Algérie - Russie : le gardien russe aveuglé par un laser ?

Lors du match entre l'Algérie et la Russie, un supporter pas malin a utilisé un laser en direction du gardien russe sur une action qui a mené à un but. Résultat : un entraîneur pas content, des médias qui prennent des pincettes et Twitter qui crie à l'injustice.  

Chaque jour, une polémique. Après la morsure de Luis Suarez – déjà détournée, la Coupe du Monde 2014 semble attirer comme un aimant les réclamations et coups de gueule. Pas plus tard qu'hier, c'est la rencontre entre l'Algérie et la Russie qui en a été la victime. En cause, une histoire de laser.

59ème minute du match. L'Algérie est menée d'un but par la sélection russe mais réussit à obtenir un corner. Bien tiré, le ballon s'envole dans la direction d'Islam Slimani, qui le dévie de la tête vers les cages du gardien : but. Le nul va être conservé jusqu'à la fin de la rencontre, permettant à l'Algérie de passer les poules et d'aller en huitième de finale pour la première fois de son histoire.

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Mais revenons à cette 59ème minute. Juste avant que le corner ne soit tiré, voilà ce qu'on peut voir sur les écrans de télévision : le gardien russe voit une lumière verte parcourir son visage. Rien à voir avec un quelconque super-héros se transformant, mais un laser vert provenant d'un supporter algérien.

La seconde d'après, le ballon est dans les cages.

À la 59ème minute le goal russe Igor Akinfeev voit un laser vert parcourir son visage (Crédit Image : The Verge)

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Le but de Islam Slimani face à la Russie qui a permis l'égalisation de l'Algérie et sa qualification en huitième de finale (Crédit Image : The Verge)

Les réactions des entraîneurs

Fabio Capello est l'entraîneur de la Russie. À la vue de ces images, l'ancien international italien est - évidemment - en colère :

Bien entendu qu'il a été aveuglé par le laser, toutes les images le montrent [...]. Je ne cherche jamais d'excuses, ce n'est pas mon style, j'accepte la défaite quand nous perdons. Le laser n'est pas une excuse, mais le gardien pendant tout le match a essayé de l'éviter, regardez les images il a un laser dans les yeux tout le match.

J'accepte la défaite mais pas la manière [...]. L'arbitrage et cette lumière verte dans les yeux du gardien, ce n'est pas normal. Je ne cherche pas d'excuses. Ok pour la défaite mais pas de cette façon.

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Et de rajouter :

Si je dois me plaindre de quelque chose, c'est du traitement des arbitres pendant toute cette Coupe du monde. Je me suis tu, mais maintenant c'est terminé [...]. Il n'y avait pas but, c'est tout, parce qu'il y avait faute dans l'autre sens [...]. C'est pareil contre la Belgique.

Face à lui, Vahid Halilhodzic, l'entraîneur de l'Algérie. Lui, il minimise la polémique et propose même d'en parler autour d'un expresso :

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C'est la première fois que j'entends parler [des lasers]. Je n'ai pas encore vu les images de la télé, donc je n'ai rien à dire. Ce sont des choses dont on peut discuter dans un café et un restaurant. Mais ici, on parle de football. Les deux équipes se sont comportées sportivement. Maintenant, parlons sport. Je suis fier mais nous pouvons mieux jouer.

Sur Twitter, le lien est fait

Sur Twitter, les réactions des internautes comme des médias sont assez claires : le laser vert est clairement de l'anti-jeu. Pour le compte officiel de la BBC, le lien entre le faisceau et le but d'Islam Slimani est pertinent. Enfin, The Guardian parle de "distraction" du gardien russe.

Le laser, un problème dans les enceintes de foot

Est-ce qu'il sera possible un jour de savoir si le gardien Akinfeev a été réellement affecté par le faisceau lumineux – même si, comme le souligne The Verge le gardien russe ne cligne pas des yeux au cours de l'action ? Sûrement pas.

Ce qu'on sait par contre des lasers, c'est qu'ils peuvent être particulièrement dangeureux pour la vision. Redouté par les joueurs, il est devenu un véritable fléau dans les stades. Igor Akinfeev n'est pas le premier à connaître ce genre de mésaventure. D'autres cas, avant celui d'Algérie - Russie, ont fait parler d'eux. À commencer par celui de Cristiano Ronaldo, lors du match retour des barrages pour l'Euro 2012.

