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Selon une étude controversée, deux tiers des cancers seraient "la faute à pas de chance"

Publié le

par Thibault Prévost

Une saloperie de cellule cancéreuse. Crédit: WikimédiaCC

Deux chercheurs provoquent un débat scientifique houleux en affirmant que 66 % des cancers apparaissent spontanément.

Une saloperie de cellule cancéreuse. (© National Cancer Institute/Wikimedia/CC)

Le cancer est une étrange saloperie dont on ignore toujours énormément de choses, à commencer par son origine. Depuis que la recherche s'est sérieusement penchée sur son cas, on a certes identifié bon nombre de facteurs héréditaires et environnementaux (tabac, alcool, pollution de l'air) qui favorisent l'apparition de tel ou tel cancer, et le consensus populaire veut aujourd'hui qu'une alimentation saine, une vie équilibrée et un air pur aident à maintenir la menace à distance.

C'est même globalement sur cette idée que se basent les campagnes de prévention. Mais si, du jour au lendemain, on vous disait que deux cancers sur trois sont simplement, comme le dit l'aphorisme, "la faute à pas de chance", changeriez-vous vos habitudes ? Avec la publication des résultats de deux chercheur, Bert Vogelstein et  Cristian Tomasetti, le débat est pourtant ouvert – et brûlant – au sein de la communauté scientifique.

Le duo, iconoclaste aux yeux de ses pairs, vient pourtant de publier une étude dans la vénérable revue Science, suggérant que la majorité des cancers est tout simplement inévitable. Une thèse qui, si elle a fait bondir de stupeur les partisans de la prévention, prend néanmoins racine dans un protocole d'observation scientifique rigoureux qui étudie de près le processus de division cellulaire. Selon Vogelstein, interrogé par la radio publique américaine NPR, la division cellulaire est loin d'être parfaite et il arrive souvent que lorsqu'une cellule copie son ADN, elle fasse quelques erreurs, à la manière d'une photocopieuses un peu vieillotte. La plupart du temps ces mutation s'opèrent dans des parties non essentielles de l'ADN, mais parfois elles s'opèrent sur un gène récepteur du cancer. Si la mutation s'opère sur deux ou trois de ces gènes récepteurs, la cellule devient cancéreuse. La faute à pas de chance.

Que peut-on y faire ? Rien

Une fois ce constat effectué, les chercheurs ont tenté de connaître la proportion de cancers créés arbitrairement et sont donc parvenus à ce chiffre, assez ahurissant, de 66 % – tandis que 29 % sont causés par l'environnement et 5 % sont héréditaires. Mieux, selon le duo, le cancer du poumon serait le plus largement dû à des causes environnementales, tandis que les cancers juvéniles seraient eux le résultat de dysfonctionnements dans la réplication cellulaire. Peut-on y faire quelques chose ? "Rien, absolument rien", répond Vogelstein à NPR. Pour lui, les parents "doivent comprendre que le cancer serait apparu peu importe ce qu'ils auraient fait", afin de s'enlever une culpabilité inexistante dans la maladie ou le décès de leur progéniture.

Conscient du caractère stupéfiant de leurs résultats et de la controverse qu'ils allaient engendrer, Vogelstein et Tomasetti ont pris les devants en expliquant qu'ils sont "d'accord avec le fait que 40 % des cancers sont évitables", mais le débat fait rage depuis bientôt deux ans et la publication d'un premier papier, par la même équipe, étayant déjà l'hypothèse d'une distribution arbitraire de la maladie. La publication de leurs recherches dans Science n'apaisera pas la discussion, bien au contraire, même si d'autres chercheurs, tel le mathématicien et biologiste de Harvard Martin Nowak, trouvent l'hypothèse "super fascinante".

Néanmoins, même les auteurs de l'étude admettent qu'il est difficile de catégoriser de manière aussi claire les différentes causes de cancer, d'autant qu'un bon nombre nous sont encore inconnues et que certaines maladies sont la cause d'une combinaison de facteurs. "Nous ne disons pas que la seule chose qui détermine la gravité, l'agressivité ou la mortalité potentielle du cancer est cette mutationmais qu'elle est nécessaire pour développer un cancer", conclut Vogelstein. 

Continuez donc à mener une vie saine, ça reste un excellent moyen de vivre longtemps.

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