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On a posé quelques questions aux mecs de la revue Hobbies

Publié le

par Arthur Cios

Alors qu'un génial troisième numéro de Hobbies vient de sortir, on est revenus avec deux de ses créateurs sur la genèse de ce sublime mook semestriel, qui raconte les histoires de personnes avec une passion dévorante.

Les couvertures des trois numéros déjà sortis. (© <em>Hobbies)</em>

Il y a les gens qui ont un hobby et il y a les vrais passionnés. Ceux qui aiment bien Spirou et ceux qui ont tous les volumes dédicacés, le tout agrémenté d'une collection sans fin de goodies. Des vrais fans quoi.

Ce sont vers ces derniers que se penche le sublime mook (magazine/book) Hobbies. Le but n'est pas ici de se moquer, loin de là, mais plutôt de montrer, et toujours avec respect si ce n'est admiration, les passions dévorantes de certaines personnes. D'un champion de pétanque malgache à un collectionneur de moissonneuses-batteuses, en passant par un fan de véhicules militaires ou les anciens adeptes de la tecktonik... le semestriel n'oublie personne.

Alors que le troisième numéro vient de sortir, on a posé quelques questions à deux des créateurs de ce bel objet, Grégoire Belhoste et Lambert Stroh, histoire de mieux cerner tout cela.

Konbini | Quels sont vos parcours respectifs ? Qu'avez-vous fait avant la revue et que faites-vous dans la vie de tous les jours à côté  ?

Grégoire Belhoste | Depuis un an, je suis journaliste pour le groupe So Press. En 2009, avec une bande de potes du lycée, dont faisait partie Lambert, on a lancé un web-magazine baptisé "La Trempe". Cela a duré plusieurs années, durant lesquelles nous avons produit une mini-série documentaire sur le rap à Montreuil et publié deux fanzines mis en page par Louise de Montalembert, qui s'occupe aujourd'hui de la direction artistique de Hobbies.

Lambert Stroh | C'est donc grâce à La Trempe que Louise, Grégoire et moi avons commencé à travailler ensemble. Cela nous a donné envie d'aller plus loin tous les trois, d'entreprendre un projet de manière un peu plus professionnelle : Hobbies.

Comment vous est venue l'idée d'un magazine sur les loisirs ? D'où est venue l'impulsion précisément ?

Lambert | Je crois que, depuis l'enfance, j'ai toujours eu une fascination pour les collections, les rassemblements de passionnés, les activités que pouvaient pratiquer les adultes et qui avaient quelque chose de foncièrement ludique ou d'improbable. Quand l'idée de créer une revue papier nous est venue, j'ai parlé à Grégoire de ce concept et cela lui a bien plu. On s'est donc lancé.

Que fait donc ce monsieur sur son quad ? (© <em>Hobbies)</em>

Pourquoi miser sur le print ?

Grégoire | Avec notre blog, on s’est rendu compte qu’avec peu de moyens, il est difficile de publier à une réelle fréquence, ainsi que de rester pertinents sur la durée sans tomber dans une logique de racolage de clics. Comme on avait de très bons photographes et une graphiste hyper douée, on a décidé de mettre notre énergie dans le format papier.

Lambert | Il me semble que plus nos sociétés vont se digitaliser, plus le papier aura du sens. C'est peut-être étrange de dire cela en 2016, mais je pense sincèrement que le print est un support qui va connaître un nouveau souffle et dont la noblesse sera bientôt réhabilitée. On a donc fait le pari de concevoir une revue vendue en librairie – un média qui, de par sa forte pagination et sa fréquence diluée dans le temps, permet de traiter des sujets en profondeur sans répondre aux impératifs de l'actualité.

Combien de temps avez-vous mis à construire le premier ? Et les autres ?

Lambert | On s'est lancés en avril 2015 et le premier numéro est sorti de l'imprimerie fin octobre de la même année. Il nous a donc fallu quasiment six mois pour concevoir une ligne éditoriale solide et cohérente, trouver des sujets et partir en reportage. Une bonne partie du travail a aussi consisté a créer la maquette de la revue. Louise a produit un énorme boulot à ce niveau.

