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Reportage : dans les rues de Washington, une investiture mouvementée pour Donald Trump

Publié le

par Paloma Clement Picos

(© Paloma Clément Picos)

Alors que se tenait l'investiture du nouveau président américain ce vendredi 20 janvier, récit d'une journée au milieu des pros et anti-Trump.

Après des scènes de violence, une femme manifestant contre le président Trump en pleurs (© Paloma Clément Picos)

En ce vendredi 20 janvier 2017, des millions de personnes ont eu les yeux rivés sur leurs écrans pour regarder l’impensable arrivée au pouvoir de Donald J. Trump. À Washington D.C. où se tenait l’inauguration, l’action ne s’est pas déroulée qu’au Capitole.

Traditionnellement entièrement dédiée à un seul homme, plus d’un citoyen s’est approprié cette journée à deux vitesses entre pros et anti-Trump, noirs et blancs, jeunes et vieux. Rencontre dans la rue avec les Américains de tous horizons.

Une journée qui a mal commencé  

Tôt le matin, alors que Donald Trump assistait à la traditionnelle messe d’investiture et se rendait au capitole, les premiers rassemblements protestataires se rejoignaient en centre-ville. Dès 7 h du matin, les slogans anti-Trump ont résonné dans la capitale. Sur Macpherson Square, à deux pas de la Maison-Blanche, plusieurs groupes se sont retrouvés et le parc est rapidement devenu le point névralgique des manifestations. C’est même là qu’on a pu croiser Ellen Page et Michael Moore, deux figures de la lutte pour les droits de l’homme et farouches opposants au nouveau président.

C’est le mouvement "DisruptJ20" qui a obtenu le permis de s’installer sur la place pour la journée. L’évènement appelait à perturber l’inauguration autant que possible et montrer que "la majorité des Américains n’est pas en faveur de sa présidence ni de ses lois". L’ambiance ici était pacifiste, joyeuse.

Ellen Page (© Paloma Clément Picos)

Mais les vraies violences sont venues d’un groupe s’affichant clairement anticapitaliste et antifasciste. Tous vêtus de noir et masqués, le mouvement appelé "It’s Going Down" a marché à travers plusieurs rues avant d’être dispersé par la police à coup de gaz lacrymogène. Se revendiquant anarchistes et contre tout président quel qu’il soit, on est tout de même surpris d’apprendre que certains parmi eux se cachent le visage car ils travaillent pour le gouvernement américain.

Ce sont quelques membres de ce groupe de plusieurs centaines de personnes qui sont responsables des vitres brisées et des voitures brûlées. À chacun de ces incidents, la majorité du groupe appelait cependant ses membres à rester "peaceful". Malgré tout, 85 manifestants seront arrêtés par la police locale représentée en masse à chaque coin de rue pour avoir vandalisé banques, Starbucks et limousines…

(© Paloma Clément Picos)

Un peu plus loin de là, le mouvement Black Lives Matter a passé la matinée à bloquer des checkpoints et a empêché les visiteurs venus voir leur nouveau président de rentrer dans la zone où avait lieu la parade et les retransmissions sur écran géant. Leur message : "We won’t move until black lives matter". Les manifestants s’étaient même enchainés aux barricades pour envoyer un message fort. On ne va pas se mentir : une grande majorité des personnes venue fêter l’investiture de Donald Trump étaient blanches.

Casquettes rouges contre bonnets roses

Alors que Trump préparait son inauguration, d’autres préparaient leur arrivée à Washington, car beaucoup font le déplacement depuis les quatre coins des États-Unis. À chaque coin de rue autour de la Maison-Blanche et du Capitole, lieux emblématiques de l’évènement, des cars déversent des dizaines et des dizaines de personnes venues spécialement pour l’occasion. Il y a un car venu de Nashville, rempli de supporters de Trump, arborant tous la désormais célèbre casquette rouge floquée "Make America Great Again". Parmi eux Bob, 50 ans, caméra en main, est là "pour le fun, pour voir l’histoire s’écrire".

