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Pulp Fiction sauvera-t-il Amsterdam de la mortelle "héroïne blanche" ?

Publié le

par Théo Chapuis

L'héroïne blanche, vendue à la place de la cocaïne, fait des ravages à Amsterdam. En complément de l'arsenal préventif institutionnel, une agence propose d'aborder ce problème grave par le biais de la pop culture en général, et Pulp Fiction en particulier.

En matière de cocaïne, Mia Wallace manque cruellement de flair (Capture d'écran)

C'est par une triste histoire du tourisme de la drogue que cela commence. Le dernier week-end d'octobre 2014, à Halloween, un jeune Britannique de 22 ans en goguette à Amsterdam décède des suites de la consommation d'héroïne blanche, opioïde très puissant. Dans la foulée, dix-sept autres personnes sont hospitalisées à cause de cette même drogue. À peine un mois plus tard, deux citoyens britanniques d'une vingtaine d'années sniffent le même produit, qu'ils s'imaginent être de la cocaïne. On retrouvera leurs corps sans vie quelques jours plus tard.

Avant d'aller plus loin, un peu d'information. Outre le fait qu'il est très dangereux de consommer une substance qu'on ignore, l'héroïne blanche est un produit très dangereux. Pire encore, la différence avec la cocaïne est indécelable à l'œil nu, et ce même pour les habitués du rail : interrogé par France Info, Philippe, un ancien consommateur de cocaïne et d’héroïne, est catégorique : "Au visuel, on ne peut pas faire la différence même pour quelqu’un qui s’y connaît parce que les deux sont des poudres allant du blanc au beige".

"C’est un arrêt respiratoire, l’overdose d’héroïne"

Aujourd'hui modérateur Internet sur un forum de discussion pour toxicomanes, il rappelle également la différence de l'effet entre les deux produits  :

La cocaïne c’est un stimulant, donc on va se sentir très très beau et très fort, au niveau physique et psychique, ça donne une grande assurance. L’héroïne n’a pas une réputation géniale. Une bonne héroïne vous met dans un état très léthargique. On s’endort gentiment et puis à un moment donné on arrête de respirer. C’est un arrêt respiratoire, l’overdose d’héroïne.

C'est bien ce qu'il semble être arrivé aux deux jeunes Anglais à Amsterdam. Selon un porte-parole de la police locale cité par Paris Match, Rob Van der Veen, l'héroïne blanche "ressemble à de la cocaïne, est vendue comme de la cocaïne et les gens pensent qu'ils sniffent de la cocaïne… avec pour conséquence qu'ils ne peuvent plus respirer".

Panneaux de prévention, affichage à la gare centrale et dans les hôtels, site dédié... Les autorités de la capitale batave prennent l'histoire très au sérieux et intensifient les message d'alerte. Sur le site GGD.Amsterdam.nl, les titres invitent vivement à la méfiance : "Alerte à la drogue : héroïne blanche vendue à la place de cocaïne", "Ignorez les dealers de rue !" ainsi que les numéros d'urgence et l'assurance que "vous ne serez pas arrêté pour usage de drogues à Amsterdam".

La pop culture fait de la prévention

Or, malgré les efforts déployés, on connaît les limites de la prévention institutionnelle. Ça tombe bien, puisque d'autres commencent à s'emparer du problème. Theo Berdrin et Yann Moszynski, deux étudiants français de l'ISCOM Paris en stage pour l'agence Digitas LBi Amsterdam, ont travaillé avec Marc Selhorst sur le site "Don't Kill Mia".

Là, on abandonne les slogans de prévention usés jusqu'à la corde et on parle de drogue en montrant une scène de cinéma restée célèbre : celle où Mia Wallace (Uma Thurman) fait une overdose et que Vincent Vega (John Travolta) se voit contraint de lui injecter un remède avec une seringue à la taille démesurée. Bravo, vous avez reconnu Pulp Fiction. Mais tout le monde connaît Pulp Fiction. Aussi, plutôt que de vous montrer la scène, le site "Don't Kill Mia" révèle le jeu suivant : viser vous-même le cœur de la protagoniste avec votre souris pour lui insuffler l'antidote – et la sauver de la mort.

(Capture d'écran du site Don't Kill Mia)

De l'avis de Theo Berdrin, "le gouvernement fait tout son possible pour répandre l’alerte mais n’atteint pas l’audience visée". Aussi pense-t-il que la pop culture, qui "parle plus à [sa] cible", s'avère efficace dans la sensibilisation aux risques liés à la consommation de drogue :

Les drogues dures ne sont pas légales et la meilleure manière de sensibiliser les gens est de leur raconter une histoire. C’est un problème urgent et le message doit être entendu par les jeunes touristes qui pourraient en être victime.

La "gamification" de l'overdose fonctionne-t-elle ?

Le jeune créatif met aussi l'accent sur le potentiel de viralité que l'outil Internet peut offrir à une campagne de prévention, gageant qu'il sagit de "cibler les personnes avant même qu’elles n’aillent à Amsterdam [...] La vidéo et le jeu attirent les bonnes cibles et les plongent directement au cœur du problème." 

On ne sait pas si, comme en est convaincu Theo Berdrin, "la gamification vous fait prendre conscience du danger et vous fait comprendre le message très rapidement". Pour autant, où que vous alliez dans le monde pour vous éclater, assurez-vous au maximum de ce que vous consommez. Au risque de finir avec une aiguille gigantesque dans le cœur comme Mia, personnage de cinéma – ou de subir un destin plus tragique, comme ce qui arrive plus généralement dans la réalité.

Le site "Don't Kill Mia" est accessible par ici.

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