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La Turquie va construire une prison réservée aux LGBT

Publié le

par Aline Cantos

Avec le lancement d'une idée de prison LGBT, la Turquie brille encore par son retard en matière de droits de l'Homme.

Gay Pride d'Istanbul, 2011

Alors même que la Turquie demande son adhésion à l'Union Européenne, cette dernière n'a de cesse de violer les droits de l'Homme, constituant pourtant un critère fondamental afin d'intégrer la structure.

Si l'homosexualité n'est pas réprimée par le code pénal turc, les violences envers les populations homosexuelles sont monnaie courante. En effet, la dernière Gay Pride d'Istanbul, qui a réunit plus de 10 000 personnes selon Mediapart, s'est déroulée sous la plus haute surveillance afin d'éviter tout débordement face à une hostilité ambiante non dissimulée.

Recep Tayyip Erdogan, président du pays depuis 2014 a lui même qualifié l'homosexualité de maladie qui devrait faire l'objet d'un traitement. Le traitement, les prisons l'ont apparemment trouvé : violence et isolement pour les prisonniers homosexuels.

L'homosexualité a beau ne pas être officiellement condamnée, dans la vie quotidienne comme dans les prisons, la violence s'exerce psychologiquement comme physiquement. Les prisonniers soupçonnés d'homosexualité sont soumis à des examens médicaux quasi-forcés et dépassant les frontières du non-respect de la dignité humaine. Les rapports des professionnels de la médecine servent ensuite à légitimer l'isolement, pourtant réservé normalement aux personnes condamnées à vie, aux sanctions disciplinaires et aux détenus atteints de maladie contagieuse selon le Courrier International.

Un président contesté

La Turquie, qui invoquait l'intérêt des détenus a fait l'objet d'une condamnation pour ces mises à l'isolement forcées qui rendent les condamnations des homosexuels encore plus insupportables qu'elles ne le sont par essence.

Afin de remédier aux accusations dont elle fait l'objet, la Turquie a donc eu l'idée de construire une prison dédiée aux prisonniers LGBT, mettant en avant le fait que cette initiative mettrait fin à l'isolement prévu pour les populations homosexuelles incarcérées. Une solution au rabais qui ne satisfait évidemment pas les principaux concernés.

Cette initiative contestable et contestée s'ajoute à bon nombre de polémiques qui éclatent depuis quelques années en Turquie. Il faut dire que l'élection d'Erdogan le 10 août dernier n'a vraiment rien d'une avancée pour le pays. Sexisme, misogynie, homophobie... La liste des sujets qui font l'objet de son intolérance est bien longue.

Cet ex-premier ministre et désormais président de la Turquie ne s'arrête pas d'investir la scène médiatique. Si les homosexuels sont considérés comme des malades, les femmes ne sont pas loin non plus de ce statut dans son esprit. Uniquement faites pour enfanter, ces dernières ne pourraient être égales aux hommes.

Ses décisions, comme celle de revenir sur le droit à l'avortement pourtant légal en Turquie depuis 1983 ou bien celle de créer des prisons destinées aux populations LGBT, se suivent et se ressemblent, toutes empreintes d'un conservatisme dangereux.

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