La réponse frappante du candidat sud-coréen confronté au racisme ordinaire de la Nouvelle Star

Quelques semaines après son passage à la Nouvelle Star, le candidat sud-coréen confronté au racisme ordinaire du jury de l'émission de D8 a bien voulu répondre à nos questions.

dukhwan

(Capture d'écran de l'émission de la Nouvelle Star)

Le 18 février, au lendemain du premier épisode de l'émission de la Nouvelle Star nouvelle génération, Konbini vous parlait de Dukhwan. Ce candidat sud-coréen était confronté, le temps d'un passage de moins de trois minutes, au racisme ordinaire du petit écran.

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En cause, des réflexions de la part du jury, entre un Joey Starr lourd ("On t'appelera Luc" ou "J'avais surtout envie de me lever et de lui mettre un coup de genou bien placé dans les sacoches...") et une Élodie Frégé qui croyait avoir le sens de la métaphore ("Je ne sais pas si c’est la cuisine française qui te reste dans la gorge mais ça sonne très très bizarre, quand même"). Mais pas seulement.

Contacté par Konbini, Dukhwan Kim a bien voulu répondre à nos question. Originaire de Corée du Sud et âgé de 18 ans, il est venu à étudier en France à partir de 2013, dans un premier temps dans un lycée, puis dans un second temps, à partir de 2015, à l'école hôtelière de Thonon-les-Bains grâce au Rotary Club. Ce passionné de la culture française nous indique aimer la gastronomie du pays, louer la capacité des Français à profiter de la vie, de voyager, de manger et de discuter autour d'une table. Une "image [qu'il a] depuis son passage par la France".

Le 23 novembre 2015, Dukhwan Kim décide de passer une audition pour la Nouvelle Star, devant un jury composé d'André Manoukian, Sinclair, Élodie Frégé et du "petit dernier", en la personne de Joey Starr. Sa venue, il la justifie avec simplicité :

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"Depuis que je suis petit, j'aime chanter devant des gens. Je me suis donc dit que ce serait bien de participer à la Nouvelle Star, l'une des émissions musicales les plus importantes en France".

Et d'ajouter :

"Même si ça s'est mal passé".

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"Ils m'ont imposé de parler en sud-coréen"

Sur le plateau, son arrivée, réalisée dans sa langue natale, entraîne, selon l'extrait de l'émission, un courant d'air glacial sur le plateau, indiqué par un montage sonore plus qu'appuyé. Voilà déjà une première mise en scène de la part de la production :

"En fait, ce sont les auteurs de la Nouvelle Star qui m'ont imposé de parler au début en sud-coréen".

Après ce moment de malaise scénarisé, Dukhwan Kim se présente. André Manoukian répète plusieurs fois son nom sans y parvenir. Joey Starr balance alors un : "On va t'appeler Luc." Hilarité parmi le jury, gloussement insistant du côté d'Élodie Frégé. Le jeune Sud-Coréen poursuit alors sa présentation, s'efforçant de parler avec fluidité la langue de Molière. Et Sinclair d'en rajouter une couche : "Ça s'annonce bien en tout cas." À nouveau, on se marre sur le plateau. Dukhwan ne laisse rien paraître, il sourit.

Le malaise se poursuit. Manoukian, actuellement chroniqueur musical sur France Inter, pose alors la question plus-cliché-tu-meurs : "Vous allez nous chanter de la K-Pop ?" Au montage, la production n'hésite pas à enfoncer le clou en insérant en fond sonore la chanson "Gangnam Style" de Psy. Non, répond-il : ce sera "Non, je ne regrette rien", le classique d'Édith Piaf. En l'espace d'une minute, la production de la Nouvelle Star vient de toucher le fond mais creuse encore.

Dukhwan m'explique alors un autre envers du décor :

"La veille de l'audition, les producteurs de Nouvelle Star m'ont imposé de choisir 'Non, je ne regrette rien'. Pourtant, ce n'était pas la chanson que je voulais, pas la meilleure selon moi. J'aurais préféré chanter 'I Believe I Can Fly' de R. Kelly."

Le jeune Sud-Coréen me confie aussi un doute à propos de la manière dont le jury l'a accueilli :

"Il m'a semblé que le jury avait déjà eu un 'scénario' avant de me présenter. Pourquoi ? Parce que la veille, lorsque j'ai chanté le morceau devant le producteur de l'émission, celui-ci m'a dit que j'avais une très bonne voix et que c'était excellent. Il m'a donc menti.

