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Royaume-Uni : les trolls antisémites privés de réseaux sociaux ?

Publié le

par Aline Cantos

Le Service des Poursuites Judiciaires de la Couronne (dit CPS) a demandé l'examination de nouvelles mesures afin de mettre un terme à la haine sur Internet. Les réseaux sociaux, premiers concernés, pourraient voir leurs membres faire l'objet de mesures restrictives et dissuasives.

Les "ASBOs", mesures répressives concernant les comportements antisociaux, viendraient ici s'appliquer à Internet afin de rétablir un ordre miné par l'absence de réglementation stricte et applicable. Nombreuses sont les démonstrations de haine qui fleurissent sur les réseaux sociaux depuis quelques années.

Que cela concerne l'homophobie, le racisme, l'antisémitisme ou le harcèlement scolaire, les divers posts et commentaires peuvent parfois se montrer d'une violence rare. Le nombre d'internautes impliqués dans ces phénomènes renforce l'urgence de la situation.

Internet, la propagation à grande vitesse de la haine

Alors que les offenses à caractère sexuel sont depuis bien longtemps une préoccupation pour les gouvernements en raison des risques inhérents aux crimes sexuels, le flou législatif demeure autour des incitations à la haine. Quand on sait que les actes antisémites ont connu en 2014 un pic encore inédit depuis le début du recensement de ces derniers, les nouvelles mesures du gouvernement britannique semblent plus que jamais à propos.

"Un bébé dans son berceau est aussi beau qu'#UnBonJuif dans son cercueil. #FinDuGame", "#Unbonjuif est un juif bien cuit" voit-on encore circuler sur Twitter malgré les mesures prises par les gouvernements afin de faire en sorte que Twitter mette fin à ce déferlement de haine. Ces hashtags français ne sont pas isolés, et au-delà de ces mouvements lancés sur le réseau viral, le harcèlement ainsi que les commentaires ou posts antisémites ne cessent de se multiplier.

Des efforts ont déjà été faits en la matière par les grands noms d'Internet et la France en est l'une des principales instigatrices. Twitter a ainsi décidé de bannir les hashtags les plus discriminatoires de ses "trending topics", faisant ainsi en sorte que ces derniers n'apparaissent plus en page d'accueil aux côtés des tendances du moment. Cependant, difficile de contrôler des milliers de trolls agissant bien souvent en même temps dans un laps de temps très court.

Ces trolls, dont les interventions se limitent à inciter à la haine ou à la polémique, constituent une cible difficilement saisissable pour les autorités, d'autant plus en l'absence de règlementation appropriée. Au Royaume-Uni, la prise de conscience véritable semble être sur le point de se concrétiser pénalement. Ce bouleversement et cette hâte ne sont pas sans rapport avec l'atmosphère délétère qui règne en France depuis le 7 janvier 2015.

Face à la recrudescence de l'antisémitisme, la règlementation s'impose

Ed Miliband, membre du Parlement anglais du parti travailliste affirme que ces nouvelles mesures viennent directement répondre à la poussée de l'antisémitisme matérialisée par les attentats parisiens. Dans un contexte d'insécurité pour les populations de culture juive, la réglementation d'Internet apparaît comme une aide précieuse dans la lutte contre les actes motivés par la haine antisémite. 

Aussi, le pays d'outre-Manche semble déterminé à agir avec un nouvel éventail de possibilités contre les trublions du net. Les personnes ayant un comportement de nature à heurter ou choquer certaines populations se verraient ainsi privées de certains services. Déjà en vigueur hors d'internet, les ASBOs ont été introduites en 1998 par Tony Blair afin de répondre aux comportements inappropriés ne pouvant passer devant une cour pénale.

Les incidents dits "mineurs" sont sanctionnés par des restrictions de libertés partielles avec les ASBOs. Les sanctions vont de l'interdiction de fréquenter un lieu à l'interdiction de boire par exemple. Appliquées au domaine numérique, ces mesures contre les comportements non-appropriés en société pourraient être des interdictions liées aux services de la toile, tels que l'utilisation des réseaux sociaux par exemple.

Une haine polymorphe difficilement contrôlable

Le fléau ne touche pas qu'à l'antisémitisme. Les violences sur Internet n'ont pas de limites et touchent bon nombre de populations. Les communautés musulmane et homosexuelle ont d'ailleurs été victimes de l'agressivité des trolls.

Avec des hashtags tels que "#KillAllMuslims" ou "#TeamHomophobe" arrivés en tête des "tendances" sur le réseau Twitter, le déchaînement des internautes va bon train. Des réactions étatiques commencent cependant à faire leur apparition. C'est le cas en France où l'on a recensé les trois premières condamnations liées à des hashtags homophobes en janvier.

Les trois prévenus ont écopé d'amendes allant de 300 à 500€ venant sanctionner leurs propos sur les réseaux sociaux. Cependant, il reste difficile d'évaluer la portée de ces sanctions. La répression ne concerne qu'une minorité de personnes impliquées dans ces lynchages 2.0.

Pourtant, dans certains cas précis, le contrôle du net semble être efficace, peut-être trop. C'est le cas du contrôle de la nudité sur Facebook. Le réseau social en vient même à censurer des œuvres d'art à l'image de celles de Courbet ou d'Ai Wei Wei. Le musée du Jeu de Paume a ainsi vu son compte Facebook suspendu pour non-respect des conditions d'utilisation après qu'il ait diffusé les œuvres des artistes en question.

Avec ses mesures de sanction, le Royaume-Uni compte bien atténuer les risques de violations plus graves des conditions d'utilisation des célèbres réseaux sociaux. Difficile cependant de présager des effets concrets de ces mesures avant de voir à l'œuvre les autorités du pays.

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