Le Sénat s'attaque aux jouets sexistes

Le Sénat a décidé de s'intéresser au vaste problème des jouets sexistes en publiant un rapport contenant dix propositions afin de permettre l'égalité filles - garçons dès le plus jeune âge. 

Entre la photo de cette petite fille de 7 ans mécontente devant une affiche sexiste du supermarché Tesco et la polémique autour de la Barbie informaticienne incapable de coder sans l'aide de Steven, les exemples de jouets "sexistes" ne manquent jamais à l'appel surtout à l'approche de Noël. Car c'est bien connu, les stéréotypes genrés ça se passe aussi sous le sapin.

La délégation sénatoriale aux droits des femmes, présidée par Chantal Jouanno, a donc décidé de s'intéresser de plus près à ce problème dans un rapport rendu public le 18 décembre.

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"Permettre que l'égalité et le "vivre ensemble" commencent avec les jouets", rappelle la sénatrice UDI car "comme à l'école, le jouet représente aussi un univers qui participe à l'éducation et au développement de l'enfant", il est donc important de "favoriser la construction d’une société d’égalité entre filles et garçons dès le plus jeune âge".

La photo postée sur le compte Twitter de Karen Cole.

La photo postée sur le compte Twitter de Karen Cole.

Super-héros et pilotes de course vs petites mamans et princesses

Que ce soit dans les catalogues, dans les publicités ou dans les supermarchés, l'importance des "codes couleurs" est déjà un premier problème : le rose pour les filles et le bleu pour les garçons. À cela s'ajoute les images d'enfants associés aux produits et réduisant la possibilité d'interchanger les rôles.

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Un petit garçon demanderait-il à Noël un jouet où l'on n'aperçoit que des filles sur le packaging ? Certainement pas. Mais cela n'est pas le plus grave. Le véritable problème se situe dans la symbolique des jouets qui se résume bien souvent à "encourager les champions et faire rêver les princesses".

Voici ce que dit le rapport :

[Les] univers masculins sont axés sur la technique, le combat, la violence et le dépassement de soi, qu’il faille détruire ou sauver le monde, l’important est avant tout de prouver qu’on est un homme. [...]

Les univers "féminins" sont essentiellement centrés sur le maternage, le ménage, le travail de son apparence physique ainsi que l’apprentissage de relations sociales (entre copines).

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Pour faire court, la plupart des jouets renvoient principalement les filles dans la sphère domestique et les garçons dans la sphère professionnelle... Pourtant, pour la doctorante en sociologie Mona Zegaï, "un jouet est rarement genré en lui-même". La faute revient aux "différents signaux véhiculés par les adultes (parents, fabricants, professionnels de la petite enfance)". Une analyse que confirme le psychiatre Serge Hefez  :

Un jouet n'est pas par nature sexué. C'est la famille et la normativité qui poussent l'enfant à le croire. Un enfant est curieux et polymorphe. Il aime découvrir des terrains différents mais a une pression sur les épaules. Dès qu'il sort de la norme, il se sent en souffrance.

Exemple de catalogue pour enfants avec une page pour les filles et une page pour les garçons.

Exemple de catalogue pour enfants avec une page pour les filles et une page pour les garçons.

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Une régression depuis les années 90

Il semblerait que l'univers du jouet ait connu une "régression à la fois sociologique et consumériste" depuis les années 1990 avec une distinction beaucoup plus flagrante des jouets entre les filles et les garçons. Selon le rapport, cela s'expliquerait par l'influence du "marketing" et de l'hyperconsommation.

En voulant dégager toujours plus de bénéfices, les experts en marketing auraient fait en sorte que les jouets soient moins susceptibles de se transmettre au sein d'une fratrie. Quand la soeur pourra emprunter les Kapla de son frère, on doute que celui-ci acceptera de pédaler sur le vélo rose devenu trop petit pour son ainée. La mondialisation a également été "propice à la schématisation" en proposant une offre standardisée, plus facile à exporter, ajoute le rapport.

Exemple d'une séparation filles garçons dans un magasin la Grande Récrée dans les Yvelines.

Exemple d'une séparation filles garçons dans un magasin la Grande Récrée dans les Yvelines.

"Un monde des jouets plus stéréotypé et plus inégalitaire que le monde réel"

Cette différenciation genrée et souvent sexiste dans l'univers des jouets n'est pas sans conséquence. En effet, "l'importance du jouet dans la formation de l'enfant se traduit par sa contribution à la construction de son identité et à ses apprentissages".

Ainsi, en plus de limiter les chances de vivre et jouer ensemble, les petites filles et garçons n'apprennent pas les mêmes choses et ne développent pas les mêmes compétences. Pire encore, "le monde des jouets est plus stéréotypé et plus inégalitaire que le monde réel". Un bel exemple donc pour les futurs citoyens.

Pour Brigitte Grésy, cela se répercute à l'âge adulte et favorise les inégalités et la ségrégation professionnelles :

S’esquisse ainsi un monde où hommes et femmes sont complémentaires dans la différence et la hiérarchie (patron et secrétaire, médecin et infirmière) et où les inégalités de sexe fortement essentialisées permettent la complétude : aux hommes la connaissance et la direction ; aux femmes le soin et l’assistance.

C'est pourquoi la délégation a décidé d'exposer dix propositions pour faire des jouets "la première initiation à l'égalité", parmi lesquels former les professionnels qui travaillent avec les enfants, attribuer un label pour les fabricants exemplaires ou encore attirer l'attention du CSA sur les publicités pour jouets qui véhiculent des messages sexistes.

Pour que les petites filles qui ont envie de piloter une voiture télécommandée ne soient pas considérées comme des garçons manqués, pour que les petits garçons qui souhaitent jouer à la poupée ne soient pas catalogués "futur homo", mais surtout pour que les jouets ne soient plus un lieu d'inégalités et de sexisme.

Par Anaïs Chatellier, publié le 19/12/2014

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