Pour résumer, il m'a fait venir le lendemain devant le jury pour que je sois moqué. J'ai même eu l'impression que leurs réparties avaient été anticipées avec des papiers prévus à cet effet, comme la question : 'Vous allez nous chanter de la K Pop ?' Juste pour rigoler".

"J'ai senti que j'étais la victime des producteurs"

Mais pour Dukhwan Kim, le pire dans tout cela est la manière dont son passage s'est déroulé lors de l'émission, loin des montages comiques installés par la production :

"Je me rappelle qu'ils étaient plus méchants. Ce qui m'a impressionné, c'est le fait qu'ils m'ont parlé sans réfléchir, comme si tout était bien préparé. Et en plus, ils ont modifié la scène, pour que je paraisse plus comique et rigolo alors qu'il s'agit, normalement, d'une émission de musique sérieuse."

Et de conclure :

"Franchement, j'ai senti que j'étais la victime des producteurs de la Nouvelle Star. Mais je suis resté souriant. Parce qu'à mon avis, ils voulaient que je me fâche, que je sois impoli pour attirer des spectateurs. Un producteur m'a rappelé qu'il ne fallait pas oublier qu'il s'agissait d'un show et, ainsi, ne pas retenir ce que disent les membres du jury;"

Et à la question de savoir s'il en gardera un mauvais souvenir :

"Non, car heureusement j'ai des super amis français et une super famille française. J'ai pu donc effacer les pensées négatives que j'avais de la France après ce passage à la Nouvelle Star;"

La réponse de la Nouvelle Star

Nous avons tenté de contacter la boîte de production de la Nouvelle Star, FremantleMedia France. Comme réponses, nous en avons eu deux.

La première :

"Nous n’allons pas commenter les propos de Dukhwan;"

La deuxième :

"Concernant cette séquence que vous qualifiez de 'racisme ordinaire', le jury a déjà répondu sur le plateau de C à vous, mardi dernier".

Sur le plateau de l'émission de France 5, voilà l'échange en rapport au passage de l'audition, que nous avons retranscrit ci-dessous :

Anne-Elisabeth Lemoine : "Élodie [Frégé], je pense que vous avez un peu regretté ce moment-là ?"

Élodie Frégé : "Non, pourquoi ? On a parlé très longtemps avec lui, il nous a dit "'j'adore la cuisine française, la France, la culture française', il se met à chanter et tout à coup, c'est plus la même voix. Je me suis dit 'qu'est-ce qu'il a mangé pour que ça sonne comme ça ?'"

A.-E. L : "Ça a pu être mal interprété..."

Sinclair : "Le but de l'émission c'est de dire aux gens ce qu'on ressent... Ça fait toute une histoire avec un problème d'origines et on n'en a rien à foutre, ce qu'on veut c'est voir du chant, là c'est une catastrophe quand il chante."

André Manoukian : "Et puis il s'appelle Dukh... [il bute] j'arrive pas à le dire"

A.-E. L. : "Dukhwan"

Joey Starr : "Moi qui suis un peu mongol, j'ai dit 'on va t'appeler Luc'..."

Manoukian : "Mais Joey appelle Sinclair 'Végéta', Joey appelle Élodie 'Roger' et moi il m'appelle 'Doudoune'."

Et Joey Starr de poursuivre... :

"C'est peut-être un scoop mais moi j'ai un arrière-grand-père chinois. Peut-être que dans la balance, ça ne paye pas beaucoup mais... On ne se rappelle pas de son prénom, de fait, c'était une époque où le métissage n'étant pas une histoire d'amour quand ma mère me l'a annoncé, je l'ai pris en pleine tête, donc je fais avec. C'est un peu ce que je dis à mes fils tout le temps : 'Nous sommes des citoyens du monde', donc on peut se dire pas mal de conneries, le second degré étant un truc libertaire.

Et puis j'ai envie de dire aussi 'hashtag Douce France', voilà, nous pratiquons le 'racisme ordinaire', mais je pense qu'on a un peu avancé sur ces histoires, quoi. La France a beaucoup voyagé, elle a été partout [...] Nous, on est là pour la musique avant tout, l'individu importe peu en fait. Alors ça, peut-être que c'est de l'homophobie... [quelqu'un lui souffle 'misanthropie'] oui, voilà. Non mais nous on est là pour la musique et le mec nous sert un plat tiède."

Par Louis Lepron, publié le 14/03/2016

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