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Au Québec, des cours d’éducation sexuelle adaptés à chaque âge dès septembre

Dès septembre 2018, tous les enfants du Québec recevront une véritable éducation à la sexualité adaptée à chaque âge. Une annonce qui fait suite à l’affaire Weinstein et ses conséquences, mais ne semble pas encore d’actualité en France.

Sara Forestier dans Primaire. (© Studio Canal)

Dès le mois de septembre prochain, toutes les écoles du Québec devront offrir des cours d’éducation à la sexualité de la première année du primaire à la cinquième secondaire, soit de six à 16 ans.

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Ces cours avaient disparu des programmes au début des années 2000, suite à une réforme de l’éducation. Depuis, chaque école fait comme elle l’entend, et peut faire appel à des intervenant·e·s extérieur·e·s.

Comme le rapporte la Presse Canadienne, dès septembre c’est environ un million d’enfants et de jeunes qui auront accès à des ateliers adaptés à leur âge, qui leur apprendront des notions d’anatomie et de biologie, et traiteront également du psycho-affectif.

Des ateliers complets pour chaque âge

C’est le Premier ministre Philippe Couillard qui a confirmé ce 13 décembre, en présence de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Condition féminine Hélène David, que les modules aborderont des sujets aussi variés qu’essentiels pour apprendre aux jeunes le respect mutuel qu’ils se doivent.

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Dès le primaire, ils auront des ateliers sur les agressions sexuelles, les stéréotypes sexuels, le sexisme et l’homophobie, ainsi que les changements associés à la puberté et l’éveil amoureux et sexuel. Le secondaire (à partir de 12 ans) sera l’occasion de parler désir et plaisir sexuel, consentement et relations amoureuses, ainsi que des relations sexuelles non protégées et les infections qui se transmettent sexuellement.

La mesure a été implantée après que le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a tenté pendant deux ans de diffuser progressivement un projet pilote d’éducation à la sexualité sur la base du volontariat. Toujours comme la Presse canadienne le rapporte, la grande majorité des écoles du Québec n’a pas suivi ses recommandations. Les syndicats d’enseignants ont dénoncé un manque de formation, et une approche de l’éducation à la sexualité inadaptée.

Les cours obligatoires dès septembre suivront par ailleurs la formule expérimentée depuis deux ans. Ils seront donc dispensés sous forme d’activités "insérées dans le parcours de l’enfant" a expliqué le Premier ministre, par exemple dans les cours de français ou de mathématiques.

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Au Québec, "on est rendus là, clairement"

Les syndicats d’enseignants ont rejeté cette inclusion dans le temps d’enseignement d’autres matières ; en réponse, le Premier ministre a promis d'"impliquer les enseignants" dans le processus d’implantation des cours.

Il s’est également dit conscient de "certaines tensions sociales" quant au concept même d’éducation à la sexualité, mais considère que seulement une minorité de personnes est concernée : "J’ai l’impression que la vaste majorité des Québécois souhaite ça" a-t-il expliqué, considérant qu'"on est rendus là, clairement" au Québec.

L’affaire Weinstein et la vague de dénonciations des violences faites aux femmes qui a suivi auraient joué un rôle en accentuant la pression sur le gouvernement, sommé de passer à l’action pour prévenir les agressions grâce à l’éducation.

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En novembre dernier, le rapport du Défenseur des droits insistait précisément sur le besoin de faire appliquer en France un décret de 2001 rendant obligatoires 3 séances annuelles d’éducation sexuelle et affective pour toutes les classes, de l’école primaire au baccalauréat. Actuellement, les jeunes reçoivent généralement juste quelques cours de SVT sur la reproduction en quatrième, comme France Culture le rapporte.

Du manque d’application de la loi en France

Le Défenseur des droits a donc demandé que le ministère de l’Éducation nationale fasse appliquer la loi dans les établissements scolaires, et qu’il pratique des évaluations des contenus enseignés sur ce sujet.

Le manque d’éducation en la matière est particulièrement criant en ce qui concerne la sexualité féminine, comme le montre le sort du clitoris, grand oublié des manuels scolaires (du moins jusqu’à ce que l’édition 2017 d’un manuel de SVT de collège le représente enfin correctement).

BuzzFeed avait à ce sujet interrogé Alexandre Magot, professeur de SVT. Il soulignait "un tabou concernant la sexualité féminine dans notre société, qui se retrouve complètement dans nos enseignements" : "le clitoris, uniquement dédié au plaisir, est peut-être l’organe le plus représentatif de ce tabou".

Le collectif SVT Égalité, composé d’Alexandre Magot et d’autres professeurs luttant contre les stéréotypes dans l’enseignement, a également dénoncé la prédominance de la "norme blanche" dans tous les schémas d’anatomie qui ne montrent que des corps blancs, et appelé à sortir des représentations binaires.

Ce ne sont pourtant pas les bonnes idées qui manquent pour prodiguer une éducation à la sexualité de qualité. Il y a quelques semaines, Fanny Prudhomme, jeune diplômée de l’École nationale supérieure de création industrielle, présentait au Nouvel Obs son "kit d’éducation sexuelle".

Bien conçu, l’outil pédagogique consiste en une "mallette contenant les organes du sexe féminin, réalisés en 3D et cousus à la main", grâce à laquelle l’inventrice veut "que les gens retiennent avant tout la fonction de chaque organe", ainsi que "favoriser le dialogue, aider à mettre des mots sur le sexe féminin et son fonctionnement".

Par Mélissa Perraudeau, publié le 14/12/2017

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