À Londres, une beach party pour dénoncer l'interdiction du burkini en France

À Londres, une manifestation s’est tenue hier devant l’ambassade de France pour protester contre l’interdiction du burkini sur la plage mise en vigueur dans certaines communes de France.

Tandis que les photos d’une femme sommée de retirer son voile par quatre policiers sur la plage de Nice font le tour du Web, la France est ouvertement critiquée sur les réseaux sociaux par de nombreux internautes, révoltés par la tournure des choses.

Hier, une manifestation a été organisée devant l’ambassade de France à Londres : la Wear What you Want Beach Party (C’est la fête à la plage, portez ce que vous voulez). Les organisateurs espéraient ainsi attirer l’attention du public sur la nature oppressive de ces arrêtés municipaux dans une volonté de protéger les femmes des lois misogynes et de l’islamophobie rampante qui balaye l’occident.

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Dans un joyeux tintamarre, une quarantaine de femmes de tous âges et milieux se sont rassemblées vêtues de tongs, de burkinis, de bikinis et autres paréos sur une plage de fortune. Un camion avait déchargé des sacs de sables, des matelas gonflables  et des ballons multicolores devant l’ambassade sous le regard intrigués des policiers.

(Photo: Trudy Barry)

(© Trudy Barry/Konbini)

"L’interdiction du burkini est néfaste car elle promeut les actes islamophobes en leur offrant une justification", a déclaré Fariah Syed, l’une des organisatrices à Konbini.

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"En privant les femmes de la liberté de porter ce qu’elles veulent quand elles le veulent, le gouvernement français est devenu pareil à ceux contre qui il prétend lutter : les oppresseurs."

"Pour nous, cela contredit toutes les valeurs que la France prétend porter : liberté, égalité, fraternité.  Si une femme est libre d’exposer son corps, pourquoi ne peut-elle le couvrir ? Toutes les femmes devraient être traitées de la même façon en dépit de leur religion. Et pendant cette période troublée, nous devrions tous nous rassembler dans la fraternité et l’humanité plutôt qu’être constamment hostiles avec ceux que nous voyons comme ‘les autres’", affirme-t-elle.

Fariah Syed, middle, protests with fellow beach-ready demonstrators (Photo: Trudy Barry)

Fariah Syed, au centre, manifeste avec ses camarades de plage (© Trudy Barry).

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La plupart des manifestantes s’accordaient sur ce sentiment d’anxiété et de discrimination. L’une d’elle a proclamé : "Je suis ici aujourd’hui parce que mon corps est un temple, pas un champ de bataille." Tandis qu’une autre expliquait : "Moi je suis ici parce qu’une femme musulmane a été forcée d’enlever son voile en public par les forces de l’ordre." Ou encore : "Je suis là parce que l’islamophobie doit vraiment s’arrêter en France."

Malgré les efforts mis en œuvre par les organisatrices pour que le rassemblement constitue un espace protégé pour les femmes musulmanes, afin qu'elles puissent s’exprimer sans que leur parole ne soit récupérée, elles étaient seulement une dizaine à participer. De manière plus générale, sur les 4 500 personnes qui s’étaient déclarées intéressées sur Facebook, une quarantaine seulement sont venues, et la foule était composée de beaucoup de journalistes.

(Photo: Trudy Barry)

(© Trudy Barry/Konbini)

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(Photo: Trudy Barry)

 Trudy Barry/Konbini)

Une femme, visiblement très en colère, est intervenue à un moment donné. Sur la vidéo ci-dessous, on peut l’entendre crier, s'exprimant en français : "Ta gueule ! Arrête ! N’importe quoi, n’importe quoi ! Tu ne sais pas ce que c’est d’être une femme. Tu ne sais pas ce qui arrive aux femmes dans ces pays." Ce à quoi les protestants ont rétorqué en chantant : "Manifestants unis, nous ne nous laisserons pas diviser", jusqu’à ce qu’elle tourne les talons. Elle serait ensuite allée parler aux journalistes présents pour s’exprimer.

Protesters singing after furious French woman crashes demonstration with anti-#burkini spiel #wearwhatyouwant

A video posted by Lydia Morrish (@lydiamorrish) on

L’incident a interpellé les manifestants. Aina Khan, l’une des organisatrices est choquée par l’islamophobie ambiante. Selon elle, certaines réactions sur Internet sont hostiles : "Il y a des choses qui vous blessent en tant que femme, et en tant que musulmane." Elle nous a confié se sentir abandonnée par le silence obstiné de la communauté féministe, "parce qu’au final il s’agit des femmes et de leur liberté".

Aina Khan at the beach party rally outside the French embassy (Photo: Trudy Barry)

Aina Khan. (© Trudy Barry/Konbini)

L'Internet est divisé sur la question, et certains se demandent si l’interdiction du burkini en France relève plus d'un problème d’islamophobie ou de misogynie. Noreen, une manifestante pense qu’il s’agit des deux et que toutes les femmes devraient se battre ensemble pour les droits des femmes musulmanes.

"C’est un problème contre lequel nous devons tous lutter, explique-t-elle. Tout cela révèle non seulement de l’islamophobie mais aussi de l’hystérie. Les gens doivent s’unir et comprendre ce que leurs actes impliquent."

Mais Noreen pense que ce qui se passe en France actuellement a plus un rapport avec la religion qu’avec le féminisme. L’interdiction se focalise sur le burkini comme symbole islamique : "C’est très politique. Pour moi c’est plus de l’islamophobie que de la misogynie. Pourquoi les femmes ne peuvent-elles pas porter ce qu’elles veulent sans que cela devienne un problème général ?"

Noreen, activist, outside the French embassy (Photo: Trudy Barry)

Noreen. (© Trudy Barry/Konbini)

(Photo: Trudy Barry)

(© Trudy Barry/Konbini)

(Photo: Trudy Barry)

(© Trudy Barry/Konbini)

(Photo: Trudy Barry)

(© Trudy Barry/Konbini)

(Photo: Trudy Barry)

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(Photo: Trudy Barry)

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(Photo: Trudy Barry)

(© Trudy Barry/Konbini)

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(© Trudy Barry/Konbini)

(Photo: Trudy Barry)protest12

(© Trudy Barry/Konbini)

Traduit de l'anglais par Sophie Janinet

Par Lydia Morrish, publié le 26/08/2016

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