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Roman Polanski renonce à présider les César

Le cinéaste a décidé de ne pas présider la 42e cérémonie des César.

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L'information est tombée ce matin : six jours après l'annonce de sa présidence aux prochains César, Roman Polanski, a affirmé par la voix de son avocat à l'Agence France Presse, renoncer à présider la 42e cérémonie le 24 février prochain. Sa nomination avait fait vivement polémique, en raison de son passé judiciaire et des accusations de viol qui pèsent sur lui depuis quarante ans. Le réalisateur juge pour autant "injustifiée" cette polémique.

Il y a une semaine, un boycott avait été organisé sur Twitter (via le hashtag #BoycottCésar), une pétition invoquant la “destitution de Roman Polanski comme président des César” avait été lancée sur Change.org (elle a recueilli plus de 60 000 signatures) tandis que l’association Osez le féminisme avait appelé à un rassemblement devant la salle Pleyel le jour de la cérémonie des César, à 18 heures 30.

Il y avait aussi un autre son de cloche. L'ancienne ministre de la culture Aurélie Filippetti souhaitait “qu’on laisse [Roman Polanski] présider cette cérémonie”, précisant qu’il était un “grand réalisateur” et affirmant, avec aplomb, que l'ancienneté de l’affaire imposait de ne plus en parler :

“C’est quelque chose qui s’est passé il y a quarante ans. On ne peut pas à chaque fois relancer cette affaire.”

L'acteur Gilles Lellouche avait pour sa part affirmé, dans les colonnes du Parisien :

"En France, on fait des polémiques de tout. On meurt de ça dans ce pays. Selon moi, il faut être cohérent. Polanski vit en France depuis quarante ans. Les faits qui lui sont reprochés précèdent cette arrivée. Depuis toutes ces années, il fait du cinéma ! À ce moment-là, il fallait lui interdire de vivre sur notre territoire ou d'y travailler."

Retour en 1977

L’affaire remonte à 1977 : le cinéaste, alors âgé de 43 ans et aujourd’hui connu pour avoir réalisé Le Pianiste et Chinatown, est accusé d’avoir drogué puis violé une mineure, à l’époque âgée de 13 ans, Samantha Geimer. Incarcéré pendant 42 jours, il plaide alors coupable pour “rapports sexuels illégaux” contre l’abandon des charges de viol et sodomie. Il sort de prison, libéré sous caution. Il n’attend pas le verdict et part aussitôt pour l’Europe, craignant une sanction, malgré un accord conclu avec la justice américaine.

Pendant trente ans, la justice américaine va tenter de mettre la main sur lui, lors de ses différents voyages dans le monde, du Royaume-Uni (1978) à Israël (2007). Vainement. En 2008 pourtant, Roman Polanski est arrêté par la police suisse à Zurich alors qu’il se rend à un festival de cinéma. L’arrestation est réalisée dans le cadre d’un mandat d’arrêt international émis en 2005.

Un an plus tard, en novembre 2009, contre une caution de près de 3 millions d’euros, le Tribunal pénal fédéral accepte sa libération conditionnelle. Roman Polanski fait actuellement toujours figure de fugitif dans les États membres de l’Union européenne, selon Interpol. Il n’a droit de se déplacer qu’en France, Suisse et Pologne, pays qui a récemment refusé d’extrader le cinéaste vers les États-Unis.

À plusieurs reprises Samantha Geimer a demandé à ce que les poursuites soient abandonnées. Dans ses mémoires, elle précisait ainsi :

“Je ne lui ai pas pardonné pour lui, je l’ai fait pour moi.”

Pour rappel, en 2009, quelques mois après l’arrestation de Roman Polanski en Suisse, de nombreux représentants du cinéma français et international avaient signé une pétition pour s’indigner du “traquenard”.

On pouvait ainsi lire :

“Les cinéastes et auteurs français, européens, américains et du monde entier, tiennent à affirmer leur consternation. Il leur semble inadmissible qu’une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l’un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier.”

Parmi les cinéastes et acteurs, on retrouvait de grandes stars, tels Woody Allen, Pedro Almodóvar, Fanny Ardant, Asia Argento, Olivier Assayas, ou encore Monica Bellucci, Patrice Chéreau, les frères Dardenne, Jonathan Demme, Costa Gavras et Terry Gilliam. Pour la suite (très) conséquente de la liste, ça se passe par ici.

Par Louis Lepron, publié le 24/01/2017