Grégoire | Depuis, nous avons décidé de paraître en semestriel. Il ne s'agit pas encore de notre activité principale et il faut donc composer avec les emplois du temps de chaque contributeur. Cela dit, n'ayant pas réellement d'impératif ni de pression sur nos épaules, cette fréquence nous permet de prendre notre temps et d'arriver à un résultat dont on est fiers. S’il faut revenir deux ou trois fois au cynodrome de Soissons pour avoir les meilleures photographies des courses de lévriers, on le fait.

En dehors des piges, comment trouvez-vous vos sujets ?

Lambert | On lit pas mal la presse régionale qui regorge de brèves du style : "Gérard vient de recueillir sa 27e machine agricole, félicitations à lui." On se penche sur la question et on découvre Gérard Gauthier, 57 ans, qui collectionne les moissonneuses-batteuses, autant pour son plaisir personnel que pour préserver le patrimoine agricole français ! Ce qui a donné lieu à un très beau portrait dans le second numéro de Hobbies.

Grégoire | Pour ne pas faire de Hobbies un simple cabinet de curiosités, on essaye aussi de trouver des sujets qui parlent à notre génération. Du coup, je réfléchis à ce qui me touche, à ce qui plaît à mes potes, voire à des petits frères d'amis. C'est ainsi que sont nés nos articles sur le site Genius, qui dissèque des paroles de morceaux de rap, ainsi que notre reportage sur la tecktonik.

Un adepte de la tektonik en 2016. (© <em>Hobbies)</em>

Est-ce facile pour les personnes que vous interrogez de parler de leur passion qui est, au premier abord, plutôt personnelle ?

Lambert | C'est l'un des enjeux de la revue. Tous les hobbies ne sont pas égaux. Ils ne sont pas socialement valorisés de la même manière. Nombreux sont donc les passionnés à pratiquer leur marotte en cachette. On essaye de convaincre ceux-là que Hobbies n'est pas Confessions intimes, ni même Strip-tease. On veille à ne pas tomber dans la condescendance mais, au contraire, à mettre en valeur des activités méconnues.

Grégoire | La plupart du temps, les passionnés sont incollables sur leurs hobbies. Ils sont capables d'expliquer avec une grande précision les règles du hockey subaquatique, ou les difficultés de pratiquer la pétanque à Madagascar. C’est généralement très intéressant. En revanche, il est plus compliqué de les faire s'exprimer sur les ressorts profonds de leurs passions. Il faut donc du temps et du tact pour que la personne se livre sur ces questions.

Quels sont les trois articles que vous avez préférés ? Est-ce qu'il y a des personnes qui vous ont marqués ?

Lambert | Pour ce troisième numéro, je citerais le portrait de Maurice Wierczynski, un passionné d'astronomie qui, à force de détermination et de labeur, a construit dans son jardin un télescope aux dimensions impressionnantes : 5 mètres de diamètre, 8 de hauteur. Maurice incarne parfaitement l'idée à la base de Hobbies : une passion, c'est irrationnel, cela demande du temps, de l'énergie, de l'argent... Et pour quel résultat ? La seule beauté du geste.

Grégoire | À titre personnel, c’est David Fremery qui m’a le plus marqué. Avec sa femme Cindy, ils collectionnent dans leur maison du Nord tout ce qui touche de près ou de loin au parc d’attractions Mirapolis, fermé au début des années 1990. David nous a accueillis chez lui avec la musique du parc, nous a servi des biscuits sur des sets de table aux couleurs du parc, nous a montré des sacs remplis de tickets d’entrée du parc. Chez cet homme, on sent une grande nostalgie de l’enfance, mais aussi une motivation de fer.

Avez-vous un hobby ?

Lambert | J'en ai pas mal, en fait... On va dire que découvrir et faire découvrir les passe-temps des autres est mon hobby en ce moment.

Grégoire | J'aime bien collectionner des magazines et des livres. Je passe aussi beaucoup de temps à regarder des clips de rap français.

Vous pouvez suivre la revue Hobbies sur leur page Facebook, et acheter le dernier numéro sur Amazon.

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