Rapidement le groupe est interpellé par une horde de "pussy-hats". Le débat commence. Difficile pour quelqu’un venu juste pour s’amuser et passer du bon temps de devoir déballer un discours construit pro-Trump face aux arguments anti solidement préparés par ces femmes venues d’Utah. Genevra et Carly, 42 et 24 ans, disent qu’être présentes à Washington était nécessaire.

Les "Pussy-Hats" en question (© Paloma Clément Picos)

Plusieurs groupes comme ceux-là s’entrecroisent toute la journée. Parfois, de façon pacifique, un vrai échange entre deux visions de l’Amérique a lieu. Mais souvent les conversations dégénèrent en insultes et s’achèvent comme elles ont commencé, dans le refus d’écouter l’autre. Cependant un mot revient souvent dans la bouche des anciens, quel que soient leurs raisons d’être là. Le mot Vietnam. Beaucoup d’entre eux confient n’avoir jamais rien vu de tel depuis 1969 et les manifestations contre la guerre que menait le gouvernement Nixon.

Malaise total lors de la parade

Alors que Donald Trump s’apprêtait à marcher sur Pennsylvania Avenue comme la tradition le veut, des milliers de personnes devaient attendre plus d’une heure pour atteindre la zone de la parade. L’entrée était strictement contrôlée, voire un peu trop au goût de certains qui estiment que trop de manifestants se sont vu refuser l’entrée.

Pourtant une fois à l’intérieur, l’ambiance générale était clairement à la protestation sur une grande partie de l’avenue sur laquelle allait se dérouler le défilé militaire. Plus fort que les musiques de fond de l’évènement officiel, c’est Rage Against The Machine ou le "Formation" de Beyonce qui retentissaient. Et à chaque fois qu’un détenteur d’une casquette rouge circulait, c’est toute une assemblée qui lui criait "Fuck Trump" et "Shame on you".

(© Paloma Clément Picos)

Lorsque le convoi de Donald Trump et Mike Pence est enfin arrivé en saluant la foule, ce sont des longues huées et une marée de doigts d’honneur qui l’ont escorté d’un côté, des hourras un peu moins bruyants et de grands signes de bras de l’autre. D’autres endroits de la parade étaient plus calmes, voire trop. Pour certains, l’ambiance ressemblait même plutôt à une veillée funèbre.

Pour beaucoup de supporters de Trump, bien que reconnaissant le sacro-saint Premier Amendement, ces manifestations vont trop loin. Pour Doug, 64 ans et David, 27 ans, il y a trop d’injures dans les slogans anti-Trump. "Je n’ai pas voté pour lui, mais c’est mon président maintenant alors je l’accepte, c’est comme ça. Je suis venu à toutes les investitures depuis 45 ans et je n’ai jamais rien vu de tel" raconte Doug en parlant des nombreuses manifestations.

Une fois sa marche terminée, l’avenue s’est littéralement vidée, ne laissant que très peu d’audience aux corps militaires paradant à la suite du président. La plupart des spectateurs n’étaient apparemment là que pour montrer leur présence et faire entendre leur voix à une seule personne. À l’image du reste de la cérémonie, une partie de Washington était déserte.

Jusqu’au bout de la nuit

Alors que Donald Trump enchaînait les bals dédiés à son investiture, les manifestations ne faiblissaient pas. En plein cœur de la ville, les trottoirs étaient témoins d’un drôle de défilé, entre invités richement habillés en costards, robes de soirée et talons hauts, et contestataires en bottes parés de leurs pancartes.

Pour ces derniers, la lutte ne fait que commencer. Tous seront à la Women’s March et beaucoup d’entre eux expliquent qu’ils ont déjà créé des associations de lutte ou des groupes de discussions dans leur villes contre Donald Trump.

Pour beaucoup de citoyens présents, le sentiment qui se dégage de cette journée est la colère. Mais aussi l’espoir, car tous savent que ce n’est que le début.

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