Si vous avez une mémoire de poisson rouge, cette BD peut vous aider

Dans Une mémoire de roi, un jeune monarque développe une mémoire de ouf. Il revient de très très loin…

© Une mémoire de roi / Premier Parallèle

Si vous êtes persuadé d’avoir une très mauvaise mémoire et que ça vous fout le bourdon, il y a deux très bonnes nouvelles : d’abord, ce n’est, apparemment, pas une fatalité et ensuite, c’est une BD loufoque et bien inspirée, Une mémoire de roi, qui sera votre compagnon de voyage (et pas un bouquin de développement personnel gnangnan).

Le pitch : le jeune Roi de Léthésie possède une mémoire de poisson rouge et brille par son manque d’activité cérébrale. Imbécile heureux, il aurait pu se contenter de la situation s’il n’avait pas flashé sur la princesse Angéline de Monaco qu’il doit prochainement rencontrer. Il devient dès lors urgent de briller d’une autre façon. Un Jedi de la mémoire, Simonide est appelé à la rescousse…

Une fois le décor planté, le gros de l’intrigue est consacré à LA méthode, celle censée transformer le cerveau de n’importe quel pigeon en éléphant. La méthode en question est issue du savoir et de l’expérience de Sébastien Martinez, "Champion de France de Mémoire", qui a déjà écrit deux bouquins sur le sujet, donne de nombreuses conférences, et clame haut et fort que n’importe qui, même les plus désespérés, peut ancrer durablement savoirs et connaissance dans le crâne.

L’exercice de la BD didactique aurait pu rapidement virer au drame : un album chiant comme la mort où le dessin n’apporte rien à la cause. Ici, ouf, l’obstacle a été surmonté. Pour porter le scénario et la méthode, un dessin exigeant et réjouissant, à mettre au crédit de Mathieu Burniat, qui s’était notamment illustré pour une BD elle aussi didactique, sur un sujet autrement plus angoissant, "Le mystère du monde quantique".

Il faut dire que, pour parler de la mémoire, le choix relevait de l’évidence. La méthode Martinez (qui synthétise observations contemporaines et techniques vieilles de l’Antiquité) repose sur une faculté dont tout le monde dispose - à condition de ne pas regarder trop de téléréalité : l’IMAGINATION. Et plus elle sera exacerbée, mieux ça marchera.

© Une mémoire de Roi / Premier Parallèle

Dès lors, utiliser un support sollicitant l’imaginaire (la BD) avec son lot de monstres, de créatures et de couleurs pour faire comprendre qu’il faut utiliser son imaginaire prend tout son sens. Et si l’album est ludique sur toute la ligne, c’est parce que ces exercices de mémoire sont censés l’être aussi. CQFD.

N’ayant nous-même pas eu le temps de bosser la méthode, nous avons soumis Mathieu Burniat au test de vérité. Au départ, le dessinateur n’y croyait pas du tout, tout persuadé qu’il était d’être un amnésique chronique, déclenchant d’emblée des réticences à prêter son dessin au sujet.

Par acquit de conscience, il a lu le livre de Martinez, pratiqué quelques exercices, et là, boum, un "vrai choc" avec suffisamment de résultats probants pour accepter ce travail de commande. Il espère d’ailleurs réutiliser ces techniques pour apprendre un jour le japonais (la méthode est particulièrement utile pour l’apprentissage des langues étrangères).

C’est même utile pour la géographie - © Premier Parallèle

L’auteur et le dessinateur rêvent d’une chose : que les bibliothèques des établissements scolaires se procurent Une mémoire de roi pour répandre la bonne parole et éradiquer la poisson-rougitude de l’être humain.

Et quand bien même la méthode qu’on nous présente serait survendue ou pas aussi universelle qu’on nous le dit – c’est tout à fait possible – l’histoire loufoque et bienveillante du Roi de Léthésie reste en tête, dans la mémoire et l’imaginaire.


Une mémoire de roi - Sébastien Martinez et Mathieu Burniat - paru début septembre 2018 - 150 pages - 20 €

© Premier Parallèle

Par Pierre Schneidermann, publié le 28/09/2018