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Voilà ce que dit la presse étrangère sur la polémique du burkini

Publié le

par Salomé Vincendon

Du nord au sud, les médias étrangers parlent de notre fameuse polémique autour du burkini. Mais qu'en disent-ils exactement ?

© Giorgio Montersino/CC

Alors que Caroline Fourest se fend d'une tribune dans le Huffington Post, proposant aux porteuses de ce "maillot intégriste" d'aller le porter dans une "piscine privée" ou une "baignoire", les médias étrangers essayent de comprendre cette polémique.

Trois villes françaises (Villeneuve-Loubet et Cannes dans les Alpes-Maritimes, ainsi que Sisco en Haute-Corse) ont en effet interdit le port du burkini (mélange des mots bikini et de burqa) pour des raisons hygiéniques, de garantie de l'ordre publique ou de prévention anti-terroriste. Autant vous prévenir qu'à l'étranger, les Français passent au mieux pour des rigolos qui interdisent n'importe quoi n'importe comment, au pire pour des racistes et des sexistes qui se permettent de dicter à une femme ce qu'elle doit porter.

La presse anglaise s'est particulièrement amusée de cette interdiction. Le quotidien britannique The Guardian a par exemple publié un article ironique intitulé "5 raisons de porter un burkini, et pas seulement pour embêter les Français". La BBC souligne quant à elle que "les autorités devront réussir à distinguer les nageurs en burkini des combinaisons de plongée". La polémique du burkini fait cependant moins rire le quotidien britannique The Telegraph qui titre : "L'interdiction des burkinis en France est un acte de fanatisme absurde." La journaliste Juliet Samuel écrit dans son article : "C'est pour cela que nous nous battons pour la liberté de chacun de prendre des décisions pour eux-mêmes." Avant d'ajouter : "Apparemment, le maire de Cannes n'est pas d'accord avec cela."

Traduction du titre de l'article : "La France a identifié une nouvelle menace pour sa sécurité : le burkini."

Nier la liberté des femmes

Après la stupeur et l'étonnement, de nombreux médias expliquent que cette décision est une véritable négation de la liberté des femmes. Outre-Atlantique, le quotidien The New York Times reste assez neutre, mais ne manque pas de souligner qu'aux "Jeux olympiques de Rio de Janeiro, plusieurs musulmanes ont participé dans des tenues de sport leur couvrant les cheveux et le cou" et que personne ne leur a interdit quoi que ce soit. Le journal rappelle aussi que les "maillots de bain recouvrant le visage ont été repérés en Chine et à d'autres endroits, portés par des plagistes ne voulant pas être trop exposées au soleil."

De son côté, le Chicago Tribune met en avant le fait qu'il "est choquant que les femmes fassent l'objet d'une telle agression. Ou que les hommes se battent pour décider ce que les femmes ont le droit de faire avec leur corps". La négation de la liberté de la femmes, c'est aussi ce que mettent en avant la version américaine du Huffington Post, et le site britannique The Independent, qui titre : "Des hommes mûrs comme moi n'ont pas le droit de dire aux femmes de ne pas porter le burkini."

La branche Amérique latine de la BBC a choisi d'interroger plusieurs musulmanes, pour savoir ce qu'elles pensaient du burkini et de son interdiction dans trois villes de l'Hexagone. Les réponses sont sans appel. Elles rappellent d'abord que le burkini est pour elles un moyen de se baigner sans avoir l'impression de trahir leur croyance, et ne comprennent pas les interdictions : "C'est un acte islamophobe contre les musulmanes de Cannes", "Cette interdiction est ridicule" ou "Comment une femme sur la plage, qui porte un maillot de bain avec la tête couverte peut être le symbole d'un extrémisme islamique ?", répondent certaines des femmes interrogées.

L'interdiction leur semble complètement absurde et, surtout, elles ont l'impression d'être visées de façon injuste à cause d'actes terroristes. Le quotidien espagnol El País rappelle d'ailleurs que "le port du maillot de bain islamique peut être pesant, affreux, trop chaud, peu pratique et transformer le corps en un douteux objet de dissimulation, mais il n'est pas terroriste".

L'Australie autorise depuis longtemps le port du burkini, et d'autres territoires revendiquent également cette acceptation totale. Le quotidien local de Venise La Nuova écrit : "Burkini à la plage, les maires de la côte vénitienne n'imitent pas ceux de Cannes." En fait, les médias étrangers semblent tout simplement ne pas comprendre cette interdiction, car la grande majorité d'entre eux ne se sont même pas posé la question du burkini, qui n'est pas un problème sur leurs plages.

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