Capture au filet d’un débris spatial. Image de synthèse de la mission RemoveDebris (c) University of Surrey

Le satellite RemoveDEBRIS joue les éboueurs de l'espace avec son filet anti-déchets

Présentation de la mission.

Capture au filet d’un débris spatial. Image de synthèse de la mission RemoveDebris © University of Surrey

En orbite autour de la Terre, à différentes altitudes, gravitent des millions de déchets spatiaux, triste réalité à laquelle le commun des mortels est encore peu sensibilisé, mais qui alarme tous les astronautes de ce monde.

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Ces débris sont des résidus issus des décennies d’explorations et de conquêtes spatiales marquées par des lancements de satellites, de fusées ou de voitures Tesla (cette dernière ira cependant s’échouer beaucoup plus loin, donc pas de risques).

Il y a un an, nous faisions le point sur la situation. Les estimations chiffrées fournies par les agences spatiales étaient éloquentes. Au moins 1 500 satellites en orbite abandonnés ; 23 000 objets plus petits qu’une balle de golf identifiés, dérivant pour la majorité d’entre eux dans l’orbite terrestre "basse" (entre 300 et 2 000 kilomètres d’altitude) ; 500 000 déchets plus petits que la taille d’une bille ; et plusieurs millions d’entre eux trop petits pour être observés.

Outre le malaise existentiel que ce constat peut provoquer (l’humain bousille tout ce qu’il touche, même l’espace), ces reliquats menacent, à terme, les futures épopées spatiales, certains d'entre eux se déplaçant à 50 000 km/h.

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Une collision, et c’est le drame : en 2016, un objet de quelques millièmes de millimètres seulement avait réussi à fendiller une vitre de la Station Spatiale Internationale.

L’impact © ESA/NASA

Le 16 septembre dernier, le satellite RemoveDEBRIS (100 kg) a réussi à capturer un petit satellite, un CubeSat (environ 1 kg), qu’il a lui même balancé au préalable dans l’espace pour les besoins de l’expérimentation.

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La saisie a été effectuée par un filet en quelques secondes. Il aura fallu six ans d'essais et l’implication de neuf poids lourds de l’aérospatial – dont Airbus –, le tout coordonné par le centre spatial de l’université de Surrey, en Angleterre.

Ci-dessous, l’immortalisation de cette première capture :

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Le parcours de RemoveDEBRIS n’a pas été de tout repos. Lancé à bord d’une Falcon 9 de Space X, le satellite a d’abord dû faire une halte par la Station spatiale internationale (SSI) pour être dépaqueté et préparé, sur place, par les astronautes, avant d’être à nouveau envoyé dans l’espace au moyen d’un bras robotique. Une fois le CubeSat capturé, celui-ci est allé brûler tranquillou en traversant notre atmosphère, histoire de ne pas faire un déchet de plus. Pfiou.

Malgré le job accompli, l’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour RemoveDEBRIS. Dans les mois à venir, l’équipe de scientifique continuera le projet avec le second CubeSat à bord du satellite de 100 kg et effectuera trois missions : étrenner son système de vision (notamment basé sur le Lidar, qui équipe les voitures autonomes) et tester deux systèmes de capture concurrents/complémentaires du filet, un système de harponnage (!) et un autre basé sur une super voile (!!), appelé drag sail.

Ci-dessous, un aperçu des quatre missions en images de synthèse :

Même s’il s’agit d’un beau coup de filet, il convient de tempérer sa joie. Le petit satellite capturé par le filet n’allait pas à 50 000 km/h et n’a été rattrapé alors qu’il n’était éloigné que de six mètres. Pour l’heure, on ne peut donc espérer capturer que des débris lents. Alors que l’heure tourne, à toute vitesse, elle.

Par Pierre Schneidermann, publié le 20/09/2018

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