NEW YORK, NY – SEPTEMBER 10: Fashion designer Prabal Gurung walks the runway for Prabal Gurung Ready to Wear Spring Summer fashion show during New York Fashion Week on September 10, 2017 in New York City. (Photo by Victor VIRGILE/Gamma-Rapho via Getty Images)

Prabal Gurung regrette le silence de la sphère mode au sujet de l’affaire Richardson

Le créateur américain Prabal Gurung brise le silence concernant l’affaire Richardson, et souhaite trouver des solutions pour libérer la parole et ne plus taire de telles atrocités.

(© Victor VIRGILE/Gamma-Rapho via Getty Images)

Depuis que l’affaire Weinstein a éclaté, les voix s’élèvent, la parole se libère et certaines mesures ont été prises au sein de la sphère mode. Effectivement, le photographe Terry Richardson - longtemps accusé de violences sexuelles - a (enfin) été banni par le groupe Condé Nast qui possède des médias extrêmement influents tels que The New Yorker, Vogue, GQ ou encore Vanity Fair.

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Le 23 octobre dernier, Nily Rozic, une élue démocrate de l’assemblée de l’État de New York (où se tient l’une des plus grandes Fashion Weeks), présentait son projet de loi "Models' Harassment Protection Act", conçu en collaboration avec le groupe de défense Model Alliance, visant à lutter contre le harcèlement sexuel, omniprésent dans le mannequinat.

Prabal Gurung s’exprime sur l’affaire Richardson

Si la sphère mode sortait récemment du silence, elle est tout de même restée considérablement discrète jusqu’à présent. Très peu de designers ne s’étaient exprimés concernant l’affaire Richardson. Le 26 octobre dernier, le créateur américano-népalais Prabal Gurung décidait de briser le silence et de s’exprimer quant à cette terrible affaire. Rongé par la culpabilité, il a essayé de comprendre comment, lui et ses confrères, ont pu taire une telle affaire. En effet, sur un post Instagram, il publiait :

"Je connaissais la vérité. Je l’ai partagée sur mon profil Facebook, j’ai retweeté certains articles et suivi de près le parcours du "slacktivisme" (dont nous sommes tous coupables) mais je n’ai jamais réellement engagé la conversation sur ce sujet. Je n’en ai jamais parlé. Alors pourquoi, quand autant de personnes connaissent une horrible vérité telle que celle-ci, cela prend autant de temps avant qu’elle éclate ?"

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Gurung est réputé pour être une personne très engagée, traitant des sujets qui vont au-delà des tendances avec sa mode, qu’il aborde de façon très politique. Ce dernier a notamment mis en place une fondation caritative afin d’aider son Népal natal après le tremblement de terre dévastateur de 2015. Cependant, bien qu’il soit engagé, lui aussi faisait partie des personnes qui taisaient les accusations à l’égard de Richardson, alors qu’il connaissait la vérité depuis le début. Il poursuit donc :

"Nous pouvons nous sentir coupables de poster (en ligne) et d’estimer que nous avons accompli notre bonne action. Ce n’est pas seulement dans la mode, c’est dans tous les domaines. Combien d’entre nous sommes assez courageux pour faire ressortir la vérité de notre propre bouche ? Nous fonctionnons sur l’idée du désir d’appartenance. Et moi aussi, je fais partie de ce problème majeur."

Il continue : "La mode est supposée être un moyen d’encourager les nouvelles idées radicales et de renverser les traditions. Mais souvent, ce n’est pas le cas. Combien d’entre nous sommes réellement engagés dans notre mode ? Et je m’inclus également."

Très justement, il explique : "Il y a une certaine tendance à banaliser l’impact de cette industrie qu’est la mode. 'On ne guérit pas le cancer : c’est que de la mode !' Au lieu de prendre des risques, il y a une certaine peur qui s’installe, celle de faire couler l’encre des journalistes. Une peur d’être le premier ou d’être hors norme, ou encore d’être perçu comme le gros rabat-joie de service."

It is important that we hold everyone accountable who worked with Terry Richardson. Not to shame them, but to understand the intention & motive behind their decision to turn a blind eye to his horrific actions. Clearly they cannot say they didn’t know, because we all knew. Every publication who hired him, every stylist who worked with him, every agency who sent models on his shoot, even the UPS delivery man knew. And I knew too. I have to admit that I heard the stories. I always knew them to be more than just rumours or industry gossip. While I never directly worked with him for one of my own shoots, I knew the truth. I shared it on my Facebook, retweeted some articles and followed the “slactivism” route (of which we all are guilty) but never truly engaged in the conversation. Never spoke up. So why, when so many of us know the same horrific truth, does it take us so long to get here? It might give us an insight into this world of fashion, that we love so much. It might teach us something about our hunger for power, money, chasing the cool, our lack of courage and above all human failings. And while this ban can be masked as a semblance of progress, it does feel too little too late. Too late for the women who felt threatened, violated and scared. To look forward, and advocate for real change, we need to ask each other and ourselves— How can we build better, stronger communities? How did we foster such a hostile environment, and why do we continue to follow a herd mentality even when we know better? Once we truly dissect and understand this, only THEN we can possibly be free of repeating the same mistake.

Une publication partagée par Prabal Gurung (@prabalgurung) le

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Une mode plus politique, telle serait l’une des solutions

Qu’est-ce qui motive cette façon de penser ? Gurung se demande si ce n’est pas lié au fait que cette industrie de la mode est un milieu relativement sectaire, avec un nombre très limité de personnes qui en font partie. Il poursuit :

"Nous avons tous créé ce mythe avec la mode. Il y a cette crainte que seulement quelques personnes choisies peuvent s’asseoir à cette table, et que le reste d’entre vous ne peut pas."

Cela est petit à petit en train de changer. La mode a commencé à accueillir un plus large éventail de personnes dans ses défilés, que ce soit aussi sur ses podiums ou dans ses spectateurs, même si elle paraît encore inaccessible pour un grand nombre d’entre nous.

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La mode a toujours été le reflet des maux de notre société, nous sommes juste dans un contexte politique qui n’encourage pas les personnes à s’exprimer. Seulement la mode doit être politique, car la mode parle à tous. Gurung vient ajouter :

"En tant qu’êtres humains, nous avons très peur de la confrontation. Mais je crois que la confrontation mène à un dialogue qui apporte des solutions."

C’est avec brio que le créateur Prabal Gurung a pointé du doigt tous les problèmes majeurs que rencontre la sphère mode. Aujourd’hui, la mode a peur de choquer et de s’exprimer. Mais l’industrie de la mode n’a-t-elle pas été créée pour permettre à des artistes de s’exprimer comme ils le souhaitaient ? Et c’est bien connu, c’est en choquant que l’on attire l’attention, alors il ne faut plus avoir peur de froisser les esprits. En espérant que ce message très inspirant du designer américain va en inspirer d’autres, et que cela incitera à libérer la parole plus aisément, et ne plus taire de telles atrocités.

À lire -> Terry Richardson enfin blacklisté par de nombreux médias

Par Manon Baeza, publié le 30/10/2017

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