Et si les femmes astronautes étaient immunisées contre les radiations cosmiques ?

Une étude menée sur des souris a révélé que les radiations cosmiques, qui affectent les cerveaux des mâles, semblent absolument inoffensives pour les femelles.

(© Warner Bros.)

Depuis que notre espèce commence à s’intéresser sérieusement à la possibilité du voyage interplanétaire habité, c’est-à-dire relativement récemment, les chercheurs ont bien compris que l’espace, s’il a beau être majoritairement composé de vide, n’en reste pas moins un milieu extrêmement hostile pour notre physiologie. Outre l’absence totale d’oxygène, d’autres périls potentiellement mortels ont été identifiés, parmi lesquels les radiations cosmiques.

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Ainsi, une étude de l’université de Californie à Irvine parue en 2015 montrait que, chez les souris, ces particules à haute énergie venues d’anciennes supernovæ qui bombardent tout vaisseau habité en transit spatial provoquent des inflammations dans le cerveau des cobayes, qui réduisent à leur tour la structure des neurones et provoquent des déficits cognitifs, notamment en ce qui concerne l’apprentissage et la mémoire.

Selon l’étude, si jamais ces symptômes venaient à se confirmer chez l’être humain, une exposition de quelques mois serait nécessaire pour que ces troubles apparaissent. Problème : à l’heure actuelle, une mission Terre-Mars, telle que prévue pour les années 2030 par la Nasa, suppose environ six mois de trajet. Pour le moment, donc, les radiations cosmiques sont un sacré casse-tête à résoudre. À moins que la solution se trouve… dans le choix des astronautes.

Une cellule, deux comportements

Car à en croire une étude parue le 11 août dernier dans la revue Brain, Behavior and Immunity et relayée le 25 août par Sciences & Avenir, le péril posé par ces radiations cosmiques ne concernerait que les spécimens mâles, les femelles souris étant protégées de ces rayonnements néfastes. Pour obtenir ces résultats étonnants, les neuroscientifiques de l’université de Californie à San Francisco (UCSF) ont bombardé une population de souris mâles et femelles avec ce qu’ils appellent un "cocktail de rayonnement cosmique", une mixture de particules qui reproduit les conditions de l’espace lointain.

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Verdict sans appel : là où, comme lors des études de 2015 et 2016, les mâles montraient des symptômes d’inflammation cérébrale, incapables de reconnaître leurs congénères ou leur environnement familier, les femelles semblaient parfaitement immunisées. Pour les chercheurs, l’explication proviendrait des cellules microgliales, des cellules immunitaires présentes dans le cerveau et la moelle épinière.

Chez les mâles, ces cellules ont tendance à augmenter leur activité lors de l’exposition aux radiations cosmiques, ce qui entraîne les complications cérébrales. Chez les femelles, suggèrent les auteurs, ces mêmes cellules réagiraient moins aux radiations, et le surplus d’activité constaté aurait même des effets neuroprotecteurs ! L’origine de ces différences de comportement, en revanche, reste un mystère.

Vers des missions entièrement féminines ?

Sachant que l’être humain envoie des astronautes dans l’espace depuis 1969 et qu’entre 1969 et 1972, tous les astronautes du programme Apollo ont été soumis à ces radiations, comment se fait-il que ces différences entre mâles et femelles n’aient pas été constatées avant 2018 ?

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La réponse est simple : personne n’avait pensé à utiliser des souris femelles dans les études. Or, le docteur Susanna Rosi, qui a dirigé cette nouvelle étude, rappelle que "40% des astronautes récemment envoyés dans l’espace étaient des femmes" et qu’il serait temps d’implémenter la parité dans les études scientifiques.

Car si les astronautes embarqués à bord de la Station spatiale internationale (ISS), en orbite à 400 kilomètres d’altitude, ne sont pas concernés par ce danger (l’orbite terrestre basse est protégée des radiations cosmiques et solaires par la magnétosphère, le champ magnétique généré par notre planète), les futures missions habitées vers Mars le seront, et elles compteront nécessairement des femmes à bord. Voire, si les découvertes faites sur les souris se confirment sur l’être humain, uniquement des femmes, qui pourraient alors devenir les premières à poser le pied sur Mars. Un petit pas sur la planète rouge, mais un bond de géant pour la parité…

Par Thibault Prévost, publié le 28/08/2018

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