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L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : un projet "surdimensionné" selon un rapport

Publié le

par Jeanne Pouget

La ministre de l'Environnement a révélé mardi 5 avril au soir l'énoncé de la question qui sera posée le 26 juin prochain aux habitants de Loire-Atlantique au sujet du projet d'aéroport sur le site de Notre-Dame-des-Landes. En parallèle, un rapport remis au ministère a été dévoilé.

Fresque humaine pour protester contre le projet d'aéroport du Grand Ouest. (© Wikicommons)

Le mouvement d'opposition "zadiste" au projet d'aéroport sur le site de Notre-Dame-des-Landes s'est imposé ces dernières années comme un emblème de résistance de la société civile face au gouvernement. La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, a annoncé ce mercredi 6 avril la date du référendum local et énoncé la question qui sera posée aux habitants du département de Loire-Atlantique : "Souhaitez-vous le transfert de l'aéroport vers Notre-Dame-des-Landes ?"

Un projet vieux de cinquante ans

Le projet d'implantation d'un aéroport international au nord-ouest de Nantes dans le département de la Loire-Atlantique ne date pas d'hier. Il remonte en effet aux années 1960. Mis de côté, il avait été relancé dans les années 2000 par le gouvernement Jospin avant que le gouvernement Ayrault n'appuie sur la pédale d'accélération à partir de 2012. L'objectif affiché de ce chantier colossal, chiffré en 2010 à 556 millions d'euros hors taxes (dont 43,3 % sont directement subventionnés par l'État et les collectivités locales), serait de remplacer l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique jugé obsolète.

Soutenu par plusieurs élus, de droite et de gauche, et des groupements d’intérêts économiques qui martèlent son rôle dans le développement de la région, l'aéroport Notre-Dame-des-Landes se voit opposer un vif mouvement de résistance et de contestation citoyenne, soutenu par des élus locaux, des syndicats agricoles, des associations de défense de l'environnement et des groupes politiques (Les Verts, MoDem, Parti de gauche, Les Alternatifs).

Leurs griefs sont nombreux. Ils plaident principalement pour la modernisation de l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique. Le détruire pour en ériger un autre serait, estiment-ils, un gâchis d'argent public et de terres agricoles. Les opposants soulignent également une sous-estimation des coûts du projet et craignent la destruction de zones naturelles importantes pour l'écologie.

Dans la "Zad" de Notre-Dame-des-Landes. (© Flickr)

Un projet "surdimensionné" selon les experts

Dans un rapport détaillé d’une centaine de pages, remis au ministère de l'Environnement mardi 5 avril, trois inspecteurs généraux des Ponts, des Eaux et des Forêts, mandatés par Ségolène Royal, remettent en question le projet d'aéroport tel qu'actuellement envisagé. Ils écrivent : "Force est de constater que le projet, fruit d’une conception ancienne jamais réexaminée, est surdimensionné."

Selon eux, deux options se dessinent : agrandir l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique ou bien recalibrer (à la baisse) le futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes : "L’agrandissement de l’aérogare est possible et la rénovation de la piste est nécessaire, écrivent-ils avant de préciser : Parmi les sites envisageables, celui de Notre-Dame-des-Landes apparaît encore aujourd’hui comme un compromis acceptable, malgré des difficultés à ne pas sous-estimer." Ils préconisent ainsi :

"Au lieu d’un projet à deux pistes de 3 600 mètres, dont l’une de 60 mètres de largeur, qui était celui d’un aéroport à vocation intercontinentale, la mission suggère de retenir un projet à une seule piste de 2 900 mètres de longueur et 45 mètres de largeur, jugée suffisante pour les besoins d’un trafic essentiellement intraeuropéen."

Ce qui est sûr, c'est qu'un compromis est loin de faire l'unanimité dans cette bataille idéologique, devenue un symbole à l'instar de la lutte contre l'extension d'un camp militaire sur le plateau du Larzac dans les années 1970.

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