Sept ans après son incarcération, Chelsea Manning retrouve la liberté

Emprisonnée en 2010 après la divulgation de secrets militaires à WikiLeaks, la lanceuse d’alerte Chelsea Manning a été libérée ce 17 mai. Victoire.

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"La liberté n’était qu’un rêve, difficile à imaginer. Et c’est maintenant ! Vous m’avez maintenue en vie <3." Chelsea Manning semble avoir toujours un peu de mal à y croire, et probablement nous aussi. Sept ans après avoir été reconnu coupable de plus de 20 chefs d’accusation, dont espionnage et vol de documents diplomatiques et militaires confidentiels, par la cour martiale de Fort Meade, l’ancien analyste militaire de 25 ans à l’origine du scandale des "Cable Leaks" publiés par WikiLeaks en 2010, est sortie de prison. Condamnée à trente-cinq ans de prison (car heureusement reconnue non coupable d'"intelligence avec l’ennemi") en juillet 2013, la lanceuse d’alerte avait finalement vu sa peine commuée par Barack Obama trois jours avant le terme de son mandat, au grand dam du camp républicain qui continue de considérer Manning comme un traître à la patrie.

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Début 2010, le soldat Bradley Manning, stationné à Bagdad en tant qu’analyste pour le renseignement, avait discrètement copié et fourni à WikiLeaks une quantité inédite de documents (700 000 au total), vidéos, rapports d’opérations et "câbles" diplomatiques hautement confidentiels décrivant l’activité militaire des États-Unis en Irak et en Afghanistan. Parmi ces documents, la vidéo d’une "bavure" datée de 2007, où l’on voit un hélicoptère américain massacrer des civils irakiens (dont deux journalistes de l’agence Reuters), avait scandalisé l’opinion publique, tandis que les documents étaient repris sous la forme de feuilleton par un panel de médias partenaires – le Guardian, le New York Times et Le Monde, entre autres. Grâce à Bradley Manning, le monde entier avait plongé dans l’ère des lanceurs d’alerte.

Icône transsexuelle

Au lendemain de sa condamnation, le jeune soldat commençait une nouvelle vie en annonçant sa décision de changer d’identité et de subir une opération chirurgicale pour mener à bien sa transition. Devenue Chelsea Manning, la détenue s’engageait alors dans un bras de fer terrible avec les autorités militaires qui lui refusaient ce droit. Un calvaire de près de six ans, qui poussera Manning à une grève de la faim de quatre jours en septembre 2016 et deux tentatives de suicide, en juillet et en octobre de la même année, pour protester contre ses conditions de détention.

D’abord transférée de prison en prison puis incarcérée au pénitencier militaire de Fort Leavenworth, elle sera maintenue à l’isolement, parfois sans possibilité d’écrire (et systématiquement sans accès à Internet), dans des établissements pour détenus masculins. Saisi de son dossier, le rapporteur des Nations unies sur la torture considérera que ses conditions de détention sont "cruelles, inhumaines et dégradantes, à la limite de la torture". En septembre dernier, l’administration militaire avait finalement autorisé Chelsea Manning à procéder à son opération, grâce notamment à la mobilisation des associations de défense des droits des transsexuels.

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Car en six ans, Chelsea Manning est devenue une véritable icône LGBT, évanescente et mystérieuse. Comme le rappelle The Verge, les informations sur la détenue sont rares, Manning ne communiquant que très rarement sur son compte Twitter (géré par son avocat). Quant aux photos qui ornent les posters "Free Chelsea", elles datent d’avant son incarcération, et personne ne sait réellement à quoi elle ressemble après sept années d’isolement et une opération de changement de sexe. Mais elle ne sera pas seule : dehors, en attendant sa sortie, ses partisans ont récolté plus de 100 000 dollars (90 000 euros) afin de répondre à ses besoins matériels. Une fois remise, peut-être la reverra-t-on, aux États-Unis ou ailleurs, défendre la cause des transsexuels ou militer pour l’accès à l’information. Mais tout ça importe peu, finalement : ce mercredi 17 mai, Chelsea Manning, martyr de la cause transsexuelle et héroïne de la transparence de l’information, va sortir de prison, et c’est déjà une immense victoire pour la société civile. "Pour la première fois", écrivait-elle dans sa dernière déclaration, la semaine passée, "je peux entrevoir un futur en tant que Chelsea."

Par Thibault Prévost, publié le 17/05/2017

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