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Un petit groupe de rock toulousain attaqué par le géant Candy Crush

Publié le

par Théo Chapuis

Candy Crush Saga, cette addiction 2.0 (Crédits image : TechHive)

King, l'éditeur de Candy Crush Saga, met la pression sur un groupe de rock toulousain. Le prétexte ? Le nom de celui-ci est trop proche de l'un de ses jeux.

Quel est l'unique point commun à tous les transports en commun français ? Candy Crush. La virulente épidémie dont nous vous parlions voilà un an déjà s'est bel et bien répandue comme la peste. Téléchargé plus de 500 millions de fois, on estime qu'il est actuellement introduit dans près de 100 millions de smartphones, des chiffres datant de la mi-avril 2014.

Valorisé à 7,1 milliards de dollars pour son entrée à Wall Street le 26 mars, le jeu vidéo avait tous les yeux des observateurs financiers braqués sur lui, à la manière de Farmville, Facebook ou encore Twitter lors de leurs entrées en bourse respectives. Pourtant, c'est de l'autre côté de l'Atlantique que s'est illustrée la licence, à cause d'un différend avec un groupe de musique de Toulouse.

King, le studio responsable du lucratif jeu portable, a lancé une procédure juridique contre Bubblies, une formation rock créée dans les années 90 et originaire de la Ville rose. L'éditeur reproche aux musiciens leur patronyme trop proche d'un autre de leurs produits nommé Bubble Witch.

Le 2 mai, ces vétérans de la scène française ont lancé un appel à l'aide sur leur page Facebook.

"Ne pas laisser une grosse multinationale s'essuyer les pieds sur un petit groupe de rock"

Selon Bubblies, l'intention de King est sans équivoque : "Leur but est de nous déposséder de notre nom". D'une attaque grotesque de prime abord, on se rend compte en fait que Bubblies, outre ses activités de groupe musical, édite aussi de petits jeux vidéo. N'empêche : interviewés par Numérama, ils attestent être arrivés les premiers sur le marché  :

Nous créons de temps en temps des jeux depuis 2001, alors que leur boîte n'existe que depuis 2003.

Et pan. Leur marque déposée en 2000 à l'issue de la signature d'un contrat avec Trema, label dans l'escarcelle de Sony. À l'occasion de renouveler sa marque en 2013, et après avoir quitté le milieu des majors dans lequel il ne se sent guère à l'aise, Bubblies reçoit un courrier de la part des avocats de King, pour leur demander de s'engager par écrit à ne pas "utiliser de marque, nom de domaine ou tout signe consistant ou comprenant les termes "bubble" ou "bubblies" en relation avec des jeux d'adresse ou plateformes de jeux sur Internet ou dans les médias sociaux et appareils mobiles", arguant d'un "risque de confusion pour un consommateur d'attention moyenne".

L'inconvénient étant que les mini jeux vidéo édités par le groupe accompagnent en général les sorties d'album et servent à illustrer de manière interactive la promotion du groupe. Et cela a du sens : comme le remarque avec justesse Big Browser, l'univers musical de Bubblies emprunte beaucoup au jeu vidéo. Un simple coup d'œil à son site Internet vous en convaincra.

Alors qu'il a décidé de partager sa musique grâce au principe Creative Commons, le groupe toulousain est proche des milieux de l'Internet libre. La section locale du Parti Pirate a d'ailleurs émis un communiqué de soutien aux rockeurs. Dans celui-ci, ils déclarent dénoncer "fortement ce genre de pratiques abusives qui consiste à utiliser son pouvoir financier et un statut de soi-disant "intouchable" pour faire asseoir une propriété intellectuelle dénuée de sens, syndrome trop répandu de l’actuel "copyright madness".

C'est quoi le "copyright madness" ?

"Copyright madness" ? Les Pirates font référence à ces nombreux organismes financiers qui tentent d'acheter des noms propres, mais aussi parfois de simples mots du vocabulaire, pour s'arroger l'exclusivité de leur usage. Numérama rappelle d'ailleurs que King a tenté de déposer en janvier 2014 un copyright sur le mot "Candy", afin qu'il soit interdit à d'autres éditeurs de jeux vidéo d'utiliser ce mot du vocabulaire anglais qui signifie tout bêtement "bonbons". Quelques semaines plus tard, King a abandonné ce combat.

Dans un contexte autrement plus musical, on vous parlait voilà un an de Will.i.am qui poursuivait Pharrell Williams en justice. Motif ? L'ex-rappeur des Black Eyed Peas reprochait à l'interprète de "Happy" l’utilisation de l’occurrence “I am” dans l’intitulé de la marque de vêtements “i am OTHER”.

Quoi qu'il en soit, l'appel à l'aide du groupe Bubblies a été largement relayé. Reste que si vous souhaitez découvrir les mélodies de ce groupe de rock tout sauf déplaisant, vous pouvez les retrouver sur leur page Bandcamp.

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