C'est officiel : votre cerveau vous pousse à mentir toujours plus

Notre cerveau se désensibilise au fur et a mesure que nous balançons des mensonges, selon une étude menée par des neurologues.

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Si ça peut vous rassurer, votre nez ne grandit pas vraiment quand vous mentez. (© Disney)

"Quand on est pris dans cet engrenage de ne pas décevoir, le premier mensonge en appelle un autre, et c’est toute une autre vie", écrit Emmanuel Carrère dans L’Adversaire. Ce livre raconte l'histoire vraie du mythomane meurtrier Jean-Claude Romand, qui a fait croire à ses proches qu’il était médecin et chercheur à l’OMS pendant 18 ans, avant d'assassiner toute sa famille le jour où la supercherie a été découverte.

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Bien loin d’en arriver là, la majorité d’entre nous a recours à des petits mensonges de temps à autre. Ils apparaissent souvent innocents, on parle même de "mensonges pieux". Pourtant, ils peuvent prendre des proportions difficiles à gérer et un chercheur anglais peut désormais expliquer ce phénomène.

Neil Garret, un neuroscientifique de l’University College de Londres a récemment publié les résultats de son étude sur la malhonnêteté, réalisée en collaboration avec des chercheurs de l’université américaine de Duke, en Caroline du Nord. Il révèle qu’il y a bel et bien une raison neurologique pour laquelle les mensonges s'accumulent :

"Nous sommes en mesure de fournir des preuves empiriques de la surenchère graduelle de malhonnêteté à des fins personnelles, et du mécanisme neurologique sur laquelle elle s’appuie."

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En clair, plus on utilise des petits mensonges pour se sortir d’un faux pas, et plus notre cerveau se désensibilise pour nous faciliter la tâche, au risque de nous laisser nous enfoncer dans une spirale de bobards toujours plus gros. Neil Garrett explique :

"Du point de vue comportemental, nous montrons que plus le nombre de mensonges à des fins personnelles augmente, plus les participants s’impliquent dans le processus."

L’étude a réuni 80 sujets dans un laboratoire, au prétexte de jouer à un jeu. Une photo d’un pot rempli de pièces de monnaies a été montrée à chacun d’entre eux. Ils ont ensuite été présentés à leur binôme, un acteur, qui n’avait pas bien vu le pot et à qui ils devaient donner des conseils financiers.

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Les participants n’étaient pas obligés de dire la vérité à leur partenaire, et mentir pouvait même être à leur avantage. Pour certains d’entre eux, gonfler l’estimation de la quantité d’argent contenu dans le pot signifiait qu’ils pouvaient gagner plus. La promesse d'un gain personnel donnait ainsi aux "conseillers financiers" une raison de mentir.

Les scientifiques ont découvert que plus les sujets présentaient la réalité à leur avantage, plus il leur devenait facile d’être malhonnêtes, les petits mensonges prenant de l’ampleur au fur et à mesure de l'expérience. Les cerveaux de 25 participants ont été étudiés pendant le processus et Neil Garret a observé un phénomène qu’il explique dans une vidéo de présentation de ses travaux :

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"Toutes les réponses du cerveau dans les zones associées aux émotions, particulièrement l'amygdale, ont commencé à diminuer alors que les participants mentaient."

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Dans un premier temps, une personne normale a des remords quand elle ment. Neurologiquement, cette culpabilité se constate dans l'amygdale, la région du cerveau qui gère les sentiments. Pourtant, l’étude montre que cette zone ne réagit plus au fur et à mesure que les mensonges s’accumulent :

"L’action de mentir amoindrit la réponse émotive à la malhonnêteté et nous encourage à dire de plus gros mensonges dans le futur."

En remontant à la source de l’effet boule de neige que l’engrenage des mensonges peut entraîner, l’étude permet de mieux comprendre comment des scandales se construisent sur des piles de tromperies, particulièrement dans le cas des affaires politiques et financières : tout commence avec un petit mensonge.

Traduit de l'anglais par Sophie Janinet

Par Micha Green, publié le 24/11/2016