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La sérophobie, une réalité en France

Publié le

par Juliette Geenens

Dans 86 % des cas en France, les séropositifs qui prennent leurs médicaments ne constituent plus un risque de transmission. Pourtant, la sérophobie existe.

Aujourd'hui, en France, la sérophobie est encore une réalité. Pourtant, la recherche est allée assez loin pour mettre au point un traitement d'une immense efficacité. Si efficace que le VIH ne peut plus être détecté ni dans le sang ni dans les liquides sexuels des personnes séropositives sous médicaments. AIDES déclare dans son rapport de campagne : "En France 86 % des personnes séropositives dépistées et traitées sont en charge virale indétectable." 

Mais ça, personne ne le sait vraiment. Ainsi, les séropositifs souffrent surtout de l'ignorance des autres. À la veille de la journée mondiale de la lutte contre le sida — qui aura lieu le jeudi 1er décembre 2016 —, l'association française AIDES a publié un rapport sur les situations discriminantes dont souffrent les personnes porteuses du virus et atteintes d'hépatite. Le bilan est loin d'être glorieux.

En mars 2016, AIDES est allée à la rencontre de 1 080 individus concernés par le VIH ou par des cas d'hépatite pour leur poser une batterie de questions sur leur vie quotidiennes. Le but est de déceler les désavantages observés selon leur statut social, financier, ethnique et leur orientation sexuelle. D'après l'enquête, 28,1 % des sondés confient s'être sentis jugés ces douze derniers mois et parmi eux, quatre personnes sur cinq y voient un lien avec leur séropositivité.

Discriminés partout et souvent

Extrait de l'enquête "VIH, hépatites et vous", réalisé en mars 2016 (© AIDES 2016)

Être séropositif, c'est affronter le jugement sévère des autres. D'abord, presque la moitié des personnes atteintes doivent essuyer des refus de rapports sexuels. Concernant les porteurs d'une ou de plusieurs hépatites, ils sont un peu plus de 60 % à avoir vécu ce genre de situation. Ensuite, vient le rejet social : les séropositifs sont 43,6 % à se sentir peu ou pas soutenus dans le cercle amical et/ou familial.

Et ce n'est pas seulement dans le domaine du privé ou de l'intime que les discriminations se font sentir : 10,2 % des séropositifs sondés ne se voient pas accorder des services de santé, en particulier chez les médecins spécialistes — dont les dentistes.

Pourtant, ce n'est pas leur état de santé qui vient justifier un refus dans le secteur médical en premier lieu. Il s'agit d'abord de la consommation de substances comme l'alcool, le tabac ou les drogues, dans un peu moins d'un tiers des cas. La séropositivité serait le motif de discrimination selon l'avis de 19,1 % des personnes sondées.

La sérophobie s'ajoute à la liste

La sérophobie est difficile à combattre parce que les séropositifs souffrent d'un cumul des discriminations à leur égard : racisme, homophobie, transphobie... C'est logique, les plus vulnérables sont encore plus touchés quand ils contractent le VIH ou une hépatite, qu'ils soient homosexuels, transexuels ou d'origine étrangère. D'après l'enquête de AIDES, un peu moins d'une personne séropositive sur deux a confié avoir été discriminée à cause de son orientation sexuelle.

Extrait de l'enquête "VIH, hépatites et vous" réalisé en mars 2016 (© AIDES 2016)

Selon l'agence Santé publique France, les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH) sont particulièrement concernés par les MST et les IST et représentent 43 % des nouveaux cas dépistés en France l'an dernier. Et parmi ces nouvelles contaminations, l'agence sanitaire française a observé que les personnes originaires d'Afrique subsaharienne sont très touchées. Selon AIDES, elles représentent 36,5 % des stigmatisés. Enfin, AIDES constate que les séropositifs les plus pauvres sont plus enclins à souffrir des stéréotypes et des idées reçues.

La sérophobie, menace de la lutte contre le sida

Les résultats de l'association de lutte contre le sida démontrent que les séropositifs considèrent leur condition de vie avec le virus plutôt bonne. Aujourd'hui, dans une grande partie des cas, le traitement contre le sida permet aux séropositifs de construire une vie presque tout aussi normale que celle des personnes non atteintes. Finalement, les discriminations subies au quotidien sont de plus grands facteurs de mal-être que le virus lui-même.

La sérophobie est une menace dans la lutte contre le sida. Les gens appréhendent le dépistage, de peur de devenir la cible de préjugés et de discriminations. Les séropositifs eux-même craignent le regard des autres et n'osent pas prendre leurs médicaments en public, se cachent et ne peuvent pas mener une vie sociale et sexuelle épanouie. Enfin, les stigmatisations dans le milieu médical ne les incitent pas du tout à se soigner et à prendre soin d'eux-mêmes.

Selon l'association, se battre contre le sida, c'est aussi lutter contre les discriminations. "Il faut faire évoluer les mentalités, faire reculer les stigmatisations", assure-t-ton dans le rapport d'enquête, en particulier dans les secteurs médicaux et les lieux de prise en charge des séropositifs. Le plus important est de mieux les accompagner, et de mieux informer la population.

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