ce n'est pas tout ce que révèle le rapport. De l'industriel au ménage en passant par le restaurateur et la cantine scolaire, le rapport préconise une lutte à tous les degrés : de la production à la consommation, en passant par tous les intermédiaires. Oui, le rapport est ambitieux.

Détail des principales mesures envisagées par le député PS de la Mayenne en 4 points :

1/ Grande distribution

Selon une étude du Ministère de l'Écologie de 2011, la distribution et les commerces, "750 000 tonnes de denrées alimentaires sont gaspillées chaque année". Alors comment empêcher de jeter ? Le rapport Garot propose un éventail de solutions à plusieurs niveaux :

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  • Meilleure gestion des stocks et des rayons.
  • Obligation de don aux associations habilitées qui en font la demande.
  • Généralisation des rayons "anti-gaspi" : vente des produits proches de la date limite de consommation à moindre prix, mais aussi fabrication de "salades, jus de fruits, jus et soupes" avec les fruits et légumes "disgracieux ou déclassés".
  • Valorisation des invendus vers l'alimentation animale, ou en circuit énergie (méthanisation).
  • Interdiction de javelliser les denrées alimentaires, ou du moins "ne la réserver qu'aux situations où le risque sanitaire est réel, interdisant toute valorisation".
  • Des repères plus pratiques pour les dates de péremption : "les DLC [Date limite de consommation, ndlr] et DDM [Date de durabilité minimale, ndlr] sont utilisées parfois de façon abusive dans les contrats liant les industriels et les distributeurs".

2/ Producteurs, industriels

  • Comme le rapport le rappelle, "les agriculteurs peuvent bénéficier d'une réduction d'impôts dans le cadre de la défiscalisation pour don de produits agricoles", sauf que ce dispositif apparaît encore trop peu développé. Afin d'y faire face, le rapport Garot préconise de mieux informer et d'élargir la défiscalisation aux produits transformés.

3/ Restaurateurs

  • Formation des professionnels de la restauration à la lutte contre le gaspillage alimentaire : cuisiniers, chefs de cuisine, commis de cuisine, agents de service.
  • Servir "la juste portion" : selon Frack Trouet, directeur général du Synhorcat (Syndicat national des hôteliers restaurateurs, cafetiers et traiteurs), si les deux tiers du gaspillage de la restauration provient de la cuisine, le tiers restant est celui du retour assiette.
  • Changement notable pour le restaurateur, mais également pour le consommateur : faire entrer le doggy bag dans les coutumes afin de "sensibiliser le professionnel et le consommateur qu'emporter le reste de son repas n'est ni mal perçu ni condamnable". Le rapport note qu'en France, "l'obstacle est d'abord culturel". Mais le geste, simple.

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4/ Consommateur

  • Il est plus compliqué de contraindre les consommateurs, dont on reconnaît que leur "comportement [...] en matière de gaspillage alimentaire est encore mal connu". Mais le rapport préconise des opérations de sensibilisation qui prendraient la forme de campagnes de communication "à l'instar de ce qui est pratiqué en matière de santé publique, de sécurité routière ou d'économie d'énergie". 
  • Organisation de "journées locales de collecte" : au-delà du don pur et simple, ces initiatives doivent permettre pour le citoyen de connaître "les actions solidaires de son quartier, de connaître les associations", bref, de mobiliser localement.
Guillaume Garot, auteur du rapport commissionné par Manuel Valls, député PS de Mayenne, plaide pour une coordination du gaspillage alimentaire au niveau européen (Crédits image : Commons/Simon de l'Ouest)

Guillaume Garot, auteur du rapport commissionné par Manuel Valls, député PS de Mayenne, plaide pour une coordination du gaspillage alimentaire au niveau européen (Crédits image : Commons/Simon de l'Ouest)

Il s'agit de rappeler que les propositions de ce rapport ne sont pas encore votées – surtout certaines, écartées d'emblée et sur place par Ségolène Royal, comme celle d'une agence publique contre le gaspillage alimentaire. Reste que l'action du gouvernement face à cet "enjeu éthique, économique et écologique" pourrait faire date s'il était mené à bien : en France, on estime le coût du gaspillage alimentaire à 100 euros par personne et par an, et de 12 à 20 milliards d'euros pour l'ensemble du pays.

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Si elle n'est pas encore votée, on peut d'ores et déjà prédire qu'elle changera pas mal de choses chez les acteurs de la grande distribution : hier, Guillaume Garot a répété à plusieurs reprises qu'il n'en démordrait pas : l'interdiction de jeter des supermarchés sera "inscrite dans la loi". 

Par Théo Chapuis, publié le 15/04/2015

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