Le rôle des médias américains dans l'élection de Donald Trump

Le séisme provoqué par l'élection de Donald Trump amène à réfléchir sur le rôle joué par les médias américains.

Il semblerait que la stratégie du "moi contre le monde" ait finalement payé. L'écrasante majorité des observateurs, des États-Unis et d'ailleurs, n'avait pas vu venir la victoire de Donald Trump, qui remporte à l'heure où ces lignes sont écrites 276 grands électeurs contre 218 pour Hillary Clinton. Les médias américains (nous ne parlerons que d'eux dans la mesure où ils sont globalement les seuls à avoir pu orienter directement les votes) ont leur part de responsabilité dans cette élection. De nombreux éditorialistes ont d'ailleurs publié leur mea culpa, comme le New York Times, qui n'hésite pas à avouer que "une nouvelle fois, le journalisme est à la traîne de l’histoire, à la traîne du reste du pays".

Donald Trump, deux fois plus cité à la télé

Donald Trump est un OVNI médiatique, et tout le monde l'a bien senti dès le début. Les grands médias américains, confrontés à une crise existentielle à l'heure du tout gratuit et des réseaux sociaux, y ont vu l'occasion de booster leurs audiences et leurs tirages. Le site "2016 Campaign Television Tracker", spécialisé dans l'analyse de big data, a analysé l'intégralité des programmes diffusés par les neuf grandes chaînes nationales américaines pendant la campagne, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, avec une très faible marge d'erreur. Et le résultat est sans appel : entre le 1er janvier 2015 et le 7 novembre 2016, le nom d'Hillary Clinton a été prononcé 620 000 fois. Celui de Donald Trump sur la même période ? 1 166 000, soit près de 2 fois plus.

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De fait les chaînes de télévision sont devenues de leur plein gré les haut-parleurs du candidat républicain.

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© 2016 Campaign Television Tracker

Une couverture négative et biaisée

La couverture de cette campagne par les médias a par ailleurs été extrêmement négative, au sens où la majorité des articles écrits comportaient des éléments négatifs sur les programmes ou la personnalité des candidats, comme le montre le site Electiontracker. Pour ne prendre en compte que les 90 derniers jours, 71 954 articles négatifs ont été recensés, contre 32 617 articles positifs. Un véritable raz-de-marée pessimiste, qui a pu jouer en la faveur de Donald Trump dans sa course à la présidentielle en donnant échos à ses thèmes de campagne favoris : terrorisme, criminalité et corruption.

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Trump, en bon OVNI, n'a pas bénéficié d'une couverture médiatique normale. De nombreux médias, comme le Huffington Post, lui ont d'emblée refusé toute légitimité politique. "Donald Trump le bouffon", "Donald Trump le fou", "Donald Trump le vulgaire"... La rédaction du Huffpost a ainsi publié la tribune suivante en juillet 2015 :

"Après avoir regardé et écouté Donald Trump depuis sa candidature à la présidence, nous avons décidé de ne pas couvrir sa campagne dans la rubrique 'Politique' du Huffington Post. À la place, nous traiterons sa campagne dans notre rubrique 'Divertissement'. Nos motivations sont simples : la campagne de Trump est une attraction. Nous ne mordrons pas à l'hameçon. Si vous êtes intéressés par ce que Donald a à raconter, vous le trouverez à côté des histoires sur les Kardashian."

Bien vu !

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(© Flickr)

Des médias en partie contrôlés par l'équipe d'Hillary Clinton

D'une manière générale, les médias ont souffert de rudes accusations de la part des citoyens américains. Un sondage réalisé pour USA Today le 31 octobre révèle que, sur 1 000 personnes interrogées, 75,9 % pensent que les médias favorisent la candidature d'Hillary Clinton. Ce sondage vient après les révélations par WikiLeaks sur les mails du directeur de campagne de la candidate, John Podesta.

Les désormais célèbres "Podesta files" montrent entre autres que le camp Clinton a eu accès à certaines questions potentiellement posées lors du débat qui l'opposait alors à Bernie Sanders, pendant la primaire démocrate. Toujours parmi ces emails, on trouve encore des journalistes de CNN demandant quelles questions ils devraient poser à Donald Trump. Bref, on est très loin d'une presse libre et indépendante.

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Par Théo Mercadier, publié le 09/11/2016

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