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Trois preuves que les séropositifs sont toujours autant discriminés

Publié le

par Fanny Hubert

Close-up Of People Holding Red Aids Awareness Ribbon On Palm

Le mardi 1er décembre est la Journée mondiale de lutte contre le sida. Si des progrès ont été faits, de nombreuses discriminations persistent à l'encontre des personnes séropositives. 

Source : iStock

En 2014, 6584 personnes ont découvert qu'elles étaient séropositives, selon Sida Info Service. C'est 350 de plus qu'en 2013. Ce nombre alarmant, qui est en constante progression depuis 2011, rappelle à quel point il est important de continuer d'insister sur l'importance de la prévention contre le VIH.

Ce mardi 1er décembre marque la Journée mondiale de lutte contre le sida, qui a été instaurée en 1988 par l'OMS (Organisation mondiale de la Santé) et qui a plus que jamais besoin d'être maintenue. Si, en France, les attentats du 13 novembre dernier ont quelque peu modifié les plans de l'organisation de l'événement, il est toujours possible de participer virtuellement pour soutenir la cause.

Comme l'explique François Dupré, directeur général de Sidaction, l'engagement et la conviction "sont intacts" pour "prévenir contre ce fléau". Et surtout, le DG insiste sur la nécessité de lutter contre les discriminations qui persistent envers les personnes séropositives :

Nous continuerons à nous battre pour défendre les droits humains. Car la lutte contre le sida est étroitement liée à ces droits.

Les politiques de répression à l’égard d’un groupe de personnes, en raison de son statut sérologique, de son orientation sexuelle ou de son mode de vie, diminuent l’impact des actions de prévention et d'accès précoce aux soins. Les personnes séropositives se cachent, échappent à la prévention, au dépistage, au traitement et peuvent donc mettre leur vie en danger.

Pour comprendre à quel point ce problème est toujours – malheureusement – d'actualité, voici quelques chiffres et quelques témoignages qui le prouvent et qui ont été mis en lumière par le rapport "VIH, Hépatites : la face cachée des discriminations" réalisé par l'association AIDES.

L'accès aux soins : le parcours du combattant

Prendre un rendez-vous chez le médecin devrait être aussi simple qu'un coup de téléphone. Pourtant, pour les personnes séropositives, il n'en est pas du tout ainsi. Grâce à une enquête réalisée par AIDES sur 440 cabinets dentaires, on apprend que 3,6 % des malades se sont vu refuser un accès direct aux soins pendant que 16,8 % ont subi des "pratiques discriminatoires" et que 30% ont eu affaire à des médecins qui ont tenté de les dissuader de venir se faire soigner.

Capture d'écran rapport AIDES

En ce qui concerne les choses entendues, il est difficile de s'imaginer que ces préjugés peuvent être encore à ce point présents : "Les personnes comme vous, on préfère les mettre en fin de matinée, ça permet de bien nettoyer le cabinet" -  "Non non pas de soucis, au pire je mettrai deux paires de gants" - "Ah vous êtes séropositif ? Par contre c’est 150 € pour un détartrage". Et le reste est tout autant sidérant.

Pour pouvoir éradiquer cette discrimination, AIDES préconise une meilleure formation pour les praticiens – dont la méconnaissance du sujet effraie – et une condamnation beaucoup plus ferme de ce genre de comportements.

Les portes des écoles restent closes

A priori, on ne voit pas bien pourquoi des personnes atteintes du VIH ne pourraient pas faire les études qu'elles souhaitent. Et pourtant, encore une fois, les discriminations qu'elles rencontrent prouvent le contraire. En cause ? Le référentiel Sigycop qui est encore utilisé pour approuver ou non les admissions à Polytechnique et Saint-Cyr par exemple.

Cette méthode détermine le niveau d'aptitude des élèves – le niveau 1 étant une aptitude totale et le 6 correspondant au contraire. Les candidats atteints du VIH se situent au niveau 4 (la note requise est de 3 maximum pour pouvoir envoyer sa demande) et ne peuvent donc prétendre à intégrer ces écoles prestigieuses.

Seulement voilà, "les personnes séropositives non traitées, écopant d’un 3 au classement Sigycop, peuvent prétendre candidater". Une mesure complètement absurde qui suggère que les séropositifs qui ne reçoivent aucun traitement sont plus aptes que les séropositifs qui en reçoivent. Ne cherchez pas de logique, il n'y en a pas.

Capture d'écran rapport AIDES

L'École Nationale de la Magistrature n'est également pas en reste en ce qui concerne les discriminations puisque les porteurs du VIH ne peuvent pas candidater en raison des "conditions d’aptitude physique" qu'ils ne remplissent pas. Pour un étudiant, cette décision correspond tout simplement à une humiliation :

J’ai été sidéré par cette disposition (...). Je me suis senti humilié et jeté au ban de la société. Depuis un an, je suis totalement désorienté et j’ai suspendu toute démarche.

Ces refus impliquent que des professions comme gendarme, militaire et pompier ne sont toujours pas accessibles aux malades. En tout, ce sont 500 000 postes auxquels ils ne peuvent pas prétendre.

Des emprunts toujours plus difficiles à contracter  

Les soins, les études, les professions et maintenant les emprunts. 84 000 personnes atteintes du VIH "voient leur droit d’accès à la propriété remis en cause, en raison d’inégalités de traitement scandaleuses et infondées." Assureurs et autres banquiers ne sont toujours pas enclins à leur accorder des emprunts en raison de leur santé qu'ils estiment trop fragile. Des témoignages comme le suivant sont donc légion :

Aucune assurance ne souhaite m’assurer au motif de mon état de santé et des statistiques ! Alors que je suis en pleine forme, pas une grippe ni un mal de gorge depuis des années. Alors j’ai renoncé à l’achat.

Comme le rappelle AIDES, "la séropositivité n’est plus une condamnation à mort. Les personnes peuvent désormais se projeter dans l’avenir et doivent pouvoir contracter un prêt immobilier si elles le souhaitent".

Autant de preuves qui montrent que les discriminations sont encore bien ancrées dans notre société et que le combat doit continuer.

Pour lire le rapport complet et détaillé d'AIDES, c'est par ici

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