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À Strasbourg, quatre mois de prison ferme pour une main aux fesses mise "pour rigoler"

Publié le

par Mélissa Perraudeau

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Ce lundi, un homme ayant "frappé la fesse" d’une jeune femme à Strasbourg a été condamné à quatre mois de prison ferme et devra verser 500 euros de dommages et intérêts à la partie civile.

(image d'illustration)

L’agression sexuelle a été commise le jeudi 24 août, rapporte les Dernières Nouvelles d’Alsace. La victime, âgée de 19 ans, a raconté qu’elle se promenait près de la gare de Strasbourg, vers 19 heures. Elle s’est aperçue qu’un homme la fixait au loin et a fait mine de l’ignorer. "Quand soudain, il s’est approché de moi en me disant quelque chose que je n’ai pas compris", a-t-elle ajouté. "En passant derrière moi, il m’a frappé la fesse droite." La jeune femme lui a demandé des explications sur l’agression sexuelle, que l’homme a balayées d’un geste de la main désinvolte.

Il est ensuite allé acheter des cigarettes dans un tabac, avant de saluer des connaissances et de se diriger vers un arrêt de tramway. La victime a expliqué à la barre lundi qu’elle était donc persuadée que l’homme n’avait pas l’ombre d’un remords : "Son geste était voulu. À mon avis, il n’en était pas à son coup d’essai. Pour lui, c’est un geste normal."

L’alcool est une circonstance aggravante, jamais une excuse

Un passant a prévenu la police, et l’accusé a bien dû répondre de son délit devant la justice lundi. L’agresseur, "très défavorablement connu de la justice" selon les Dernières Nouvelles d’Alsace, a continué de minimiser l’agression qu’il avait commise, qu’il a qualifié d'"erreur", faite "comme ça, pour rigoler". Et a voulu se décharger de la culpabilité de son geste, le mettant sur le compte de l’alcool, expliquant qu’il avait bu "quatre verres avant" et que c’est cette consommation qu’il voulait changer : "Je veux faire une cure, arrêter de boire, pour tourner une nouvelle page."

Son avocat, Me Cédric D’Ooghe, a lui aussi invoqué un "mélange alcool-médicaments", estimant même que l’accusé n’avait "pas vraiment de déviance sexuelle au vu de son expertise psychiatrique". Rappelons pourtant que la consommation d’alcool ou de drogues n’est jamais une excuse : en matière d’agressions sexuelles, il s’agit bien au contraire d’une circonstance aggravante.

La procureure, Valérie Iltis, s’est précisément concentrée sur la nature du délit commis, soulignant "un geste particulièrement dégradant, humiliant", dont l’agresseur ne semblait pas comprendre la gravité. Elle s’est dite d’accord avec la victime, "qui a l’impression que ces faits sont banalisés et qu’ils pourraient se répéter", et a requis quatre à cinq mois de prison ferme avec maintien en détention. L’agresseur a été condamné à quatre mois de prison ferme, avec maintien en détention, et devra verser 500 euros de dommages et intérêts à la partie civile. Espérons que cette condamnation d’un délit trop souvent banalisé fasse jurisprudence.

Nombre d’agressions sexuelles et condamnations : un décalage alarmant

D’après l’enquête Virage réalisée en 2015 par l’Institut national d’études démographiques (INED), "sur un an au cours des 12 mois précédant l’enquête, plus d’un demi-million de femmes (553 000) ont été victimes d’agressions sexuelles autres que le viol (11 % attouchements du sexe, 95 % attouchements des seins/fesses ou baisers imposés par la force)". Sur cette année, une femme de 20 à 34 ans sur vingt a été agressée sexuellement. Et 2015 ne fait pas exception : la même enquête souligne qu’au cours de leur vie, "une femme sur sept (14,5 %) et un homme sur vingt-cinq (3,9 %) déclarent avoir vécu au moins une forme d’agression sexuelle (y compris viols et tentatives, et hors harcèlement et exhibitionnisme)". Pourtant, l’année étudiée montre une faible proportion de condamnations : en 2015, 99 % des personnes condamnées pour viols et autres agressions sexuelles étaient des hommes, mais cela ne représente 5 646 condamnés… On est bien loin des 553 000 femmes victimes.

Le Monde s’est interrogé sur ce décalage entre le nombre de victimes et celui des condamnations, et mis en avant la décrédibilisation de la parole des victimes qui a souvent lieu, ainsi que le manque de preuves, et une tendance à donner des peines légères aux agresseurs… Pour ces mêmes raisons, plus de 9 victimes sur 10 ne portent pas plainte selon les chiffres de l’Insee et de l’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales) relayés par le Monde. Également parfois, à cause de la pression de l’agresseur, mais aussi parce que les victimes ne connaissent pas toujours leurs droits et que les agressions sexuelles sont plus que banalisées, la notion de consentement ne résonnant pas encore suffisamment chez beaucoup d’hommes.

En France, les agressions sexuelles autres que les viols sont pourtant bien des délits, passibles de 5 ans de prison et de 75 000 € d’amende. On définit l’agression sexuelle comme "un acte à caractère sexuel sans pénétration omis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte, menace ou surprise", et la peine encourue est augmentée "jusqu’à 7 ou 10 ans lorsque l’agression est commise avec une ou plusieurs circonstances aggravantes", comme la consommation d’alcool.

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