La première "salle de shoot" a enfin son adresse à Paris

L'implantation de la première "salle de shoot" aura bien lieu, mais pas n'importe où. La municipalité de Paris a finalement décidé de l'adosser à l'hôpital Lariboisière, dans la 10e arrondissement.

Selon la ministre de la Santé Marisol Touraine, qui se base sur le projet d’expérimentation parisien, le coût de ces salles est estimé à environ 800 000 euros par an. Par comparaison, l’État consacre 388 millions d’euros par an à la prévention et à la lutte contre les addictions (Crédits image : Môsieur J.)

Selon la ministre de la Santé Marisol Touraine, qui se base sur le projet d’expérimentation parisien, le coût des SCMR est estimé à environ 800 000 euros par an. Par comparaison, l’État consacre 388 millions d’euros par an à la prévention et à la lutte contre les addictions (Crédits image : Môsieur J.)

On vient enfin de cesser de se refiler la patate chaude de la "salle de shoot". Alors que l'implantation d'une  salle de consommation à moindre risque (SCMR, son véritable nom) faisait l'objet d'un vif débat entre collectifs de propriétaires, associations de prévention et municipalité de Paris, Bernard Jomier, l'adjoint au maire de la capitale chargé de la Santé annonçait au Monde l'installation de la future SCMR "sur le terrain de l'hôpital Lariboisière", dans le 10e arrondissement parisien.

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Changeant son fusil d'épaule, la municipalité déclarait : "C’est un dispositif santé, on l’adosse à l’hôpital", expliquait au Monde Bernard Jomier, se disant soucieux de "banaliser le dispositif" afin d’en "élargir l’adhésion politique". En 2013, le maire du 10e arrondissement Rémi Féraud livrait bataille contre les collectifs de propriétaires afin d'installer la SCMR près du quartier de la Gare du Nord – puisque c’est précisément dans cette zone de Paris qu’on retrouve le plus de seringues abandonnées selon les chiffres des associations.

On note que si "l'adossement" à l'hôpital du quartier de Barbès est semble-t-il bel et bien entériné, l'emplacement exact n'est pas encore arrêté. Pourtant, on parle déjà de deux lieux différentes, l'un "en dur", l'autre en préfabriqué, pour une surface totale de 200 m2. "On ne fera pas entrer les usagers par la grande porte de l’hôpital, ce sera un accès plus discret", explique M. Jomier.

Rémi Féraud parle lui d'une "entrée séparée" qui mènera à "une enclave" au sein du centre hospitalier. Par ailleurs, le maire d'arrondissement relève des difficultés d'accès à l'ancien lieu d'implantation, 39 boulevard de la Chapelle, ainsi que la présence d'un camp de migrants installé tout près, qui crée selon lui "un environnement urbain trop dégradé".

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Après Paris, quelles autres villes ?

On apprend également qu'après Paris, c'est Bordeaux et Strasbourg qui vont accueillir une SCMR à titre expérimental à l'avenir. Comme note Le Monde, les deux villes ont fait connaître leur volonté d’associer leur future salle d’injection à une structure hospitalière.

Malgré tout, la salle de shoot ne devrait pas ouvrir ses portes avant début 2016 minimum. Si la municipalité semble avoir trouvé un accord avec les collectifs de propriétaires (qui ne souhaitaient pas voir s'implanter ce que certains élus de droite appelaient déjà un "effet pot de miel" pour les dealers), certains pourraient regretter le choix d'une telle structure de tutelle.

Une association de prévention et de soins en toxicomanie chargée du projet, l’association Gaïa Paris, avait auparavant prévenu des possibles réticences des usagers à fréquenter des structures hospitalières. Toutefois, elle admettait que "cela pourrait avoir du sens d’être proche de l’hôpital, mais en étant complètement indépendant".

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Détail important : l'entrée sur rue

Ce lundi, l'association se dit effectivement satisfaite. Thomas Dusouchet, coordinateur de Gaïa Paris, déclare à Konbini que l'annonce de ce matin est en phase avec les préconisations de sa structure :

Cela correspond à certaines conditions qui nous tiennent à cœur, comme une superficie adaptée, l'implantation dans le quartier de la Gare du Nord, très fréquenté par les usagers, et une entrée sur rue.

Antennes mobiles, maraudes à pieds... Gaïa Paris est en contact quotidien avec ce public souvent déclassé et connaît bien ses habitudes. Aussi abonde-t-il dans le sens de Céline de Beaulieu et rappelle que "si la structure était au sein même de l'hôpital, ce ne serait pas possible : l'usager ne peut pas passer par plein de services avant d'être pris en charge". Il met donc l'accent sur ce qui semble être une solution de compromis pour de nombreuses parties : "Dans les murs de l'hôpital, mais avec une entrée sur rue".

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Par Théo Chapuis, publié le 25/05/2015

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