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Climat : la recherche française devra aussi financer l’accueil des chercheurs étrangers

Publié le

par Théo Mercadier

Les universités et les instituts de recherche devront aussi taper dans leur caisse pour financer l’embauche de chercheurs étrangers voulue par le président de la République.

1er juin 2017 : Emmanuel Macron fait mouche avec son "Make our planet great again", lâché en réponse à la sortie des accords de Paris par Donald Trump. Le président français annonce dans la foulée sa volonté de faire de la France un sanctuaire pour les scientifiques du monde entier - surtout américains - qui souhaitent faire avancer la lutte contre le réchauffement climatique. Initiative louable, coup de com' qui coûte cher : 60 millions d’euros seront alloués à ce vaste programme d’accueil. Une somme qui suscite l’inquiétude des différents pôles de recherche français.

Car pour que l’État les soutienne dans cet effort de recrutement, les instituts de recherche doivent d’abord avancer les fonds. Pour chaque euro qu’ils investiront dans le recrutement de chercheurs étrangers, l’État leur versera un euro supplémentaire. Sur les 60 millions prévus par le programme, 30 viendront donc des budgets des instituts de recherche, et 30 d’un organisme d’investissement public déjà existant, le Commissariat général à l’investissement. Il ne s’agit donc en aucun cas de nouveaux fonds débloqués, et ces 30 millions sont autant d’argent qui ne sera pas consacré à d’autres programmes de recherche. Si ces sommes représentent une goutte d’eau dans le budget total de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui s’élevait à 26,2 milliards en 2016, elles nécessitent tout de même un effort financier de la part des instituts, qui s’en seraient bien passé.

"On pouvait utiliser cette somme plus intelligemment, y compris pour lutter contre le changement climatique", déplore le directeur de recherche au CNRS, Oliver Berné, dans les colonnes de 20 Minutes. Alors que les universités et les instituts de recherche français sont tous plus ou moins dans le rouge, il regrette que "le gouvernement dégage très rapidement 60 millions d’euros pour recruter une cinquantaine de chercheurs étrangers". Des chercheurs qui affluent en masse : la plateforme de recrutement makeourplanetgreatagain.fr créée le 8 juin a déjà reçu pas moins de 4 000 candidatures de scientifiques étrangers. Il faut dire que les conditions sont alléchantes. Un scientifique "senior" (avec 15 ans d’expérience) peut espérer être financé à hauteur de 1,5 million d’euros pour quatre ans, tandis que la bourse d’un scientifique "junior" (deux ans d’expérience) peut monter jusqu’à 1 million d’euros pour la même durée. De quoi faire pâlir d’envie de nombreux chercheurs français à court de financements.

Coup de com'

RogueESR, un collectif de chercheurs luttant pour un meilleur financement de leur secteur, n’a pas hésité à dézinguer l’initiative macronienne dans un communiqué au vitriol. Emmanuel Macron souhaite faire de la France le "leader mondial de la recherche sur le réchauffement climatique" ? "Comme si ce n’était pas déjà le cas", assène le collectif, rappelant la présence de nombreux chercheurs au sein du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat qui fournit à nos décideurs les éléments pour mettre au point des textes comme l’accord de Paris.

RogueESR tient également à rappeler l’importance d’une séparation claire entre les sphères scientifique et politique, cette dernière étant sujette à une compétition qui n’a pas lieu d’être dans le domaine de la recherche. En annonçant avec fracas le recrutement d’une cinquantaine de chercheurs étrangers, Emmanuel Macron se lancerait ainsi dans une "compétition sportive pour restaurer ce qu’il demeure d’influence française sur la scène diplomatique mondiale", une prise de position "relevant de la récupération opportuniste". Il semblerait donc que le président se soit mis le monde de la recherche française à dos pour financer son coup de com'.

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