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Sans pression, Castaner demande à la presse de ne pas "affaiblir" la ministre du Travail

Publié le

par Théo Mercadier

On arrive au stade où un ministre croit pouvoir dire aux journalistes comment faire leur boulot.

Monsieur le porte-parole du gouvernement, doit-on vous rappeler que nous sommes en France, et qu’en France la presse enquête sur ce qu’elle veut, quand elle le veut ? À l’occasion de la traditionnelle conférence de presse qui suit le Conseil des ministres, Christophe Castaner a dû répondre à une volée de questions sur l’affaire qui frappe la ministre du Travail, incriminée par une nouvelle enquête de Libération. Et c’est peu dire que sa réponse n’a pas enchanté les journalistes présents sur place.

Muriel Pénicaud et Business France - un organisme public chargé de faire la promotion de la France auprès des investisseurs étrangers - sont actuellement visés par une enquête préliminaire pour favoritisme. Pour rappel, Business France est suspecté d’avoir confié à l’agence de communication Havas l’organisation d’un événement pour Emmanuel Macron (alors ministre de l’Économie) et une troupe d’entrepreneurs afin de mettre à l’honneur les start-up françaises à Las Vegas en 2016. D’après Le Canard enchaîné, ce contrat lucratif de 381 759 euros a été passé sans appel d’offres, ce qui est illégal lorsque de l’argent public est en jeu. Après des perquisitions chez Havas et Business France, Muriel Pénicaud est donc dans la tourmente, alors même qu’elle présentait aujourd’hui devant le Conseil des ministres le projet de loi d’habilitation pour réformer le Code du travail par ordonnances.

Pour le gouvernement, le timing est tout sauf bon. "Avant de montrer du doigt tel ou tel qui serait en responsabilité, je vous invite à ne pas chercher à affaiblir […] tel ou tel", a lâché le porte-parole du gouvernement devant un parterre de journalistes interloqués. "Nous sommes dans un moment important pour la réforme du travail". Pardon, Monsieur, les journalistes devraient attendre que la ministre n’ait plus aucun dossier chaud à défendre pour faire leur boulot.

Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’un membre du gouvernement adopte une telle attitude par rapport à la presse. En mai, l’éphémère garde des Sceaux François Bayrou ne se gênait pas pour appeler la section investigations de Franceinfo, se plaignant de leur enquête sur les soupçons de conflits d’intérêts qui minent son parti, le MoDem. "Ce n’est pas le ministre de la Justice ni le président du MoDem qui a appelé, c’est le citoyen", avait-il tenté de se justifier. Mais bien sûr.

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