À la veille d'un match crucial pour le Portugal (0-0 à l'aller), la star du Real Madrid est – comme à son habitude – la cible de provocations à l'entraînement. Des lasers sont pointés en directions de son visage, auxquels CR7 répond par un doigt d'honneur à ses détracteurs. Un geste qui fera beaucoup parler dans la presse. Pendant le match, Cristiano Ronaldo est de nouveau visé par des lasers verts.

Une situation qui a agacé le Portugais, qui ne comptait pas en rester là.

Et les lasers que j'ai pris dans les yeux ? Personne n'en parle, tous parlent de mon geste. Encore hier,  j'ai été visé cinq fois. Ils m'ont fait ça, on ne leur a rien dit. J'ai répondu par autre chose. Et maintenant, tout le monde dit du mal de moi.

S'était-il défendu publiquement, en conférence de presse. Il envisageait même de porter l'affaire devant l'UEFA, qui a finalement banni les lasers dans les stades. Créant ainsi une forme de jurisprudence Cristiano Ronaldo. Depuis, on en est toujours au même stade.

Un autre cas avait animé le microcosme du football. Le 7 octobre 2012, lors d'un match entre l'Olympique de Marseille et le PSG (2-2) comptant pour la 8ème journée de Ligue 1, un supporter de l'OM avait été repéré par la vidéosurveillance et interpellé par les autorités phocéennes alors qu'il pointait un rayon laser vers les joueurs du PSG, Zlatan Ibrahimovic notamment. Ce qui lui coûtera un mois de prison avec sursis et six mois d'interdiction de stade.

Zlatan Ibrahimovic victime d'un laser lors d'un marche du PSG face à Marseille

Zlatan Ibrahimovic victime d'un laser lors d'un marche du PSG face à Marseille

Une énième histoire de laser, quelques jours après celle d'OM - PSG. 11 novembre 2012, 12ème journée de Ligue 1, Montpellier - PSG, 1-1. Dans le stade de La Mosson, un supporter montpelliérain aveugle le gardien parisien avec son laser... avant de pointer celui-ci vers ce qu'il croyait être des stadiers.

Pas de chance, les yeux qu'il pointait étaient ceux de policiers de la section d'intervention rapide (Sir), chargés de repérer tout acte délinquant. Le supporter sera alors arrêté et placé en garde à vue. Résultat : deux ans d'interdiction de match.

Il déclarera d'ailleurs :

Je ne savais pas que c'était une arme. Pour moi, c'est un jouet. C'était dans ma sacoche avec mon téléphone et mes clés de voiture. On m'a fouillé mais pas dit que c'était interdit.

Justement, le laser, interdit ou pas ?

Ce que dit la loi

L'usage d'un laser, qui peut ôter la vue pendant une fraction de seconde, voire détruire une rétine et provoquer des accidents irréversibles, est formellement interdit par la FIFA. Voici ce que dit, en trois points, le "Règlement de la FIFA sur la sûreté et la sécurité des stades" :

  • L'évaluation des risques doit prendre en compte les "supporters connus pour utiliser des engins pyrotechniques ou tout autre objet dangereux, notamment des pointeurs laser."
  • Les contrôles de sécurité doivent évaluer que "la personne n’est en possession d’aucun autre objet dangereux qui ne peut pas, pour des motifs juridiques, être apporté dans le stade, y compris les banderoles agressives ou racistes et les pointeurs laser."
  • Parmi les objets interdits : "Tout objet qui pourrait déranger les joueurs et/ou les officiels, y compris les pointeurs laser et les objets excessivement bruyants."

À noter que depuis novembre 2011, les lasers sont strictement interdits dans les stades russes. La fédération, suite aux nombreux cas d'attaques au laser, était montée au créneau :

Les nombreux cas récents de ces rayons lasers pour aveugler les joueurs ont obligé la Fédération russe de football à interdire totalement l’utilisation de ces appareils dans les gradins. Aussi bien pendant que après les matches.

Cette mesure est prise pour préserver les joueurs des tours ignobles de certains pseudo-supporters, dont les actes mettent en danger la santé des joueurs et violent les principes du fair-play.

Voilà qui ne devrait pas calmer les réclamations du sélectionneur russe.
Article écrit par Rachid Majdoub et Louis Lepron

Par Louis Lepron, publié le 27/06/2014

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