IG

Une rivière de Sibérie vire soudainement au rouge sang

Des résidents de Norilsk, ville russe située au nord du cercle polaire arctique, postent depuis plusieurs jours des clichés inquiétants de la rivière Doldykane inhabituellement teintée de rouge vif. 

Publicité

Des eaux rouges sang s'écoulent depuis quelques jours dans les forêts du grand nord sibérien, donnant au paysage polaire un éclat irréel. L'origine de cette couleur n'a pour l'instant pas été identifiée de façon claire et définitive mais le ministère russe des Ressources naturelles et de l'Environnement a ordonné mercredi 7 septembre l'ouverture d'une enquête sur un possible accident industriel, rapporte le site américain ABC News.

Une pollution au nickel ?

Les habitants et les autorités soupçonnent fortement une contamination due à un produit chimique rejeté dans la Doldykane par l'usine Norilsk Nickel. Cela "pourrait être la rupture d'un tuyau d'écoulement [de] l'usine" a déclaré le ministère de l'Environnement. Selon, Evgeny Belikov, un ancien employé de Norilsk dont les propos sont rapportés par ABC News, il existe bien un réservoir d'écoulement de minerais au sein de l'usine, dont la couleur rouge sang est étrangement similaire à celle détectée dans la rivière.

Publicité


L'entreprise s'avère être le plus gros producteur au monde de nickel et de palladium, faisant de la ville de Norilsk le complexe sidérurgique et minier le plus important de la planète. Si l'hypothèse de la fuite ou du rejet de déchets industriels (accidentel ou volontaire) semble être la piste la plus vraisemblable, le géant minier dément fermement toute responsabilité dans la pollution de la Doldykane. Allant même jusqu'à affirmer que "la couleur de la rivière aujourd'hui ne diffère pas de son état habituel". Plus c'est gros, plus ça passe...

L'une des villes les plus polluées du monde

Ce n'est pas la première fois que Norilsk, la ville la plus plus septentrionale et la plus froide du globe (avec une température annuelle moyenne de -27 degrés) essuie des "incidents" industriels de ce type. "En hiver, la neige aussi est rouge", affirme Evgeny Belikov, rappelant que cette couleur ne teinte pas le paysage pour la première fois. Un territoire pollué, certainement bien au-delà de ses frontières et dont les contaminations donnent une mystique terrible au lieu : "D'un coté c'est très beau, mais de l'autre c'est chimique" résume-t-il.

Il y a treize ans déjà, en 2003, Courrier International écrivait un papier pour décrire l'environnement souillé de Norilsk, tristement connue pour être (aussi) l'une des villes les plus polluées du monde, dont "l'air est orange et les lacs bleu fluo".

Publicité

"Ici, les taux maximaux tolérables de produits néfastes rejetés par les entreprises sont dépassés 240 jours par an. Autrement dit, on ne peut respirer à pleins poumons qu’un jour sur trois", écrivait le bimensuel à l'époque. Une situation qui n'a visiblement pas changé puisque selon les estimations, les usines de la ville – majoritairement possédées par Norilsk Nickel – rejettent près de deux millions de tonnes de dioxyde de souffre par an dans l'atmosphère.

Un enfer sur terre

Par conséquent, à Norilsk, l'espérance de vie est de dix ans moins élevée que la moyenne russe et les habitants ont deux fois plus de chance de contracter un cancer mais aussi des maladies de peau comme l’eczéma. La ville de 170 000 habitants est probablement l'un des lieux du monde où il est le plus difficile de vivre (voire de survivre), la majorité de la nourriture étant importée – donc chère (environ 10 euros le kilo de tomates) –et le salaire le plus élevé étant l'équivalent du Smic français.

Dans cette ville érigée dans les années 1930 avec le sang et la sueur des prisonniers des goulags staliniens, les nuits polaires durent 50 jours durant lesquels le soleil reste sous le niveau de l'horizon. "La majorité des jeunes de Norilsk sont nés ici donc ils n'ont pas choisi d'être là et la majorité d'entre eux ne se voient pas d'avenir" décrit Elena Chernyshova, une photographe qui a immortalisé la ville, dans une interview accordée à The Moscow Times.

Publicité

Par Jeanne Pouget, publié le 08/09/2016

Copié

Pour vous :