Crédit: Freedom House

Deux tiers des internautes dans le monde subiraient une censure d'État

Un rapport du think tank Freedom House révèle que la liberté d'expression sur Internet continue de décliner, pour la sixième année consécutive.

Crédit: Freedom House

En vert les pays avec un Internet libre, en jaune avec un Web en partie censuré, et en violet avec un réseau sous contrôle d'État. (© Freedom House)

En 2016, cela fait donc six ans que la censure d'État sur Internet s'intensifie inexorablement. Le dernier rapport du think tank pro-démocratie Freedom House, repéré par The Verge, révèle qu'en 2016, deux tiers des internautes dans le monde utilisent un réseau en partie censuré par leur gouvernement. Une progression qui s'explique, selon le rapport, par une intensification des campagnes de censure d'État contre les applications de messagerie et les réseaux sociaux.

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Ces résultats, qui proviennent de l'analyse de 65 pays générant 88 % du trafic Internet mondial, montrent clairement un resserrage de la censure d'État : cette année, seuls 27 % des utilisateurs vivent dans des pays considérés comme "libres" par le think tank, tandis que 35 % des pays forment la catégorie des "non libres". Entre les deux, une zone grise. Selon le think tank, la France est toujours dans la catégorie "libre", à la 9e place des pays étudiés.

Au sommet de la liberté en ligne, l'Estonie, qui propose toujours à tout un chacun de devenir "e-résident" du pays. De l'autre côté du spectre, la Chine reste la nemesis des défenseurs de la liberté sur Internet. Depuis 2013, le gouvernement a amendé son dispositif légal pour punir le fait de diffuser des rumeurs sur les réseaux sociaux — le crime est désormais passible de sept ans de prison, et 500 retweets peuvent valoir trois ans à l'ombre. Depuis 2015, précise Freedom House, 34 pays sur 65 sont "sur une trajectoire négative". Entre 2015 et 2016, des pays comme la Turquie et le Brésil ont ainsi perdu leur statut de pays "libres". Rassurant.

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Réseaux sociaux et messagerie chiffrées dans le viseur

Autre tendance identifiée par le rapport de Freedom House : la criminalisation, à un niveau jamais observé auparavant, de l'activité sur les réseaux sociaux. En 2016, écrit le think tank, 38 pays ont arrêté des internautes pour des posts sur les plateformes sociales, et un utilisateur sur quatre vit dans un pays ou il est possible d'être arrêté pour avoir publié, partagé ou même "aimé" du contenu sur Facebook. En Thaïlande, des utilisateurs ont ainsi été arrêtés après s'être moqué du chien du roi, d'autres pour avoir "diffusé l'athéisme" en Arabie Saoudite et d'autres pour avoir diffusé une comparaison entre le président turc Recep Tayyip Erdoğan et Gollum. Plus préoccupant, le nombre de ces arrestations a augmenté de 50 % depuis 2013, explique le rapport.

Autres nouvelles victimes de la censure gouvernementale : les applications de messagerie, WhatsApp et Telegram et tête, qui ont fait du chiffrement total ("end-to-end") leur principal argument de vente... et les a transformés en ennemis d'État. Aujourd'hui, WhatsApp est bloquée dans 12 des 65 pays étudiés, alors même que le Conseil des droits de l'homme des Nations unies condamnait via une résolution, en juillet, toute forme de restriction à l'accès à l'information.

Comme l'explique le rapport, plus une application protège les communications de ses utilisateurs, plus elle s'attire les foudres des différents gouvernements. Et la France n'y échappe pas : dans un contexte de menace terroriste, Bernard Cazeneuve n'a eu de cesse de s'attaquer au chiffrement, avec l'objectif de forcer ces applications à divulguer leurs données dans le cadre d'enquêtes antiterroristes. Pour le moment, le chiffrement tient. Mais globalement, la liberté sur Internet se réduit.

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Par Thibault Prévost, publié le 15/11/2016

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