Capture d’écran de 28 Minutes, sur Arte.

Six mois de prison avec sursis pour deux des cyberharceleurs de la journaliste Nadia Daam

Les deux membres du forum "18-25" de Jeuxvideo.com étaient jugés pour "menaces de mort" et "menace de commettre un crime" contre la journaliste.

Capture d’écran de 28 Minutes, sur Arte.

"C’est la revanche de la réalité." Voici la conclusion tirée par Me Eric Morain, l’avocat de Nadia Daam, à l’issue du procès qui s’est tenu ce mardi 3 juillet au tribunal correctionnel de Paris pour juger deux hommes pour menaces de mort et menace de commettre un crime. Verdict : six mois de prison avec sursis et 2 000 euros d’amende pour les prévenus, qui officiaient sous les pseudonymes de "TintinDealer" et "Quatrecenttrois". Une peine proche de ce que prévoit la loi, l’accusation ayant requis 7 500 euros d’amende contre les deux trolls.

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Rappel des faits : le 1er novembre 2017, au cœur de la tempête #MeToo, Nadia Daam, journaliste à Europe 1, s’attaque frontalement au forum "Blabla 18-25" de Jeuxvideo.com – haut lieu des campagnes coordonnées de harcèlement en ligne et dortoir pour garçons de l’extrême droite numérique française – dans sa chronique.

Le décrivant comme "le bac marron d’Internet, les déchets non recyclables", elle s’en prend à la "bêtise crasse et la malveillance" de ses membres et les encourage, avec sarcasme, à "léguer leur cerveau à la science pour qu’on sache comment il est possible de rester en vie en étant aussi cons", rappelle France Info. Sitôt la chronique publiée, le forum éructe. Et entame son opération de démolition.

Doxxing, piratage, coups sur la porte…

Triste ironie : la journaliste, qui dénonçait les 20 000 messages d’insultes recensés en quelques heures par les militant·e·s féministes Elliot Lepers et Clara Gonzales au lancement d’un numéro de téléphone "anti-relous" contre le harcèlement de rue, est victime à son tour d’une déferlante de haine.

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Ses comptes de réseaux sociaux subissent des tentatives de piratage, ses messageries croulent sous les menaces de mort, son adresse est révélée – on parle de doxxing dans le milieu –, certains disent vouloir "violer son cadavre devant son enfant", tandis que d’autres publient des photos de sa fille sur Discord… Le calvaire va durer plusieurs semaines, et dégueuler IRL lorsque des coups seront frappés à sa porte en pleine nuit.

Face au juge, les prévenus ont tenté de minimiser les faits, raconte le journaliste de France Info Thomas Baïetto. Selon eux, ils ne se rendaient pas compte du contexte de harcèlement, que leurs propos constituaient des menaces – l’un des deux hommes comparaît notamment pour un montage photo de la journaliste en T-shirt orange, à côté d’un membre de Daesh, avec la mention "Nadia Daam en face-à-face avec un khey [un frère, en arabe, terme utilisé par les membres du forum 18-25 pour se décrire entre eux]" – et regrettent les conséquences… sur leur propre vie, selon le procureur.

Ils peuvent : cette fois-ci, l’anonymat du forum n’aura pas suffi à esquiver la justice. Pour une fois, le cyberharcèlement a vraiment été puni dans la vraie vie. Que tous les autres prennent note.

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Par Thibault Prévost, publié le 03/07/2018

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