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Présidentielle : pas d'union Hamon-Mélenchon

Publié le

par Astrid Van Laer

Lundi 27 février, Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste à la présidence de la République, était l'invité de la matinale de France Inter. Il y a confirmé la candidature de Jean-Luc Mélenchon et donc l'absence d'une candidature unique.

Interviewé par Patrick Cohen lundi 27 février au sujet de son entretien avec le candidat de La France insoumise qui s'est déroulé vendredi, Benoît Hamon a expliqué qu'ils restaient tous deux dans la course à l'Élysée :

"Jean-Luc Mélenchon a décidé d'être candidat, jusqu'au bout. J'aurais préféré qu'on se rassemble autour de ma candidature. Je considère aujourd'hui que ma place est au centre de la gauche, vous me le reconnaîtrez. Nous nous sommes parlé très franchement et nous avons discuté. Il m'a dit qu'il était candidat et je lui ai dit que j'étais candidat. On a parlé ensuite de fond, on a eu un entretien très sérieux. Les deux candidatures se justifient. Il est candidat, c'est clair."

Après un mois passé à parler d'un éventuel rapprochement sans se rencontrer, le 23 février, Jean-Luc Mélenchon avait officiellement invité Benoît Hamon à le retrouver ce week-end pour discuter de leurs projets pour la France. Il avait déclaré sur le plateau de L'Émission politique sur France 2 être ouvert à l'hypothèse d'une candidature unique : "Je ne ferme aucune porte. Ce n'est pas moi qui ferme les portes. Je suis prêt à discuter. Si Benoît Hamon me dit : 'Je te propose le principe d'une candidature unique', je regarderai ce qu'il me propose."

On rappelle que le 23 février, Yannick Jadot, qui avait été désigné candidat d'Europe-Écologie-Les Verts (EELV) par la primaire du 7 novembre 2016 face à Michèle Rivasi, avait décidé de retirer sa candidature. Il avait annoncé au journal télévisé qu'il ralliait Benoît Hamon afin de donner plus de chances à la gauche de gagner. On envisageait donc la possibilité d'un trio Hamon-Jadot-Mélenchon. Mais interrogé par les journalistes de Ouest France lundi 27 février, Jean-Luc Mélenchon a justifié l'absence d'accord entre les deux hommes par des divergences idéologiques trop fortes :

"Je crains que ce soit beaucoup trop tard. Nous sommes à soixante jours du premier tour. J’ai un programme, qui a été bouclé en novembre. Qui pourrait croire à un accord de coin de table sur les sujets qui nous séparent comme l’avenir de l’Union européenne ? Il s’agit de se préparer à gouverner un grand pays ! Pas d’un arrangement personnel !"

Pas d'accord, mais y a-t-il vraiment désaccord ?

L'objet de la réunion était entre autres de faire le point sur leurs convergences et leurs divergences. Ils se rejoignent sur la loi Travail, la 6e République, la transition énergétique. Ils évoquent cependant une divergence fondamentale : leur avis sur l'Europe. S'il accède au pouvoir, Jean-Luc Mélenchon souhaite sortir des traités européens le plus vite possible, tandis que l'ancien ministre de l'Éducation Nationale a déclaré "ne pas vouloir briser le modèle de l'Europe". C'est ce point précis qu'a évoqué Jean-Luc Mélenchon pour justifier l'absence d'accord entre les deux candidats, jugeant leurs positions sur le sujet radicalement discordantes.

Gérard Filoche, membre du PS et ancien militant d'extrême gauche, a quant à lui déclaré au quotidien 20 minutes qu'un accord était à son sens totalement plausible, cohérent, faisable, voire nécessaire :

"C’était tout à fait possible, et ça l’est toujours. Il n’y avait aucun obstacle à cet accord, même pas sur l’Europe, puisqu’ils ont un objectif identique, avec un pronostic différent. Ce n’est pas le programme qui les sépare, simplement ce pronostic. [...] Benoît Hamon a évolué, il dit qu’il y aura une élection au cours de son quinquennat pour dissoudre l’Assemblée et faire la 6e République. On en revient à la même question : où est la différence avec Mélenchon ? Sur le timing, certes, comme pour l’Europe, mais c’est tout. Se séparer non pas sur les objectifs et le programme, mais à cause d’une méfiance par rapport à la méthode pour les mettre en œuvre, c’est le pire que l’on puisse faire."

Il déplore ensuite : "Vous vous rendez compte à quoi tient l’Histoire ? Celles de la gauche et du pays se sabordent dans un restaurant chilien de Ménilmontant."

On peut en outre rappeler qu'à l'issue de cette réunion, monsieur Hamon et monsieur Mélenchon ont également expliqué avoir "convenu d'un code de respect mutuel dans la campagne". Les coups bas vont-ils tellement de soi qu'il faille préciser ?

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