Sale temps pour le hip-hop féminin

Flops commerciaux, come-back laborieux, retours de hype : l'année dernière a été un mauvais cru pour les rappeuses américaines, qui ont eu particulièrement beaucoup de mal à se faire entendre. La faute à une industrie aux rouages essentiellement masculins, selon les principales intéressées.

Nicki Minaj, première et seule rappeuse de la liste de Forbes Magazine.

Beyoncé fait bien de le rabâcher dans son essai paru ce lundi 13 janvier dont on vous a déjà parlé : l'égalité des sexes est encore un mythe. Et si la chanteuse dénonce surtout l'inégalité salariale entre hommes et femmes et la place de ces dernières dans la société, on est tenté d'appliquer cette observation à l'industrie très masculine du hip-hop.

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Alors oui, on sait depuis longtemps que le rap game souffre d'un déficit d’œstrogènes, mais l'année dernière a été particulièrement défavorable aux rappeuses. Un article du blog Pigeons And Planes, sobrement intitulé "Pourquoi 2013 a été une terrible année pour les femmes dans le hip-hop", va dans ce sens.

Les arguments de son auteure, Dee Lockett ? En vrac et entre autres : les débuts avortés d'Azealia Banks, Iggy Azalea et Nitty Scott MC, le flop du dernier opus d'Eve en janvier dernier, la brève peine de prison de Lauryn Hill pour évasion fiscale, le relatif manque d'intérêt critique pour l'album de M.I.A, ou encore le come-back de Foxy Brown, moins médiatisée pour sa musique que pour sa chute sur scène en juin dernier... Bref, entre des figures de proue en déclin et une relève qui peine à percer, c'est la disette pour les femcees.

"Je ne suis pas fan du terme femcee"

La rappeuse Rapsody

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Interrogée par Pigeons And Planes, la rappeuse Rapsody, qui a sorti en 2013 la mixtape She Got Game attribue cette sous-représentation à la ghettoïsation des artistes féminines par le public, mais surtout par les décideurs de l'industrie musicale.

A savoir, critiques et professionnels du disque :

On a l'impression qu'on nous mentionne [sur les listes de fin d'année] seulement lorsqu'on parle de female rappers, donc je ne suis pas fan du terme female rapper, female emcee, fem rap, femcee ou autre.

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Un sentiment que confirme Karlie Hustle, directrice musicale de la chaîne de radio HOT97, par son expérience :

Les décideurs sont généralement des hommes. Ce n'est donc pas surprenant que les femmes soient oubliées ou ignorées, puisque nous sommes absentes du processus depuis le début.

L'effet Nicki Minaj

Rapsody évoque également un "effet Nicki Minaj" qui défavorise ses pairs. La superstar n'ayant pas sorti d'album en 2013, elle a entraîné toutes les autres dans son sillage. Lorsque Nicki n'est pas dans la place, c'est comme si les projecteurs se retiraient de toute la scène hip-hop féminine.

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Une idée défendue par Rapsody

On est toutes placées dans la même bulle, et on ne nous met en concurrence qu'avec Nicki Minaj.

Comment faire, alors, pour surmonter les barrières des esprits ? Sur ce point, Rapsody est catégorique : les femcees doivent se soutenir entre elles, de la même manière que certains rappeurs permettent à leurs protégés ou à leur crew de briller :

Asia Sparks, je ne lui ai jamais vraiment parlé, mais elle tweete tout le temps ma musique, donc j'écoute et je soutiens la sienne [...] Je n'aime pas le faire juste parce que c'est une femme, mais j'ai le sentiment que c'est normal si tu es une femme et que tu déchires, parce que je connais la galère.

Et si Beyoncé commencait son combat de l'égalité entre les sexes par le milieu hip-hop ?

Par François Oulac, publié le 14/01/2014

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