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Quand Jawad écrit aux juges pour s'expliquer après les attentats

Publié le

par Ariane Nicolas

"On m’a demandé de rendre service, j’ai rendu service, je n’étais pas au courant que c’étaient des terroristes", avait déclaré le jeune homme, arrêté lors de l'assaut à Saint-Denis. Il a écrit aux juges mi-décembre pour livrer sa version des faits.

Capture d'écran de BFMTV.

La lettre est longue de 18 pages et l'écriture "ronde, presque infantine", selon L'Obs, qui en publie des extraits vendredi 22 janvier. Jawad Bendaoud, logeur présumé de terroristes dans un appartement de Saint-Denis, a écrit aux juges d'instruction mi-décembre, quand il était à l'isolement dans la prison de Villepinte.

Il a tracé des lignes avec son crayon pour s'assurer que l'écriture soit droite, comme pour signaler qu'après avoir été la risée d'Internet, il veut faire les choses bien et retrouver sa dignité, à défaut de savoir ce que l'avenir lui réservera. "Je n'ai rien à voir avec Daech, de près ou de loin", clame-t-il.

Sur la séquence médiatique captée par BFMTV, qui lui a valu un avalanche de tweets moqueurs, il ne cache pas son amertume :

"Je n’ai pas demandé à être filmé par ce foutu cameraman, il m’a entendu dire aux policiers que j’étais le loueur de l’appartement, il a allumé sa caméra si j’avais su ce qu’aurait causé cet interview je n’aurais jamais parlé".

Mis en examen notamment pour participation à une association de malfaiteurs terroristes criminelle le 24 novembre, Jawad Bendaoud a vu sa vie basculer du jour au lendemain.

Je suis passé d’une vie normale à une vie d’enfer en une fraction de seconde. Mon nom de famille a été sali, je fais l’objet de parodie, de blague.

Pendant que les réseaux sociaux s'amusaient de ses déclarations face caméra, Jawad Bendaoud était confronté à la police. Une garde à vue qu'il a vécue extrêmement douloureusement.

"En novembre, sa garde à vue, prolongée exceptionnellement jusqu'à six jours, n'a pas été de tout repos, relève L'Obs. A deux reprises, Jawad a tenté se se mutiler, d'abord avec les couverts en plastique de son repas, puis en arrachant le joint du passe-plat de sa cellule. Enervé par les questions, il a ensuite cassé le clavier de l’ordinateur des enquêteurs."

"Je suis conscient d’avoir hébergé les pires assassins que la France ait jamais connus"

Dans sa lettre, quelque peu confuse et parsemée de fautes d'orthographe, le jeune homme, déjà condamné par le passé pour homicide, tente de prouver son innocence sur le volet terroriste. Se définissant comme un "bouc émissaire", il concède toutefois être "marchand de sommeil à [ses] heures perdues" :

"Je suis conscient d’avoir hébergé les pires assassins que la France ait jamais connus, mais à aucun moment je me suis associé ou je n’ai vu de mes yeux des armes.

Je mangeais des lentilles au bœuf dans le salon avec mon père, à aucun moment le mot "Belgique" n’a été évoqué, raconte-t-il encore. Il y avait une pancarte de Paris, une carte avec des dessins d’explosion (...) Je ne savais pas que des Belges avaient participé à des attentats. Si j’avais su oui, j’aurais pu tilter".

Reste un point sur lequel il se montre incapable de se justifier : dix jours avant les attentats, il a reçu un appel en provenance de Belgique. Un numéro repéré le soir des attentats du 13 novembre et utilisé durant le week-end qui a précédé l'assaut à Saint-Denis. Jawad Bendaoud ne peut qu'écrire : "C'est un élément grave qui pour moi n'a aucun sens."

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