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Les associations d'artistes et commerçants situés entre les 18bis et 26 de la rue Dénoyez et au 10 de la rue de Belleville (20ème arrondissement de Paris) ont dû rendre leurs clefs mardi 31 mars avant la venue d'ouvriers chargés de sceller les locaux.

La rue Dénoyez au lendemain de la fermeture des locaux. Crédits image : Maxime Le Goff

Pour ceux qui ne situent pas, la rue Dénoyez c'est cette voie pavée de 156 mètres de long devenue lieu incontournable de l'art de rue parisien. Hier, aux alentours de 14h30, des ouvriers accompagnés par les représentants de la mairie ainsi que d'une avocate ont scellé un à un les ateliers situés entre les 18 et 26 bis de la rue Dénoyez et au 10 de la rue de Belleville (20ème arrondissement de Paris).

D'après StreetPress, c'est Cédric Bordery, membre de l'association "Fais ta rue", qui a mis en lumière sur des sites internet spécialisés deux appels d’offres publics pour la construction de 47 logements sociaux et d’une crèche de 50 places.

"On était là depuis douze ans"

Suite à cette décision de la mairie, certains artistes de la rue Dénoyez avaient lancé en septembre dernier une pétition intitulée "Sauvons la rue Dénoyez" qui a recueilli plus de 9000 signatures. Une banderole avec le même message a aussi été installée il y a quelques mois dans la rue.

Mais, selon Le Parisien, ce qui inquiète surtout les pétitionnaires c'est le manque de clarté ou de logique quant à leur relogement. Car depuis des années, ces artistes payaient un loyer d'environ 200 euros par mois grâce à une convention d'occupation précaire, mais cela les contraignait à suivre le bon vouloir de la mairie.

Silvia Minni, peintre, fait partie de ces artistes mécontents : "La ville de Paris a adopté en décembre 2013 un vœu dans lequel elle s’engage à nous reloger. Mais la seule proposition qui nous a été faite est un local commercial à 100 euros le mètre carré. Nous sommes des artistes, pas des commerçants !".

De l'autre côté, d'autres artistes ne comprennent pas cette attitude. Thierry Lainé était dans les locaux de "La maison de la plage", au 18bis de la rue Dénoyez.

On était là depuis douze ans. À la base c'est un squat, après on a passé une convention avec la mairie. C'était bien stipulé que si on nous demandait de partir on partirait parce qu'il y a un projet immobilier ici. Donc voilà ! On a négocié notre départ, on est parti ailleurs, on a un autre lieu et puis c'est tout. Il n'y a pas grand chose à dire d'autre.

Il y a des gens qui ont fait une pétition mais, je trouve ça ridicule. Ça ne sert à rien, ça ne se passe pas comme ça, ça ne marche pas. Il y avait cinq associations ici, on était tous logés sous la même convention et aux mêmes conditions.

Selon lui, tout "s'est passé en douceur". Après avoir négocié pendant "quelques mois", ils ont maintenant déménagé dans un local prêté par Paris-Habitat au 44 rue Piat. Ils ont aussi négocié le maintien d'un mur pour continuer à s'exprimer dans la rue.

D'un point de vue financier, il est normal pour Thierry Lainé qu'ils ne retrouveront pas les avantages établis voilà douze ans. Dans son cas, le loyer était de "quatre euros par an le mètre carré". Mais le plus important pour lui, c'est "qu'il ne faut pas tirer des conclusions maintenant, mais voir comment le projet se met en place."

De nombreux messages sont apparus suite à l'intervention de la mairie. Crédits photo : Maxime Le Goff

De nombreux messages sont apparus suite à l'intervention de la mairie. Crédits photo : Maxime Le Goff

"Je ne suis pas une agence immobilière !"

Côté population, les avis sont aussi partagés. Certaines personnes du quartier n'ont parfois même pas entendu parler du projet.

C'est le cas de Yann. C :

Sur le papier, dire qu'on va créer des crèches et des logements sociaux, on ne peut être que pour puisqu'on en manque cruellement. Maintenant c'est quand même très troublant de devoir choisir avec une rue comme ça, qui avait un cachet sympa, qui était un lieu de vie. Ce n'était pas qu'un quartier dortoir.

Il rajoutera même que ce choix n'aurait pas été à faire si les loyers étaient bloqués et que les appartements vides étaient réquisitionnés afin d'agrandir le nombre de logements sociaux. En attendant, de nombreux Parisiens viennent dans la rue afin d'immortaliser ce qu'il reste avant le début des travaux qui commenceront en juillet 2015.

Face à la grogne, la maire (PS) du 20ème arrondissement Frédérique Calandra s'est expliquée dans  Le Parisien :

Cela fait trois fois qu’Alternation refuse des propositions de relogement, tonne-t-elle. Je ne suis pas une agence immobilière !"

Elle a aussi rappelé avoir ouvert six murs pour les graffeurs. Pour elle, il ne fallait pas mettre en cause "un programme de logements sociaux et d’équipement public pour faire plaisir à une ultraminorité de gens" alors que "le conseil de quartier de Belleville vote depuis des années un vœu pour la création d’une crèche"

D'après Thierry Lainé, ce mur sera sauvegardé pour les artistes. Crédits image : Anais Chatellier