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Fake news : et revoilà les "no-go zones"

Publié le

par Astrid Van Laer

Le 16 février, le tabloïd anglais The Daily Express a ressorti du grenier le concept des "no-go zones" françaises, retweeté dans la foulée par la blogueuse américaine Pamela Geller. Cette idée, apparue à la suite des attentats de Charlie hebdo et de l'Hyper Cacher, reprend du poil de la bête avec l'affaire Théo.

Il y a deux ans, en réaction aux attentats des 7, 8 et 9 janvier à Paris, naissait aux États-Unis la qualification de "no-go zones". Sur le plateau de la chaîne de télévision Fox News, le journaliste américain Nolan Peterson dépeignait certains quartiers de Paris, comme Belleville, la porte Saint-Denis ou le Père-Lachaise, comme des sortes de zones interdites, à éviter en raison de leur dangerosité. Il assurait que "les non-musulmans n'y vont tout simplement pas".

Invité sur Fox News, le journaliste était allé jusqu'à proférer l'insanité suivante : "C'était assez effrayant. Je suis allé en Afghanistan, en Irak, dans le Cachemire indien, et par moments, ça ressemblait à ces banlieues, à ces zones interdites." Nolan Peterson était en poste à Paris entre 2004 et 2006 et faisait donc référence aux émeutes de 2005. À la suite de la polémique déclenchée en France après ses déclarations, il avait présenté ses excuses, expliquant n'être pas au courant qu'une carte de ces supposées "no-go zones" était diffusée derrière lui. Et l'on en avait plus entendu parler depuis.

La carte s'élargit après l'affaire Théo

Depuis quelques semaines en France, de grosses tensions sont apparues entre civils et forces de l'ordre après la violente interpellation de Théo L. par quatre policiers à Aulnay-sous-Bois. Ces manifestations contre les violences policières ont effectivement occasionné de violents heurts et donné lieu à de nombreuses interpellations. De quoi nourrir certains fantasmes à l'étranger.

Certaines banlieues de la petite couronne ont ainsi fait leur entrée dans la désormais célèbre catégorie des "no-go zones". Mais cela va plus loin, puisque l'on y apprend également que les villes entières de Lille, Rouen, Nantes, Paris ainsi que le Val-d'Oise, en font partie. Les quelque quatre millions d'habitants qui les peuplent devraient donc s'inquiéter, d'autant plus que la blogueuse est allée jusqu'à comparer la situation avec celle de la France sous occupation nazie en 1940.

La France, une "no-go zone" en devenir ? Un mythe qui arrange bien Pamela Geller, obsédée par l'islamisation de l'Occident et qui affiche des prises de position ouvertement anti-islam, Ces propos alarmistes sont donc dans la parfaite lignée de ce qu'elle souhaite démontrer : l'idée d'un pays aux mains de migrants musulmans violents, afin de convaincre ses concitoyens de s'opposer à l'accueil de musulmans sur le sol américain, s'ils ne souhaitent pas finir comme nous, en somme.

Moquée sur les réseaux sociaux et interrogée par France Info, la blogueuse américaine a dénoncé une "propagande gauchiste" et déclaré : "Me désigner comme bouc émissaire pour avoir évoqué ces reportages est typique des médias de l'establishment qui ont l'habitude de cacher les ravages que font les migrants musulmans en France et ailleurs en Europe."  

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