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Regarder les pires vidéos d’Internet à la chaîne, le nouveau challenge malsain

Publié le

par Thibault Prévost

Le site Running The Gauntlet lance le défi écœurant de regarder à la suite une collection des vidéos les plus cradingues d'Internet. 

Le voyeurisme n'est pas un vilain défaut, c'est un appétit. Une force d'attraction, qui aimante le regard autant qu'elle musèle la décence. L'Homme a un appétit insatiable pour l'insoutenable, à l'image de ces groupes amassés autour d'un accident de circulation, fouillant des yeux la scène avec l'espoir d'y dénicher un morceau de cadavre.

Lorsque l'Internet pré-réseaux sociaux avait encore les contours libertaires d'un désert à la Mad Max, le trash se troquait discrètement via les messageries de bureau, les chaînes de mails et les forums naissants, d'abord en photos puis, la technologie évoluant, en courtes vidéos. On entendait parfois, dans les bureaux fermés de l'ère pré-open space, le bref cri d'effroi d'un salarié venant d'ouvrir une énième photo sordide - geste qu'il allait immédiatement regretter.

A la téloche, Jackass et Dirty Sanchez se tiraient la bourre à coups d'agrafeuses dans les tétons et de vomi sur les murs, et les fans en redemandaient. Ouverte en 1996, la succursale du répugnant s'appelait alors Rotten, et distribuait quotidiennement sur le Web son quota d'amputations ratées, d'accidentés de la route et d'anguilles utilisées comme... oui, voilà, comme ça.

Puis vinrent YouTube, 4Chan et les réseaux sociaux. La Cour des Miracles se mondialisa. Plus besoin de s'échanger sous le manteau les dernières sensations dans d'obscurs chats IRC quand l'abject avait maintenant ses mots-clés sur Google. Dans un monde où la chasse d'eau d'Internet qu'est 4Chan compte des dizaines de millions d'utilisateurs, croiser la route d'une vidéo trash est devenu à peu près aussi inédit que de tomber sur un mème félin. Alors, on se dit qu'on a fait le tour, que plus rien ne peut nous choquer. Puis on tombe sur Run The Gauntlet. La compilation du pire. Le défi le plus malsain d'Internet.

Noyades, décapitations et torture

Le site, dont The Daily Beast relaie l'existence tout en refusant pudiquement de partager l'adresse, propose un défi aussi simple qu'insurmontable : regarder, à la chaîne, une sélection de vidéos parmi les pires d'Internet pour tester sa résistance. La première ? Un bras de fer entre deux femmes, durant lequel l'une des deux se casse violemment le bras. Un bras pété, pas de problème, l'estomac est toujours arrimé.

Mais quelques vidéos plus loin, on assiste à la noyade d'une femme, pieds et poings liés, dans une baignoire. Viennent ensuite un "bébé qui passe sous un train à Mumbai" et "une femme qui met un fer chaud sur le sexe d'un homme", écrit The Daily Beast - qui a visiblement joué plus longtemps que nous. Et ainsi de suite, ad nauseam. Plus on tient longtemps, plus le score augmente.

Lorsque le joueur crie enfin grâce, il peut partager son score sur les réseaux sociaux. Sur le site, une rubrique permet aussi de voir les réactions filmées de certains joueurs (on en trouve d'autres, à la pelle, sur YouTube). Résultat, selon The Daily Beast : un succès international, avec 900.000 visiteurs uniques et presque 7 millions de pages vues. Plus intéressant, le site d'analyse Alexa révèle qu'en moyenne, les visiteurs du site y consacrent 3 minutes 30 pour un peu moins de deux pages vues. Qu'on se rassure, nous sommes encore majoritairement des chochottes.

Frisson et sadisme

Le créateur du site, "G", contacté par le média anglophone, raconte avoir été approché en 2010 par un client pour développer ce concept selon l'idée "qu'à la fin, vous auriez tout vu et seriez insensibilisé au contenu d'Internet." Une fois le site en place, sans vidéo, le client disparut et G abandonna le projet. Avant de s'y remettre, cinq ans plus tard : "La recherche de contenu m'a fait abandonner plusieurs fois", explique-t-il,"mais j'ai fini par encaisser".

Les runners, qui témoignent dans des fils de discussion sur Reddit, invoquent eux le besoin de frisson - celui-là même qui nous pousse à regarder une énième itération de Saw sans trop savoir pourquoi -, la volonté de se préparer à des situations atroces ou tout simplement l'expérience du sentiment cathartique à voir souffrir son prochain  pour justifier leur hobby.

Pour sa part, le créateur voit le jeu comme une forme de divertissement, même s'il reconnaît "en toute honnêteté" qu'il est "un peu perturbant de voir qu'un bon nombre de gens semble très bien s'accommoder de ce qu'il voit." "Peut-être qu'ils en ont déjà trop vu", ajoute-t-il. Lui semble en tout cas avoir eu sa dose d'expérience sociologique et indique vouloir vendre le site pour passer à d'autres projets. En attendant, on vous laisser trouver le site comme des grands. Bonne descente.

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