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Procès d’Abdelkader Merah : les familles des victimes sont déçues par le verdict

Publié le

par Cyrielle Bedu

Accusé de "complicité d’assassinat" dans le procès des meurtres commis par son frère Mohamed – qui a tué en 2012 trois militaires, un enseignant et trois élèves d’une école juive – Abelkader Merah a finalement écopé d’une peine de 20 ans de prison pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Jeudi 2 novembre, après un procès de cinq semaines – ponctué par les douloureux témoignages des familles des victimes ainsi que ceux, souvent controversés, de la famille de Mohamed Merah –, la cour d’assises de Paris a condamné Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle pour "association de malfaiteurs", mais l’a acquitté du chef d’accusation de complicité des sept assassinats commis en 2012 par son frère, dans les villes de Toulouse et Montauban.

Son co-accusé, Fettah Malki, qui a été reconnu coupable d’avoir fourni le pistolet et le gilet pare-balles utilisés par Mohamed Merah, écope de 14 ans de réclusion, toujours pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle".

Cependant, ce verdict est loin de faire l’unanimité auprès des proches des victimes, notamment Latifa Ibn Ziaten – mère du soldat Imad Ibn Ziaten, qui fut la première victime de Mohamed Merah –, qui considère que la justice n’est pas allée "jusqu’au bout".

"Les victimes que nous représentons, qui ont été meurtries et qui sont encore meurtries dans leur chair, peuvent difficilement comprendre, et on les comprend, que face à de tels actes de terrorisme […] une décision d’acquittement sur la complicité puisse être rendue", explique pour sa part maître Corinne Serfati, avocate des parties civiles, pour qui il s’agit du "procès du siècle".

En revanche, pour Elie Korchia – avocat de Samuel Sandler, père de l’une des victimes de Mohamed Merah – " [la] justice est passée, même si la complicité d’assassinat n’a pas été reconnue. La condamnation est exemplaire en soi".

La défense d’Abdelkader Merah, qui plaidait pour un acquittement, soutient qu’aucun élément matériel n’a apporté la preuve de la complicité du frère de Mohamed Merah dans la préparation de ses tueries, et que l’acquittement pour l’accusation de "complicité d’assassinat" est donc juste.

"Mon but n’était pas de faire aimer Abdelkader Merah, mais qu’il soit jugé selon nos règles", a déclaré sur France Inter l’avocat de l’accusé, maître Éric Dupont-Moretti. J’ai défendu cet homme seul contre tous, j’en ai pris plein la gueule […]. C’est l’honneur des juges de ne pas avoir cédé aux sirènes de l’opinion publique […]. Le terrorisme nous a anesthésiés."

Ce vendredi 3 novembre, le parquet général de Paris a annoncé faire appel du verdict. Selon le ministère public, la cour d’assises "n’a pas tiré toutes les conséquences juridiques des faits qui lui étaient soumis".

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