Pour la première fois, un robot a opéré un œil humain

Des résultats inédits d’essais menés en 2016 révèlent que la chirurgie robotique est aussi fiable qu’imaginé. Une excellente nouvelle.

(© Tobis Film)

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Une nouvelle étape vient d’être franchie dans l’utilisation du robot à des fins chirurgicales : le 18 juin, une étude publiée dans la revue Nature Biomedical Engineering a révélé les résultats d’un essai clinique mené en 2016 pour tester la fiabilité d’un protocole de chirurgie oculaire robotique. À l’hôpital John Radcliffe d’Oxford, douze patients ont été admis pour une opération bénigne de la rétine. Six d’entre eux ont été soignés par des robots chirurgiens. Une première dans l’histoire de la médecine.

Comme leurs homologues humains, ces robots, conçus par l’entreprise néerlandaise Preceyes, ont eu pour mission de retirer une membrane de la rétine (la membrane épirétinienne) afin d’améliorer la vue de leurs patients. Une opération extrêmement courante pour les ophtalmologues lorsqu’ils la réalisent "en direct". Cette fois-ci, les chirurgiens étaient placés devant un tableau de contrôle, d’où ils pilotaient un bras articulé à l’aide d’un joystick. En théorie, le dispositif permettrait des mouvements plus fluides que ceux d’un bras humain et réduirait donc le risque d’erreur ou de complication.

Et les résultats semblent le confirmer : selon le rapport, le taux d’efficacité des robots a été sensiblement le même que celui des chirurgiens de chair et d’os, certaines opérations étant même "plus efficacement réalisées" par les machines. Lesquelles ont même su s’adapter aux complications mineures survenues pendant l’opération, notamment en stoppant des hémorragies sous-rétiniennes chez trois patients via l’injection d’un produit coagulant.

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Seule différence majeure entre l’homme et la machine : le temps requis pour opérer les patients. Il a ainsi fallu en moyenne 295 secondes aux bras robotiques pour mener à bien l’opération, quand les chirurgiens humains n’ont mis que 80 secondes à faire le boulot. Pour l’instant, les robots sont donc quatre fois plus lents que leurs homologues.

Vers des opérations bien plus complexes

Reste que ce premier résultat officiel s’avère excellent, et donne aux auteurs de l’étude de grands espoirs quant à l’avenir de la chirurgie robotique : selon Robert MacLaren, l’un des responsables de l’étude, "nous serons bientôt capables de débloquer des vaisseaux sanguins ou d’injecter des choses dans le nerf optique", deux opérations trop précises pour l’être humain.

Car c’est là le véritable enjeu de cette intervention : prouver qu’il est possible d’utiliser la robotique pour effectuer des opérations chirurgicales jusqu’alors infaisables. L’une d’entre elles, selon New Scientist, consisterait en une thérapie génique de la rétine, une technique qui a déjà rendu la vue à des personnes non-voyantes. Le problème majeur de cette procédure réside dans la précision des opérations : même si les meilleurs chirurgiens parviennent à restreindre la vibration de leur instrument chirurgical à 0,1 millimètre, certaines parties de la rétine ne mesurent que 0,02 millimètre d’épaisseur. Le degré de précision nécessaire est alors inatteignable par l’homme.

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À l’inverse, un bras robotique peut être programmé pour se déplacer de 0,01 millimètre à la fois, ce qui permettrait de généraliser de telles opérations. L’objectif, à terme : les réaliser de manière plus sûre, plus régulière et moins coûteuse. Même si nous n’en sommes pas encore là, la perspective d’un futur dans lequel des opérations risquées seraient effectuées par des bras robotisés, pilotés par des spécialistes humains, se fait de plus en plus nette.

 

 

 

Par Thibault Prévost, publié le 20/06/2018

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